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L'État s'abandonne au privé

Il n'y a pas qu'à la Ville de Montréal que les relations publiques-privées sont étroites dans la préparation des appels d'offres. Depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Charest, en 2003, le ministère des Transports partage le contrôle du processus d'octroi de contrats avec des firmes d'ingénierie.

Comme l'a confirmé au Devoir le ministère des Transports (MTQ), l'implication du secteur privé à chacune des étapes menant à accorder tel ou tel contrat à un entrepreneur plutôt qu'à un autre est de plus en plus importante. «Il y a lieu de constater une augmentation substantielle du recours au privé. Et la tendance est à la hausse», a reconnu Réal Grégoire, membre de la direction des communications du MTQ.

Le ministère a toutefois été incapable de fournir des chiffres précis sur ce travail de collaboration. Aucune statistique n'existe sur le nombre de contrats préparés par les firmes de génie. Une demande du Devoir, en vertu de la Loi d'accès à l'information, a permis de comprendre qu'il s'agit de la presque totalité des appels d'offres pour lesquels le MTQ fait désormais appel à l'expertise privée.

Ce nouveau marché des services professionnels est évalué à plusieurs dizaines de millions de dollars l'an. Les firmes SNC-Lavalin, Dessau, BPR, Génivar, Groupe SM et autres Tecsult pénètrent ainsi un champ d'activités qui était jusque-là une prérogative de l'État. Déjà, sous le gouvernement du Parti québécois, les firmes d'ingénierie avaient mis le pied dans la porte. Mais aujourd'hui, cette dernière est grande ouverte.

La situation pourrait s'accentuer, dans un contexte où les gouvernements du Québec et du Canada ont décidé d'investir massivement dans les infrastructures afin de contrer les effets de la crise économique.

Une telle promiscuité fait sourciller le commissaire au lobbyisme. Une douzaine de firmes d'ingénierie parmi les plus importantes ont été contactées, mais aucune n'entend s'inscrire au registre des lobbyistes. La question est dans l'air depuis que Montréal est plongée dans une crise. Pourtant, les mêmes comportements semblent chose courante au sein du gouvernement du Québec en général, et au MTQ en particulier.

Manque de personnel

Entre 1994 et 2002, soit la période de gouverne péquiste, la moyenne annuelle d'investissements du MTQ dans les différents chantiers (routes, viaducs, par exemple) s'établissait à 700 millions. Pour la seule année 2009-2010, les investissements font un bond majeur pour atteindre 3,3 milliards. La participation privée dans la sélection des entrepreneurs qui exécuteront ces travaux suit une courbe similaire.

«On a 1700 chantiers de prévus. Il y a une explosion des travaux au Québec. Mais on n'a pas tout le personnel pour y répondre», a expliqué Renée Delisle, chef du service de la gestion contractuelle au MTQ.

Cela ne doit pas remettre en question l'intégrité du processus d'octroi de contrats en vigueur au MTQ, a ajouté Mme Delisle. Les exigences demeurent les mêmes et le MTQ garde entre ses mains «l'aspect administratif de la rédaction des appels d'offres».

Reste que la frontière entre public et privé s'est atténuée au fil des ans, diminuant ainsi l'accès du gouvernement à l'expertise indépendante que lui procuraient ses fonctionnaires. Dans les faits, le nombre d'ingénieurs est à la hausse (de 387, ils sont maintenant 523), mais cela ne permet pas d'absorber le flot de projets. Le MTQ est ainsi obligé de déléguer des pans importants de ses activités, en particulier celles conduisant à la sélection des entrepreneurs. «Le MTQ concentre ses ingénieurs sur des fonctions clés comme la gestion de projets plutôt que sur les appels d'offres», a précisé Réal Grégoire.

Par ailleurs, les règles d'attribution ont été modifiées quelques semaines avant le déclenchement des élections, l'automne dernier. Ainsi, depuis le 1er octobre 2008, le seuil obligeant le MTQ à lancer un appel d'offres public est passé de 25 000 à 100 000 $. Tous les contrats de moins de 100 000 $ pourront être accordés de gré à gré ou selon la formule d'appel d'offres sur invitation.

Soigner ses relations

L'omniprésence des firmes d'ingénierie se fait sentir au MTQ, mais aussi à la Ville de Montréal. Le processus d'octroi de contrats y est devenu une opération de plus en plus menée par le privé, ce qui soulève des critiques.

Mais il y a autre chose. Tant à Montréal qu'au MTQ, les firmes d'ingénierie soignent leurs relations politiques. Depuis des décennies, cette promiscuité semble même le modèle de développement des affaires. Jusqu'à tout récemment, le président du Parti libéral du Québec et candidat à l'élection partielle dans Rivière-du-Loup, Jean D'Amour, faisait du développement des affaires pour la firme BPR dans sa région. C'est cette même firme qui pilote le controversé dossier des compteurs d'eau et qui a recruté le haut fonctionnaire responsable du dossier de l'eau à Montréal.

Chez Dessau, le p.-d. g. Jean-Pierre Sauriol est un habitué des officines politiques. Sa firme est partenaire du magnat de la construction Tony Accurso, avec qui il a obtenu le contrat des compteurs d'eau. C'est Dessau qui a embauché l'ex-président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, lequel a toutefois remis sa démission devant la tourmente provoquée par son séjour sur le yacht de luxe de Tony Accurso.

Dessau profite également des compétences de Benoit Savard, qui a été l'organisateur en chef du PLQ jusqu'en 2007. M. Savard est responsable du développement des affaires sur le plan national au sein de l'équipe de direction chez Dessau.

On ne trouve pas que des libéraux aux côtés de M. Sauriol. Le vice-président au développement des affaires, Denis Guindon, est un proche de l'ancien premier ministre Bernard Landry, dont il a présidé la campagne de financement lors de la course à la chefferie. Au «conseil consultatif» du C.A. de Dessau, on trouve aussi l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, aujourd'hui associé dans le cabinet d'avocats Davies Ward Phillips Vineberg.

Du côté du Groupe SM, son p.-d.g. Bernard Poulin est un libéral de longue date. En 1970, il travaillait auprès de Lawrence Cannon, alors ministre dans le premier gouvernement de Robert Bourassa. Dans les rangs libéraux consultés par Le Devoir, M. Poulin est connu pour être un «important collecteur de fonds». Joint au téléphone, il s'est défendu de faire du financement électoral.

Il y a quelques années, Tecsult a été au coeur d'une affaire de financement illégal des partis politiques. La firme avait contourné les règles pour garnir les coffres du PLQ et du PQ. C'est le ministère du Revenu qui a découvert le pot aux roses. Devant la Cour d'appel, un dirigeant de Tecsult avait reconnu que c'était une façon de maintenir la «réputation» de la firme auprès des donneurs d'ouvrage. La même firme avait été condamnée pour du financement illégal au parti Vision Montréal de l'ex-maire Pierre Bourque.






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  • Yves Drapeau
    Inscrit
    samedi 25 avril 2009 06h45
    maintenez la pression
    « Excellent article! Continuez d'informer la population.Chantal Morasse exdirectrice des usines de production d'eau potable de la ville de Montréal,provenant de Tecsult, est retourné chez Tecsult après seulement un peu plus de un an à ce poste. Daniel Dufort, provenant de Dessau a fait la même chose un an auparavant.Je vous le dit, toute l'expertise de la gestion de l'eau potable, tant sur le plan administratif que manuel sera désormais dans les mains de consortiums privés... »

  • JM
    Abonné
    samedi 25 avril 2009 08h54
    C'est normal d'aller vers les gens, les compagnies qu'on connaît pour répondre à un appel d'offre, ce qui l'est moins c'est...
    « Quand on va vers des gens, des compagnies de qui on peut soutirer, se magouiller des avantages, des bénéfices personnels sur le dos d'un tiers. C'est ce que j'appellerais du trafic d'influence dans le but de tirer parti de quelque chose et quand ça se fait sur le dos des contribuables.

    Quand il y a de la magouille, ça ne se fait pas toujours ouvertement. C'est même parfois très substil. Quand on la découvre, elle va se tapir d'autant plus facilement loin des regards indiscrets. Surtout quand le système se fait le complice de la magouille.

    jm »

  • Eric Allard
    Abonné
    samedi 25 avril 2009 09h23
    Le lobbyisme et la sélection technique
    « Il y a en effet lieu de se pencher sur le fait que ces firmes d'ingénierie ne s'affichent pas au registre du lobbyisme.

    Cependant, il y a une autre façon par laquelle les firmes peuvent utiliser leur positionnement a l'écriture des appels d'offre pour favoriser des contracteurs associés.

    En effet, il est assez facile pour une firme de rédiger le cahier de charges techniques pour favoriser telle compagnie, ou encore pour simplement évincer une telle autre compagnie de l'appel d'offres.

    Étant donné que ces firmes d'ingénierie ne font pas que de la rédaction d'appels d'offres, mais qu'elles soient aussi actives sur les chantiers une fois qu'ils sont lancés (et donc qu'elles ont des liens contractuels avec les contracteurs qui seront choisis par ce même appel d'offres) laisse croire que les firmes serait en conflit d'intérêt.

    Sans remettre en question l'utilisation du privé (ça évite au MTQ d'engager des ingénieurs et les mettre a pied une fois la vague passée), on devrait plus se tourner vers des fiemes d'ingénierie qui ne feraient que de la rédaction d'appels d'offre, sans franchir la ligne ensuite. »

  • Daniel Boucher
    Inscrit
    samedi 25 avril 2009 09h23
    Cheval de Troie
    « Le privé s'infiltre dans l'État à la manière d'un cheval de Troie.

    Le pire c'est que rien ne semble ralentir le mouvement de cette gestion de la décroissance. Et pourtant, si le syndicat aurait à coeur LA CAUSE, il y aurait quelque chose à faire.

    Je pense à la convention collective 2004-2007 du (SCFP-301)des cols bleus regroupés de Montréal art. 27.05 qui stipule:

    la Ville prend les dispositions nécéssaires pour que les entrepreneurs paient à leurs employés le même taux horaire que celui payé par la Ville à ses propres employés. La Ville fournit au Syndicat tous les renseignements utiles à ce sujet.

    J'espère que cet exemple servira au SFPQ en vue des négociations pour le renouvellement des conventions dans l'année qui suit.

    Il y a aussi toutes les questions d'un plancher d'emploi qui pourrait être négocié pour freiner ce cheval de Troie.

    Merci. »

  • Gilles Delisle
    Abonné
    dimanche 26 avril 2009 07h01
    Quand un premier ministre livre l'Etat au secteur privé.
    « Votre article résume bien ce que le peuple avait vu venir depuis l'affaire du Mont-Orford et la dérive de la santé publique vers le privé avec le bon docteur Couillard. Ce Charest est en train de livrer la gestion de l'Etat québécois à des firmes privés comme les firmes d'ingénérie. Ce modèle de gestion ne ressemble en rien à ce que le peuple québécois souhaiterait pour son développement, et un jour ou l'autre, le peuple mettra en place un gouvernement, un vrai, pour gérer les affaires de l'Etat. Bientôt, le peuple comprendra qu'il y va de son intérêt de foutre dehors ces lobbyistes et vendeurs du temple qui sucent les ressources du Québec. »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    dimanche 26 avril 2009 08h59
    C'est la définition même du fascisme selon Mussolini !
    « "Le Fascisme devrait plutôt être appelé Corporatisme, puisqu'il s'agit en fait de l'intégration des pouvoirs de l'état et des pouvoirs du marché." - Benito Mussolini

    Premier commandement des néo-cons-libéraux : "Tu socialiseras les coûts et privatiseras les profits."

    Le blueprint de l'opération au Québec est ici...
    http://ww2.quebec101.org:81/images/stories/diagrammenbuleusesabia.jpg

    Que la classe journalistique réusisse encore à se foutre la tête dans le sable au mépris de tout ce qui est supposé être leur profession demeure ahurissant !

    "Fais ce que dois"... Mon cul !

    ...et une grande révérence à ceux qui résistent et tirent sur les fils blancs qui cousent les mensonges tissant l'arnaque.

    La lutte des classes fait rage !

    La notion souffre de son passé marxiste alors que la définition de Mussolini du fascisme semble tout à fait à propos.

    Le 5% des plus riches possède 83% des actions en bourse. De plus, 53% de ces actions sont dans les mains de seulement 1% de la population. Est-ce encore une démocratie ou une ploutocratie ?

    Le salaire moyen de l'américain a fondu de 4% durant l'administration Bush et celui des plus défavorisés de 20% (c'est un cinquième de la population). Au même moment, celui des CEO du Fortune 500 a gonflé de 51% durant les 4 premières années pour une augmentation moyenne annuelle de $8.1 millions.
    Au cours des années 1970, la différence de rémunération entre un PDG d'une firme américaine et son plus modeste salarié était de 60 à 1 (écart déjà plus que remarquable). Aujourd'hui, cet écart est de 350 à 1 !

    "This is an impressive crowd : the Haves and the Have-Mores" - Presidential candidate G.W. Bush / Waldorf Astoria, at a $800 / plate dinner in Octobre 2000

    Quand Reagan a pris le pouvoir en 1980, un pourcent de la population possédait 33% de la richesse. En 2006 c'est devenu plus de la moitié. Cent cinquante millions d'américains possèdent moins de 3% des avoirs privés.

    "Politics is the entertainment branch of industry." -Frank Zappa

    Ce triste état des choses n'est pas dû à la paresse de travailleurs (comme au Québec :) non, non, l'Oncle Sam pousse ses ouailles comme pas un. C'est une amélioration de 15% de la productivité que les travailleurs américains ont fournie entre 2000 et 2004. Plus on travaille, moins on en a ! Le 1% de joyeux nantis ramasse la donne avant quelle n'aboutisse dans la poche des travailleurs. C'est le même patern qu'en Chine et en Inde.

    Les 200 personnes les plus riches de la planète possèdent ensemble une fortune égale à celle que possèdent deux milliards 500 millions de personnes, soit 41 % de la population du globe.
    Au Canada, les paradis fiscaux termine l'abus avec un panache peu commun.

    Les canadiens ne s'y trompent pas. En fait, 76% des canadiens sont convaincus que l'écart entre les riches et les pauvres se creuse. C'est ce que confirme le sondage du Environics Research pour le compte du Canadian Centre for Policy Alternatives (CCPA).

    La notion la plus affolante demeure que la moitié des canadiens considèrent qu'ils sont à 2 chèques de paie de la pauvreté.

    Le rapport du Growing Gap Project est disponible ici.
    "Il est aussi dans l'intérêt d'un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu'il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu'il n'aie pas le temps pour la rébellion." - Aristote

    "La dictature, c'est 'ferme ta gueule' ; la démocratie, c'est 'cause toujours'" - Jean-Louis Barrault »

  • Jean-Claude Lauret
    Abonné
    dimanche 26 avril 2009 11h29
    doter les villes de moyens financiers suffisant
    « Il faut que l'État québécois se donne et donne aux villes du Québec les moyens de concurrencer le secteur privé en offrant des salaires et avantages sociaux concurrentiels à ceux offerts par le Privéa aux professionnels. Il faut également revoir en profondeur le financement des partis politiques provinciaux et municipaux par les firmes de génie conseil et autres professionnels.Les élus ont tous les mêmes sources de financement. Comment voulez vous qu'un parti d'opposition dénonce un projet sans se faire Harakiri aux prochaines élections?
    On assiste depuis plusieurs années à un "pillage" des ressources professionnelles des villes par le secteur privé, notamment chez les ingénieurs à cause des offres bien plus alléchantes du privé. Doit-on blâmer les ingénieurs? NON!
    Faire appel au Privé: OUI, pour des champs d'expertise spécifique et pointue. Si les firmes québécoises n'ont pas cette expertise, n'hésitons pas à la chercher à l'extérieur du Québec.
    Le cas des compteurs d'eau à la ville de Montréal est un exemple typique d'un dérapage annoncé dès le début. Les « Experts » retenus par la ville de Montréal n'avaient pratiquement pas d'expertise digne de ce nom dans le comptage et la ville de Montréal avait à son service des ingénieur(e)s bien plus connaissant(e)s. Les a-t-on tassé(e)s? Au privé, les vrais experts étaient des sous traitants provenant justement de l'extérieur du Québec. Les a-t-on écoutés? Pourquoi ne pas les avoir engagés directement et que la firme de génie conseil ne soit leur sous traitant pour apprendre? Une question d'égo ou de financement de la prochaine campagne électorale à Montréal? »

  • Diane Cadieux
    Inscrite
    dimanche 26 avril 2009 18h32
    remarque innoffensive...
    « à la dernière campagne électorale provinciale, n'avait-on pas entendu l'ADQ nous dire qu'elle était la seule formation politique à avoir les mains propres et n'être pas attachée à aucun lobby?

    peut-être avait-elle raison et aurions-nous dû l'écouter?

    on en serait certainement pas au même point aujourd'hui !!! »

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