Du phénomène Boucher au phénomène Labeaume
Régis Labeaume
En quelques mois, le maire Régis Labeaume a presque réussi à faire oublier cette tornade politique qu'était Andrée Boucher. Un an après la mort de la dame, Le Devoir se penche sur deux phénomènes.
Québec — Lorsque la mairesse Boucher est décédée subitement, le 24 août dernier, la grande majorité des gens de Québec ignoraient qui était Régis Labeaume. Élu à la surprise générale deux mois plus tard, il est devenu une bête politique au succès populaire incontestable. Mais que s'est-il produit?
Attablé dans un café bien connu de la rue Cartier, le principal intéressé rappelle que la mairesse Boucher lui avait laissé tout un legs. «Elle a permis l'appropriation de la ville de Québec par ceux qu'on décrivait comme les gens des banlieues. Elle a réellement réalisé la fusion. Le fait que cette question soit réglée dans l'esprit et le coeur des gens de Québec, c'était majeur.»
Élu avec l'appui massif des anciennes villes de banlieue, avec en prime la bénédiction du mari de la défunte, le maire a rallié la plupart des anciens collaborateurs de Mme Boucher au comité exécutif.
Il a même recruté son ancien attaché de presse. «Ce n'est pas compliqué. Ils étaient orphelins et ils m'ont adopté.»
Mais ce n'est pas tout. Régis Labeaume dit s'être inspiré d'elle dans sa façon de communiquer avec la population. Comme «la mairesse», il a choisi de négocier avec les policiers sur la place publique et, comme elle, il dit spontanément ce qu'il pense lorsqu'on lui met un micro sous le nez. Pour le meilleur et pour le pire.
«Elle a créé chez le citoyen une soif insatiable de savoir la vérité, de savoir ce qui se passe. [...] Pendant la campagne, les gens me disaient qu'ils voulaient savoir ce qui se passait dans les négos [ndlr: avec les employés municipaux], ce qui est la chose la plus mystérieuse pour les gens, avec les finances. Quand je suis arrivé, je savais que c'était incontournable.» Une façon pour la population, caricature-t-il, de se prémunir contre «les méchants».
Ce mélange de bonhommie et de simplicité ne manque pas d'adeptes. Comme ce couple qui lui a demandé de le marier à l'hôtel de la ville, au début du mois d'août. Ou encore l'ancien maire Gilles Lamontagne déclarant qu'il était son maire préféré des quatre dernières décennies.
Régis Labeaume a surtout réussi à échapper à cette méfiance des élites qui avait empoisonné les années au pouvoir de Jean-Paul L'Allier. L'homme est millionnaire, mais il vient d'une banlieue populaire. Malgré son passé péquiste et au RMQ (le parti de M. L'Allier et d'Ann Bourget), il a pu séduire la couronne avec un profil qui s'apparente à la figure américaine du «self made man».
D'emblée, il a pu échapper aux étiquettes de parti et de classe, auxquelles il se dit d'ailleurs «allergique». «Ça ne m'intéresse pas. Oui, j'ai voté Oui au référendum deux fois, je l'ai répété. Haute-Ville? Basse-Ville? Écoutez, j'ai habité le premier HLM de Québec et maintenant, je suis un bourgeois de Sillery, alors!»
Spontané et toujours prêt à commenter le sujet de l'heure, il fait le bonheur des médias locaux. Les unes des journaux nous l'ont montré en cow-boy au Stampede, en plein solo de guitare lors d'une conférence de presse.
Même les animateurs de radio les plus féroces s'inclinent presque tous pour le laisser passer. Ils aiment son franc-parler et, surtout, ils adorent ses attaques contre les fonctionnaires municipaux. L'un d'eux — Sylvain Bouchard, du 93,3 — a même voulu organiser une manifestation afin de l'appuyer dans sa lutte contre les fonctionnaires — la tête de Turc des Grandes Gueules de la capitale.
Mais son meilleur coup est sans contredit le sauvetage du 400e. Véritable panier de crabes à son arrivée au pouvoir, le 400e est devenu une rampe de lancement et le prétexte à toutes les ambitions. «Il va falloir qu'on investisse dans la culture et dans l'événementiel. C'est clair pour moi, et si on ne l'a pas compris avec l'année qu'on vient de vivre, on ne le comprendra jamais.»
Lorsqu'on lui fait remarquer que, malgré ses points communs avec Mme Boucher sur le plan de la forme, son programme rappelle davantage celui d'un Jean-Paul L'Allier, il hoche la tête et renchérit: «Moi, je suis un gars de grands projets, de perspective. Je sais où je m'en vais. J'y ai pensé depuis trop longtemps.» Et d'ajouter qu'il «a des rêves pour Québec depuis dix ans» et que le moment est venu de les réaliser.
On ne les compte plus: TGV, un complexe pour Robert Lepage, le développement du réseau de transport local, le prolongement de la promenade Samuel-De Champlain, et surtout des «produits d'appel», de grands événements à la sauce McCartney pour permettre à Québec de poursuivre sur la lancée de 2008.
Quand on lui fait remarquer que la ville de Québec ne pourra pas recevoir de cadeaux des gouvernements chaque année, il répond qu'il ne veut pas trop attendre d'eux. Surtout pas du gouvernement fédéral, dont le financement tarde à se confirmer pour le Manège militaire et le complexe sportif de l'Université Laval (PEPS). «Écoutez, on va essayer d'en faire financer par les autres, mais moi, c'est certain que je souhaite augmenter l'investissement dans la ville de Québec.» Et d'ajouter qu'«on utilise mal notre capacité d'emprunt et que les taux d'intérêt sont très bas».
À la sortie du café, le serveur l'interpelle à propos de l'état apparemment désastreux de certains équipements sportifs. Une discussion s'engage. Plus tôt, lors de la prise de photos, il s'était arrêté pour faire un don à un organisme de charité qui avait posé sa table sur le trottoir.
Contraint à un court mandat avant le scrutin de l'automne 2009, le maire semble être dans une campagne de séduction perpétuelle. «Je comprends qu'il est déjà en mode électoral», lançait une conseillère de l'opposition lundi, lors de la rentrée du conseil municipal. «Depuis qu'il est élu qu'il est en mode préélectoral.» Même en vacances, il est partout. On le rencontre d'ailleurs à l'occasion... d'une journée de congé. Or, visiblement, il adore. Et comme sa prédécesseure, il aime bien dire qu'il a «la plus belle job du monde».
Québec — Lorsque la mairesse Boucher est décédée subitement, le 24 août dernier, la grande majorité des gens de Québec ignoraient qui était Régis Labeaume. Élu à la surprise générale deux mois plus tard, il est devenu une bête politique au succès populaire incontestable. Mais que s'est-il produit?
Attablé dans un café bien connu de la rue Cartier, le principal intéressé rappelle que la mairesse Boucher lui avait laissé tout un legs. «Elle a permis l'appropriation de la ville de Québec par ceux qu'on décrivait comme les gens des banlieues. Elle a réellement réalisé la fusion. Le fait que cette question soit réglée dans l'esprit et le coeur des gens de Québec, c'était majeur.»
Élu avec l'appui massif des anciennes villes de banlieue, avec en prime la bénédiction du mari de la défunte, le maire a rallié la plupart des anciens collaborateurs de Mme Boucher au comité exécutif.
Il a même recruté son ancien attaché de presse. «Ce n'est pas compliqué. Ils étaient orphelins et ils m'ont adopté.»
Mais ce n'est pas tout. Régis Labeaume dit s'être inspiré d'elle dans sa façon de communiquer avec la population. Comme «la mairesse», il a choisi de négocier avec les policiers sur la place publique et, comme elle, il dit spontanément ce qu'il pense lorsqu'on lui met un micro sous le nez. Pour le meilleur et pour le pire.
«Elle a créé chez le citoyen une soif insatiable de savoir la vérité, de savoir ce qui se passe. [...] Pendant la campagne, les gens me disaient qu'ils voulaient savoir ce qui se passait dans les négos [ndlr: avec les employés municipaux], ce qui est la chose la plus mystérieuse pour les gens, avec les finances. Quand je suis arrivé, je savais que c'était incontournable.» Une façon pour la population, caricature-t-il, de se prémunir contre «les méchants».
Ce mélange de bonhommie et de simplicité ne manque pas d'adeptes. Comme ce couple qui lui a demandé de le marier à l'hôtel de la ville, au début du mois d'août. Ou encore l'ancien maire Gilles Lamontagne déclarant qu'il était son maire préféré des quatre dernières décennies.
Régis Labeaume a surtout réussi à échapper à cette méfiance des élites qui avait empoisonné les années au pouvoir de Jean-Paul L'Allier. L'homme est millionnaire, mais il vient d'une banlieue populaire. Malgré son passé péquiste et au RMQ (le parti de M. L'Allier et d'Ann Bourget), il a pu séduire la couronne avec un profil qui s'apparente à la figure américaine du «self made man».
D'emblée, il a pu échapper aux étiquettes de parti et de classe, auxquelles il se dit d'ailleurs «allergique». «Ça ne m'intéresse pas. Oui, j'ai voté Oui au référendum deux fois, je l'ai répété. Haute-Ville? Basse-Ville? Écoutez, j'ai habité le premier HLM de Québec et maintenant, je suis un bourgeois de Sillery, alors!»
Spontané et toujours prêt à commenter le sujet de l'heure, il fait le bonheur des médias locaux. Les unes des journaux nous l'ont montré en cow-boy au Stampede, en plein solo de guitare lors d'une conférence de presse.
Même les animateurs de radio les plus féroces s'inclinent presque tous pour le laisser passer. Ils aiment son franc-parler et, surtout, ils adorent ses attaques contre les fonctionnaires municipaux. L'un d'eux — Sylvain Bouchard, du 93,3 — a même voulu organiser une manifestation afin de l'appuyer dans sa lutte contre les fonctionnaires — la tête de Turc des Grandes Gueules de la capitale.
Mais son meilleur coup est sans contredit le sauvetage du 400e. Véritable panier de crabes à son arrivée au pouvoir, le 400e est devenu une rampe de lancement et le prétexte à toutes les ambitions. «Il va falloir qu'on investisse dans la culture et dans l'événementiel. C'est clair pour moi, et si on ne l'a pas compris avec l'année qu'on vient de vivre, on ne le comprendra jamais.»
Lorsqu'on lui fait remarquer que, malgré ses points communs avec Mme Boucher sur le plan de la forme, son programme rappelle davantage celui d'un Jean-Paul L'Allier, il hoche la tête et renchérit: «Moi, je suis un gars de grands projets, de perspective. Je sais où je m'en vais. J'y ai pensé depuis trop longtemps.» Et d'ajouter qu'il «a des rêves pour Québec depuis dix ans» et que le moment est venu de les réaliser.
On ne les compte plus: TGV, un complexe pour Robert Lepage, le développement du réseau de transport local, le prolongement de la promenade Samuel-De Champlain, et surtout des «produits d'appel», de grands événements à la sauce McCartney pour permettre à Québec de poursuivre sur la lancée de 2008.
Quand on lui fait remarquer que la ville de Québec ne pourra pas recevoir de cadeaux des gouvernements chaque année, il répond qu'il ne veut pas trop attendre d'eux. Surtout pas du gouvernement fédéral, dont le financement tarde à se confirmer pour le Manège militaire et le complexe sportif de l'Université Laval (PEPS). «Écoutez, on va essayer d'en faire financer par les autres, mais moi, c'est certain que je souhaite augmenter l'investissement dans la ville de Québec.» Et d'ajouter qu'«on utilise mal notre capacité d'emprunt et que les taux d'intérêt sont très bas».
À la sortie du café, le serveur l'interpelle à propos de l'état apparemment désastreux de certains équipements sportifs. Une discussion s'engage. Plus tôt, lors de la prise de photos, il s'était arrêté pour faire un don à un organisme de charité qui avait posé sa table sur le trottoir.
Contraint à un court mandat avant le scrutin de l'automne 2009, le maire semble être dans une campagne de séduction perpétuelle. «Je comprends qu'il est déjà en mode électoral», lançait une conseillère de l'opposition lundi, lors de la rentrée du conseil municipal. «Depuis qu'il est élu qu'il est en mode préélectoral.» Même en vacances, il est partout. On le rencontre d'ailleurs à l'occasion... d'une journée de congé. Or, visiblement, il adore. Et comme sa prédécesseure, il aime bien dire qu'il a «la plus belle job du monde».
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

