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    Bois-Francs - Victoriaville a misé sur l'économie verte pour se développer

    « Les gens ne deviennent pas des adeptes du recyclage ou du compostage du jour au lendemain »

    28 mars 2009 |Martine Letarte | Villes et régions
    Depuis des années, les citoyens de Victoriaville ont trois bacs pour disposer de leurs déchets: un pour le recyclage, un pour le compostage et un pour le reste.
    Photo: Depuis des années, les citoyens de Victoriaville ont trois bacs pour disposer de leurs déchets: un pour le recyclage, un pour le compostage et un pour le reste.
    Au Québec, on aime bien parler d'environnement et se dire en faveur de politiques vertes, mais lorsque vient le temps de passer à l'action, c'est une autre histoire. Grand parleur, petit faiseur, comme on dit. Il y a toutefois une exception notable: Victoriaville.

    Victoriaville ne badine pas avec la protection de l'environnement: recyclage, compostage, usine de récupération de peinture, flotte de véhicules hybrides, alouette! «Chez nous, depuis des années, nous avons trois bacs: un pour le recyclage, un pour le compostage et un pour le reste. Jamais on n'entend des gens dire que c'est compliqué ou que ce n'est pas beau, parce que les gens ont bien intégré les valeurs. C'est très important. Une ville ne peut pas faire de compostage ou de recyclage si la population ne participe pas», indique d'emblée Roger Richard, maire de Victoriaville.

    Et changer les comportements des gens ne se fait pas en claquant des doigts. Si Victoriaville a réussi à atteindre et même à dépasser la cible gouvernementale québécoise consistant à détourner 60 % des matières résiduelles destinées aux sites d'enfouissement, c'est parce que les efforts ne datent pas d'hier.

    «Très peu de villes atteignent la cible au Québec. Le problème, c'est qu'elles attendent toujours à la dernière minute d'être forcées par la loi. Mais les gens ne deviennent pas des adeptes du recyclage ou du compostage du jour au lendemain, en raison d'une réglementation. Ils doivent intégrer ces pratiques à leur vie quotidienne», explique-t-il.

    Petit à petit

    La conscience écologique des citoyens de Victoriaville a commencé à se construire dès le milieu des années 70, grâce entre autres à Normand Maurice. Cet enseignant, qui travaillait avec les jeunes en difficulté d'apprentissage, a mis sur pied à l'époque l'un des premiers centres de tri au Québec.

    «C'était un visionnaire qui voulait faire des ressources à partir des déchets. Il a commencé à trier le papier, avec les jeunes, pour leur donner un projet, les valoriser. C'est comme ça que c'est parti», se souvient le maire. Celui-ci a d'ailleurs bien connu M. Maurice puisque, à l'époque, il était le directeur de la commission scolaire où oeuvrait l'enseignant.

    Par la suite, les choses ont continué à progresser à Victoriaville, qui est devenue petit à petit la ville d'avant-garde au Québec en matière d'environnement. «J'ai vu Normand Maurice ouvrir son usine de récupération de peinture. Au début, c'était complètement artisanal. Les jeunes ouvraient leurs "canisses" de peinture à la main, avec leurs petits openers», explique le maire.

    Aujourd'hui, on est en train d'achever un grand projet d'agrandissement de l'usine Peintures récupérées du Québec, qui portera sa superficie à plus de 80 000 pieds carrés. Une partie de la production sera robotisée et la productivité des activités devrait être améliorée de 45 %. «C'est la seule usine de récupération de peinture du Québec. Ce n'est pas mêlant, on y traite les fonds de "canisses" de la province au complet», se réjouit Roger Richard.

    Le maire est très fier du fait que sa ville a réussi à favoriser le développement économique avec ses projets écologiques. Et ce n'est pas terminé. Prochainement, Gaudreau Environnement ouvrira une usine de transformation de plastique recyclé.

    La société Gesterra, nouvelle appellation de la Société de développement durable d'Arthabaska, détenue à 51 % par la MRC d'Arthabaska et à 49 % par Gaudreau Environnement, gère également le centre de tri et le tout nouveau site d'enfouissement de Saint-Rosaire. «Le site d'enfouissement a une durée de vie potentielle de 300 ans et il est conforme aux nouvelles normes», précise le maire de Victoriaville.

    L'avantage de faire de la qualité

    Victoriaville a donc grandement misé sur l'économie verte pour se développer ces dernières années. Or, dernièrement, le marché des matières premières recyclables s'est effondré. Si bien que, un peu partout au Québec, bien des centres de tri sont aux prises avec d'importants surplus d'inventaire et menacent tout simplement de fermer. Aux dires du maire, les entreprises de Victoriaville s'en sortent plutôt bien.

    «On a toujours fait de la qualité, alors ça va. Les prix ont baissé, c'est certain, mais on vend encore notre papier. Cascades ne nous a jamais retourné un camion», affirme fièrement M. Richard.

    Si tant de centres de tri du Québec ont des problèmes, le maire de Victoriaville croit que c'est en raison d'une piètre qualité de la production. «Il s'en fait de la cochonnerie au Québec! Avant, ces stocks étaient vendus aux Chinois, mais là, ils n'achètent plus, alors les camions restent stationnés dans la cour.»

    Mettre les citoyens au défi

    Même si elle est déjà dans une situation enviable, la Ville de Victoriaville continue toujours son travail de recherche et développement pour tenter d'améliorer sa performance écologique, avec de petits et de gros projets. Le maire aime bien aussi, à l'occasion, mettre ses citoyens au défi. C'est ce qui s'est passé lorsque la Ville a tenté de faire diminuer la consommation d'eau embouteillée.

    «Nous avons une qualité exceptionnelle d'eau potable, que nous traitons à l'azote. C'est un mythe de croire que l'eau embouteillée est meilleure.»

    La Ville a donc décidé de remettre aux citoyens intéressés un contenant de plastique doté d'un petit robinet qu'on peut remplir d'eau municipale. «On met ce bac au frigo et, quelques heures après, on vient se servir un verre, indique le maire. Je mets au défi les gens de comparer cette eau avec l'eau embouteillée.»

    Ainsi, le maire croit qu'il faut donner l'occasion aux gens d'expérimenter, d'essayer de nouvelles façons de faire.

    «Pour plusieurs, ça deviendra ultérieurement un réflexe. C'est comme ça que, tranquillement, les gens peuvent intégrer des valeurs.»

    Située au coeur de la région des Bois-Francs, Victoriaville compte près de 42 000 habitants et a un budget annuel de 55 millions de dollars. Le coût de la gestion des matières résiduelles y est de 186 $ la tonne, alors que la moyenne dans les villes de même taille est de 187 $, d'après les chiffres d'Éco Entreprises Québec.

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    Collaboratrice du Devoir












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