Mais faites donc !
Nouvelle sortie de Gilbert Rozon dans les pages du Devoir hier. Le président de Juste pour rire en appelle à une «psychanalyse urgente de la métropole», laissant croire que pèse sur Montréal une atmosphère débilitante. Cette ville ne serait pas la métropole culturelle qu'elle prétend être. A-t-il tort ou raison? Probablement un peu des deux.
Le nouveau coup de gueule de Gilbert Rozon doit être relativisé. S'il y en a qui croient que tout va mal à Montréal, il faut en effet leur rappeler la période post-olympique de 1976, alors que les Montréalais vivaient le profond traumatisme du déficit olympique, auquel est venu s'ajouter au début des années 80 une profonde crise économique. Si Montréal a pu s'en remettre, ce fut grâce au plan stratégique de développement élaboré par un comité présidé par Laurent Picard. Parmi les axes de développement retenus, il y avait notamment l'aérospatiale et les industries culturelles, qui aujourd'hui constituent deux des secteurs d'activité économique les plus dynamiques de la métropole.
La bataille du développement économique est évidemment sans fin. Il y a toujours de nouveaux obstacles qui se présentent, sans compter ceux que l'on se crée soi-même. Par exemple, l'épisode des fusions-défusions aura contribué à divertir les forces vives de la métropole pendant quelques années de l'objectif de la croissance. Ce débat est derrière nous et, heureusement, on discute davantage aujourd'hui des problèmes d'infrastructures que des questions de structures. À cet égard, il faut rappeler aux impatients que du travail se fait, souterrain pour l'instant. Bientôt sortiront de terre de nouveaux équipements, comme la Place des festivals, les centres hospitaliers universitaires des Universités de Montréal et McGill, une nouvelle salle de concert symphonique et les nouveaux grands boulevards urbains que deviendront la rue Notre-Dame et une partie de l'autoroute Bonaventure.
L'administration du maire Gérald Tremblay fait des choses. Il serait injuste de lui faire porter tous les maux de la terre. Là où le président de Juste pour rire a toutefois raison, c'est lorsqu'il dit qu'il existe une certaine confusion dans les orientations proposées pour Montréal. Celles-ci sont définies pour l'essentiel dans le document Montréal 2025, qui contient de nombreuses avenues. Le problème est qu'elles ne sont pas priorisées et que les gouvernements québécois et canadiens n'y adhèrent qu'en partie. Il n'existe pas de véritable consensus entre les acteurs politiques sur l'importance vitale de Montréal comme métropole et sur les politiques à adopter pour soutenir son développement, comme vient de nous le montrer le gouvernement Harper en sabrant de façon totalement irréfléchie dans une série de programmes sur lesquels les groupes culturels et les artistes de Montréal comptaient pour se déployer sur la scène internationale.
Le malheur de Montréal tient au fait qu'il n'existe pas actuellement cette feuille de route claire et solide, à laquelle tous les partenaires de son développement pourraient se rallier. Il serait peut-être temps d'actualiser le rapport Picard de 1986, ce qui est un peu ce que suggère Gilbert Rozon. Il voudrait que se réunisse un groupe de libres penseurs, sans agenda politique, pour définir les aspirations de Montréal et une stratégie de réalisation. Bonne idée que celle-là. S'il est vrai que son souhait est d'«agir pour Montréal», il devrait poursuivre sur sa lancée et rassembler des gens de tous les horizons ayant pour seule ambition de servir Montréal et d'en faire une grande métropole, culturelle bien sûr, mais aussi économique. Faites donc, monsieur Rozon!
***
bdescoteaux@ledevoir.com
Le nouveau coup de gueule de Gilbert Rozon doit être relativisé. S'il y en a qui croient que tout va mal à Montréal, il faut en effet leur rappeler la période post-olympique de 1976, alors que les Montréalais vivaient le profond traumatisme du déficit olympique, auquel est venu s'ajouter au début des années 80 une profonde crise économique. Si Montréal a pu s'en remettre, ce fut grâce au plan stratégique de développement élaboré par un comité présidé par Laurent Picard. Parmi les axes de développement retenus, il y avait notamment l'aérospatiale et les industries culturelles, qui aujourd'hui constituent deux des secteurs d'activité économique les plus dynamiques de la métropole.
La bataille du développement économique est évidemment sans fin. Il y a toujours de nouveaux obstacles qui se présentent, sans compter ceux que l'on se crée soi-même. Par exemple, l'épisode des fusions-défusions aura contribué à divertir les forces vives de la métropole pendant quelques années de l'objectif de la croissance. Ce débat est derrière nous et, heureusement, on discute davantage aujourd'hui des problèmes d'infrastructures que des questions de structures. À cet égard, il faut rappeler aux impatients que du travail se fait, souterrain pour l'instant. Bientôt sortiront de terre de nouveaux équipements, comme la Place des festivals, les centres hospitaliers universitaires des Universités de Montréal et McGill, une nouvelle salle de concert symphonique et les nouveaux grands boulevards urbains que deviendront la rue Notre-Dame et une partie de l'autoroute Bonaventure.
L'administration du maire Gérald Tremblay fait des choses. Il serait injuste de lui faire porter tous les maux de la terre. Là où le président de Juste pour rire a toutefois raison, c'est lorsqu'il dit qu'il existe une certaine confusion dans les orientations proposées pour Montréal. Celles-ci sont définies pour l'essentiel dans le document Montréal 2025, qui contient de nombreuses avenues. Le problème est qu'elles ne sont pas priorisées et que les gouvernements québécois et canadiens n'y adhèrent qu'en partie. Il n'existe pas de véritable consensus entre les acteurs politiques sur l'importance vitale de Montréal comme métropole et sur les politiques à adopter pour soutenir son développement, comme vient de nous le montrer le gouvernement Harper en sabrant de façon totalement irréfléchie dans une série de programmes sur lesquels les groupes culturels et les artistes de Montréal comptaient pour se déployer sur la scène internationale.
Le malheur de Montréal tient au fait qu'il n'existe pas actuellement cette feuille de route claire et solide, à laquelle tous les partenaires de son développement pourraient se rallier. Il serait peut-être temps d'actualiser le rapport Picard de 1986, ce qui est un peu ce que suggère Gilbert Rozon. Il voudrait que se réunisse un groupe de libres penseurs, sans agenda politique, pour définir les aspirations de Montréal et une stratégie de réalisation. Bonne idée que celle-là. S'il est vrai que son souhait est d'«agir pour Montréal», il devrait poursuivre sur sa lancée et rassembler des gens de tous les horizons ayant pour seule ambition de servir Montréal et d'en faire une grande métropole, culturelle bien sûr, mais aussi économique. Faites donc, monsieur Rozon!
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