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Sommet de Montréal - Nécessaire pari

Obligation de résultats

Photo : Jacques Grenier
Les propositions se comptent par milliers. Les pages qui les présentent sont au nombre de centaines. À lire les quatre cahiers qui font la synthèse des 41 ateliers tenus au printemps, soit 27 sommets d'arrondissements et 14 sommets sectoriels, il semble que le Sommet de Montréal soit une aventure impossible. Les trois journées où il se déroulera, les 4, 5 et 6 juin de la semaine prochaine, suffiraient à peine, bien occupées, à permettre la lecture des documents.

Le projet même qui sous-tend l'action tient lui aussi du pari. N'a-t-on point donné comme thème à la rencontre: «Une ville à réussir, ensemble»? Or, dès l'annonce de cette grande consultation populaire, le premier geste posé par l'opposition siégeant à l'Hôtel de ville a été une déclaration de non-participation. De plus, il n'a jamais été question de mettre sur pied des «états généraux», cette tribune populaire où tous et chacun auraient pu à la convenance intervenir, dans des débats libres, sur la proposition de leur choix. Qu'à cela ne tienne, au cours des divers ateliers, les demandes et propositions ont fusé, de toute nature: sur le prolongement d'un axe donné d'un circuit d'autobus, sur la volonté de maintenir dans un arrondissement un service de sécurité sous le contrôle des élus locaux, quand, d'autre part, d'autres insistaient sur la nécessité de faire de Montréal une ville internationalement reconnue, entre autres en culture, en biotechnologie ou en télécommunications.

Comme si cela ne suffisait pas, le ministre des Affaires municipales, de la Métropole, de l'Environnement et de l'Eau, André Boisclair, annonce sa présence au Sommet avec la ferme intention de s'entendre, au nom du gouvernement québécois, sur un «contrat de ville». Rien de moins, d'autant plus que le maire Tremblay déclare — et cela depuis son arrivée au pouvoir — qu'il faut un nouveau pacte fiscal qui redéfinirait la relation entre la Ville et les autres paliers gouvernementaux, ce qui inclut le niveau fédéral. Car il serait impensable que le développement d'une métropole soit financé par les seules «taxes» locales, quand on sait le rôle que joue une telle ville dans la vie économique et culturelle d'une province, voire d'un pays.


Nouvelle culture

Aussi, au-delà de la loi qui définit la nouvelle ville, là où est décrit en termes juridiques le fonctionnement de ce gouvernement, il faut créer une «culture» démocratique néo-montréalaise où les nouveaux arrondissements, les «boroughs», se sentent partie prenante (les propos tenus en ateliers par les partisans favorables à la fusion ont exprimé à répétition cette nécessité). Et, ce qui est loin d'être un détail — en fait ce qui, dans d'autres circonstances, serait déjà un sujet épineux —, il reste à établir, avec et entre les 27 000 employés qui oeuvrent déjà sur le territoire de l'île, une opération qui tient d'une négociation jamais facile entre un «patron» et des syndicats qui n'ont dans le passé jamais lésiné sur les moyens de pression.

Le 4 juin au matin, mardi prochain, quand le grand Sommet sera inauguré, aux tables seront assis des personnages aux stratégies divergentes. Si un Simon Brault, parlant au nom du milieu culturel, dévoile déjà ses intentions (page 5 de ce cahier), d'autres, comme Benoît Labonté (en page 2), le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, fait motus sur les projets qu'il voit prioritaires, étant convaincu qu'il faut «laisser le temps faire son oeuvre». Il faut aussi comprendre que cette noble assemblée n'est pas un parlement. Ainsi, réunis en groupes de travail, cinq sous-sommets se dérouleront: Métropole de création et d'innovation, ouverte sur le monde; Métropole de développement durable; Métropole agréable à vivre, solidaire et inclusive; Métropole démocratique; Administration au service des citoyens.

Pourtant, il faut aller au-delà de ces réelles contraintes, d'autant plus que l'option pour une démarche démocratique a été préférée à une organisation autoritaire (en ces jours où la démocratie planétaire préfère le virage à droite, cela ne fait qu'ajouter à la difficulté de l'entreprise).

Le Sommet de Montréal doit être un succès. Il est impensable que des millions de citoyens aient à subir toute prise de position qui serait attentiste, que le cantonnement par qui que ce soit dans des positions rigides empêche la discussion franche, sous le prétexte, comme il pourrait être déclaré, de ne pas avoir un mandat «fort», quand il faut s'entendre pour réaliser, dans les faits, avec des projets, «une île, une ville».

Le Québec a connu dans le passé de tels sommets. On sait le danger de leur tenue: ils rendent publics des programmes, des scénarios, et il est possible par la suite de signaler comment des initiatives acceptées par tous semblent plus tard être finalement «oubliées» (qu'on se souvienne des sommets portant sur l'économie et les jeunes). En contrepartie, de tels rassemblements ont l'avantage de démontrer un appui réel à des projets collectifs. Il est toutefois certain, surtout quand on lit les documents préparatoires, que les trois jours du Sommet de Montréal établiront un plan d'action qui vaudra pour les décennies à venir.

Ainsi se bâtissent les villes, indépendamment de l'Histoire qui à ce jour les définissait.
 
 
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