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Les autoroutes urbaines sont révolues

Refaire Turcot et Notre-Dame serait perpétuer une erreur, selon des experts

Des experts américains proposent à Montréal de s’inspirer de ce qui se fait à Paris pour remplacer l’échangeur Turcot.
Photo : Agence France-Presse
Des experts américains proposent à Montréal de s’inspirer de ce qui se fait à Paris pour remplacer l’échangeur Turcot.
De nombreuses villes nord-américaines démantèlent leurs autoroutes en milieu urbain afin de faire disparaître cet héritage des années 1950 et 1960 qui a défiguré des quartiers entiers. Pendant ce temps, à Montréal, deux immenses chantiers autoroutiers s'apprêtent à voir le jour: ceux de la rue Notre-Dame et de l'échangeur Turcot. Est-ce le bon choix?

Reconstruire l'échangeur Turcot et la rue Notre-Dame serait une «erreur tragique» avec laquelle les Montréalais devront vivre pendant des décennies. Mais il n'est pas trop tard pour faire marche arrière et repenser ces projets de fond en comble. C'est le message qu'ont lancé hier trois experts américains de passage à Montréal pour participer à un colloque sur les autoroutes urbaines organisé par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal.

Les autoroutes en milieu urbain sont des concepts dépassés et de nombreuses villes nord-américaines en portent encore les cicatrices. John Norquist est sans pitié à l'égard des projets du ministère des Transport du Québec (MTQ) qu'il trouve inacceptables. Maire de Milwaukee de 1998 à 2004, il avait réussi à faire disparaître du paysage de sa ville plusieurs segments de voies surélevées et créé une promenade piétonne. Il préside maintenant le Congress of the New Urbanism.

«Personne en Europe ne songerait à construire de telles infrastructures autoroutières dans les villes. Même en Amérique du Nord, on voit une nouvelle tendance se dessiner. Des autoroutes sont démantelées partout à travers le continent: à Trenton, au New Jersey, à Seattle et même à Buffalo. Vous êtes en train de commettre une erreur tragique», a-t-il lancé aux 250 participants du colloque.

Images à l'appui, il a démontré les effets dévastateurs des autoroutes construites en milieu urbain, comme à Détroit. «Détroit a réglé son problème de congestion routière, mais la ville s'est vidée de son économie», a-t-il expliqué. Il a aussi illustré des cas plus heureux comme celui du centre-ville de Séoul, en Corée du Sud, où des voies routières surplombant une rivière ont été démantelées au cours des dernières années.

Au sujet de l'échangeur Turcot, M. Norquist suggère qu'il soit remplacé par un réseau d'artères en surface doté d'un rond-point, comme à Paris. Le projet de «l'autoroute» Notre-Dame est tout aussi condamnable et n'aura que des conséquences néfastes pour la métropole, dit-il. Dépenser des milliards de dollars pour de telles infrastructures est du gaspillage, selon lui.

Tous deux membres d'une firme d'Atlanta spécialisée en design urbain, Ian Lockwood et Paul Moore ont eux aussi plaidé pour le remplacement de ces infrastructures par des réseaux de rues de moindre gabarit. De tels réseaux ont l'avantage de favoriser le développement urbain et permettent de recréer des quartiers agréables pour les piétons et les cyclistes, ont-ils insisté.

M. Lockwood a d'ailleurs dit à l'auditoire de se méfier du terme «boulevard urbain» accolé au projet de Notre-Dame, car, selon lui, il s'agit bel et bien d'un projet autoroutier.

Il faut revoir les deux projets, estime Florence Junca-Adenot, professeure au département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM. «Si on ne saisit pas cette occasion, c'est dans 30 ans qu'on se reverra, a-t-elle fait valoir. Ces projets sont pilotés par le MTQ, mais c'est Montréal qui devra vivre avec les conséquences. La Ville devrait avoir un droit de veto.»

L'augmentation du nombre de voitures entrant à Montréal aura un effet néfaste sur la santé de la population et de nombreuses études le prouvent, a rappelé le directeur de la DSP, Richard Lessard. Même si le MTQ semble bien décidé à aller de l'avant avec les deux projets, M. Lessard croit qu'il n'est pas trop tard pour modifier les plans: «Tant que le béton n'est pas coulé, il est encore temps d'y penser. Je pense qu'on pourrait s'accorder un peu plus de temps pour réfléchir à d'autres impacts que celui de la mobilité évoqué jusqu'ici. La santé doit faire partie de l'équation.»
 
 
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  • Steve Quilliam
    Inscrit
    samedi 4 avril 2009 01h45
    Et avec raison...
    Je suis bien d'accord. Je crois que l'époque des autoroutes qui traversent des Centre-villes et des quartiers, surtout résidentiels, doit etre révolu. Il faut innover et trouver des façons d'harmoniser qualité de vie en milieu urbain et transport adapté pour les banlieusards aux besoins de venir en ville. On ne peut plus plaire qu'à un groupe au détriment de l'autre.

    Montréal ne doit surtout pas devenir Atlanta, Détroit, Houston ou autre mégaville américaine ou la voiture est maitre et les piétons (humains) moins biens considéres. Montréal et les montréalais méritent mieux.

  • Fernand Trudel
    Abonné
    samedi 4 avril 2009 11h32
    Quand on rêve les yeux ouverts
    Éliminer les automobiles est un rêve utopiques et irréalisable.

    Il y en aura toujours quoiqu'on fasse quoiqu'on en dise. On a concentré l'activité commerciale et administrative dans les centres urbains. Il faudra décentraliser sinon, le casse-tête persistera.

    Les villes ont concentré toutes l'activité humaine et rendu onéreux et compliqué de résider dans ces centre-villes. Alors pour des raisons budgétaires, le travailleur se sauve en banlieue. À mesure que la ville s'agrandit, les banlieues s'éloignent allongant de plus en plus le trafic de transit. Il faut repenser la façon de décentraliser les affaires en plus petites unités en banlieue afin de diminuer les déplacements. Vouloir enlever des autoroutes avant de repenser à décentraliser l'activité économique est irréaliste et dogmatique. Je trouve étrange que ceux qui ont choisi de demeurer en ville se sentent maintenant insatisfaits et inconfortables dans leur choix au point de pénaliser ceux qui ont choisi un autre mode de vie en banlieue.

    Il ne suffit pas de vouloir vivre en ville comme en campagne pour que la quiétude de la campagne arrive en ville. Ceux qui pensent ainsi rêves les yeux ouverts tout grand. C'est de l'utopie à son meilleur...

  • Michel Dionne
    Inscrit
    samedi 4 avril 2009 19h19
    autoroutes urbaines
    Plus pres de MTL, Toronto demolira la Gardiner Expressway bientot: une vraie plaie au centre de la ville coupant la ville de ses berges. Quebec a voulu s'attaquer a l'autoroute Dufferin , le resultat est a voir. Montreal a fait des etudes pour revoir l'autoroute Bonaventure aux portes de MTL en boulevard urbain. C'est vrai que le MTQ a ete responsable dans le passe pour la defiguration de plusieurs villages et paysages rurals au Quebec. Mais cette situation est revolue. MTL a ete epargnee par ces vastes autoroutes qui ont laissees tant de cicatrices aux Etats-Unies.La seule autoroute a MTL qui pose vraiment un probleme, l'autoroute Ville-Marie et pourtant la solution est tes simple puisqu'etant en tranchee , la pose d'une simple dalle puisse permettre de reconnecter les faubourgs au vieux-montreal et au St-Laurent. (exemple :nouveau developpement autour du square Viger). Le choix de favoriser l'automobile au transport en commun est un choix politique et de societe. Montreal n'a toujours pas de lien ferrovier entre l'aeroport et son centre alors que Portland une ville beaucoup plus petite a fait des choix simples qui favorisent la ville et sa qulalite a sa banlieue. merci Michel Dionne, New York

  • Jean Frost
    Inscrit
    samedi 4 avril 2009 21h04
    Remplacer le Turcot...
    Par un rond-point parisien/britannique? Je ne vois pas comment on peut réaliser cette jolie idée quand il y a une colline là-bas et une grande densité de trafic (parce que là-bas, le nombre de trafic par heure est parmi les hauts en Amérique du Nord). Le pont Champlain, qui reçoit un très haut nombre d'automobiles et de camions, se lie avec l'échangeur. Les autoroutes 15, 20 et 40 s'y lient aussi. Trop de trafic routier y passent et il faudra qu'on réaligne aussi tous ces artères dans l'île, pas seulement l'échangeur Turcot. Des suggestions: Reconstruisez cet échangeur et oubliez ce projet de la rue Notre-Dame (pourquoi faudra-nous en avoir un?!). C'est plus sensé de créer une autoroute qui entourera l'île pour que le trafic venant des États-Unis, de l'Ontario, et de Québec ainsi que des provinces maritimes ne doivent plus traverser l'île. En fait, voilà le projet de l'autoroute 30 qui fait ce détour à ce moment. On peut décourager les voyages via l'île en mettant les pièges de pont, mais il faut premièrement bonifier les investissements des transports publiques (plus de services du métro et des trains de banlieue). Ça réduira le trafic autoroutière inutile dans l'île et améliorer les problèmes de congestions aux autoroute Décarie et Métropolitaine ainsi qu'aux ponts Champlain et Jacques-Cartier.

    En Europe, il n'existe pas les centres-villes et les gratte-ciel sont hors du centre comme la Défense à Paris et le Dock à Londres. C'est facile que les villes européennes le font, mais difficile quant aux villes nord-américaines.

  • Claude Beaulé
    Inscrit
    lundi 6 avril 2009 09h41
    MTQ: Le projet Notre-Dame devrait s'inspirer du Boulevard Champlain
    Allez-donc faire un tour vers Québec pour respirer un peu.

    Un bout de route ce n'est pas un passage obligé le plus rapidement possible d'un point à l'autre. Pour le même prix on peu avoir le goût de s'y arrêter ou de changer notre moyen de transport. L'auto c'est dépassé, on semble vouloir règler des problèmes des années 70 avec l'autoroute Notre-Dame alors que ce tronçon verra passer les problèmes des années 2060.

    Faites donc une courte analyse des raisons et des besoins de transport sur la rue Notre-Dame, je serais curieux de constater la proportion de transport actuel qui ne consiste qu'à faire un aller-retour avec une voiture comme seul bagage. On peut bien faire de la place et des routes pour ceux qui se transportent au quotidien avec un Ipod, un ordinateur ou un téléphone portable, mais pour ceux là il existe des méthodes de transport beaucoup moins couteuses pour tous, tel un train de surface ou une ligne de métro.

    Claude Beaulé, ing.

    Vertal inc.

  • Gauthier Jean Claude
    Inscrit
    mercredi 8 avril 2009 05h33
    Percutant, comme un marteau piqueur démantellant une autoroutes vétuste !
    très intéressant. Cet article me permet de sortir de la pensée unique, l'enclos des idées reçues qui sont popularisées par le MTQ, les agences de communication.
    Merci, juste à l'idée qu'il y a des alternatives aussi originales et auparavant impensables me donneun peu d'espoir.

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