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Griffintown, prise II

Le projet final comprend plus de logements sociaux et plus de verdure

La nouvelle mouture du projet Griffintown comporte plus de logements sociaux et plus de verdure. L'entente intervenue entre la Ville de Montréal et Devimco pour le développement du secteur, qui prévoit également des investissements supplémentaires en matière de transports en commun de la part du promoteur, vient de recevoir l'aval du comité exécutif et sera soumise au conseil municipal dès lundi soir.

Devimco a accepté de modifier plusieurs aspects de son projet initial pour satisfaire les nouvelles exigences de la Ville dans le cadre de l'élaboration du programme particulier d'urbanisme (PPU) du secteur.

Au chapitre de l'habitation, un domaine qui avait fait l'objet de nombreux commentaires lors des consultations publiques, le promoteur a accepté de hausser l'offre de logements sociaux et abordables sur le site, afin de faire passer leur nombre de 900 à 1158 unités. «C'est du jamais vu pour tous les genres de projets, autant privés que publics», soutient Serge Goulet, coprésident de Devimco. Mais au total, le site comptera 3860 unités, soit le même nombre qu'en janvier dernier.

Le stationnement souterrain lié au secteur résidentiel comptera 2720 espaces de stationnement, soit un taux de 0,7 place par logement. Le promoteur a par ailleurs pris divers engagements à l'égard des transports en commun. Il a donc promis de hausser de cinq millions de dollars sa contribution à la construction du futur tramway dans l'axe de la rue Peel, ce qui porte sa part d'investissement à 15 millions. Mais cette somme disparaîtra si le tramway n'est pas mis en service en juin 2014, a précisé le promoteur. Il entend aussi offrir un abonnement de six mois au transport collectif pour chaque nouveau propriétaire ne disposant pas de place de stationnement et assumera 50 % du coût des cartes mensuelles pour les nouveaux travailleurs pendant la même période. Ces mesures coûteront 1,5 million à Devimco.

La hauteur et la densité des constructions sur le site ont également été réduites à certains endroits, notamment le long de la rue de la Montagne, pour éviter «d'écraser» les habitations patrimoniales qui seront conservées. Mais, de façon générale, les hauteurs maximales autorisées varieront, tel que prévu, entre 25 et 80 mètres. C'est l'îlot culturel, en bordure de la rue Brennan, qui comptera la tour la plus haute, soit 25 étages, pour loger un hôtel et des condos.

Par ailleurs, la superficie envisagée pour les commerces sera d'un million de pieds carrés, comme le promoteur l'avait déjà annoncé il y a quelques mois. Les consultations publiques n'auront convaincu ni le promoteur ni la Ville de réduire le nombre de stationnements pour le volet commercial du projet. C'est donc dire qu'il y aura 4000 espaces souterrains. «Je vous assure que, si la Ville pouvait nous garantir, aujourd'hui, un transport collectif moderne et adéquat, je baisserais encore mes ratios de stationnement, affirme Serge Goulet. Mais malheureusement, personne ne peut me faire cette garantie-là, même si on est rendus à mettre 15 millions de dollars sur la table.»

La Ville évalue donc à 65 % la part du volet résidentiel, alors que les espaces commerciaux représenteront 17 %. Le fléchissement possible du marché résidentiel canadien au cours des prochaines années n'inquiète pas Serge Goulet. «On a quand même un projet qui va durer dix ans, dit-il. Les projets solides de catégorie A passent les creux de vague, comme les bonnes périodes évidemment. On est bien confiants à ce sujet. Notre avantage, c'est qu'on a une composante vraiment diversifiée.»

En matière d'espaces verts, Devimco prendra en charge 15 millions de dollars des dépenses d'aménagement, soit une bonification de cinq millions par rapport à son offre initiale. Le parc public de Sainte-Anne sera conservé, et les espaces verts le long du canal de Lachine seront réaménagés, mais la superficie des autres parcs demeure à déterminer. Le promoteur envisage toutefois l'aménagement d'un parc privé dans la partie est du site. De plus, il promet d'adopter de meilleures pratiques en matière de développement durable et il tentera d'obtenir la certification LEED-ND (Neighbourhood Development) pour l'ensemble du projet et la certification LEED Or pour les bâtiments non résidentiels. Il entend également favoriser l'aménagement de toits verts.

Par ailleurs, Devimco promet de consacrer cinq millions à la mise en lumière du canal de Lachine ainsi qu'à l'aménagement d'une oeuvre d'art public dans l'axe de la rue de la Montagne.

L'intégration de ces engagements au projet vaut les investissements qu'ils représentent, croit Serge Goulet. «C'est une valeur ajoutée au projet. Si on veut parler strictement du point de vue financier, ça nous permet de louer plus cher, explique-t-il. Pour la partie commerciale du projet, ça nous permet d'aller chercher des enseignes internationales qui vont se déplacer uniquement dans des sites de prestige. Il y a un retour financier, c'est clair.»

Les critiques entendues lors des consultations publiques ont incité la Ville et le promoteur à revoir la trame des rues de ce quartier autrefois industriel. Ainsi, les rues Smith, Murray et Channon, au sud de Wellington, seront conservées, contrairement à ce qui avait été envisagé. Le square Gallery demeurera sur son site actuel et le bâtiment de l'écurie Horse Palace sera mis en valeur.

Le PPU de Griffintown ainsi que l'entente de développement entre la Ville et le promoteur — qui devra être signée avant lundi soir prochain — ayant reçu l'aval du comité exécutif, ils devront donc être soumis à l'approbation du conseil municipal lundi soir et à celui du conseil d'agglomération lors de sa séance du 30 avril. En mai, l'arrondissement du Sud-Ouest adoptera le règlement de concordance et celui sur les plans d'implantation et d'intégration architecturale.

C'est à ce moment qu'on déterminera si des expropriations seront nécessaires. Bien qu'il demeure discret sur le sujet, Devimco soutient avoir conclu des ententes sur plus des trois quarts des terrains convoités dans le périmètre de Griffintown appartenant à une trentaine de propriétaires. Si nécessaire, la Ville procédera à l'expropriation des terrains qui n'ont pu faire l'objet d'une entente et pourra expédier les premiers avis à partir du 29 mai.

Les travaux de la première phase débuteront à l'été 2009 et les autres phases seront lancées en cascade tous les six mois, a indiqué M. Goulet.

Le RESO s'est réjoui des modifications apportées par le promoteur au projet, particulièrement en ce qui a trait à la certification LEED-ND évoquée par Devimco. Il aurait toutefois souhaité un engagement plus ferme à l'égard d'ateliers d'artistes et des services de proximité qui devront être offerts dans le nouveau quartier.

Pour le Comité pour le sain développement de Griffintown, le PPU tel que présenté par la Ville équivaut à la mise à mort d'un quartier historique ayant souffert d'une longue agonie faute de soins de la part de l'administration municipale. Le groupe organisera d'ailleurs un «service funèbre» dimanche prochain dans le quartier. Lors des consultations publiques tenues en mars dernier, le groupe avait dénoncé la transformation du quartier en un «centre commercial surmonté de tours d'habitation».
 
 
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  • Geoffrey Garver
    Abonné
    vendredi 25 avril 2008 08h27
    Bravo les promesses de bâtiments et d'un quartier LEED
    Je suis très content de voir que Devimco avoue que son projet de Griffintown compterait les bâtiments LEED or et un quartier LEED-ND. Malgré les défis en atteignant une certification LEED Or pour les bâtiments résidentiels, il n'y a aucune raison de ne pas le faire. À Battery Park City, il y a de très bons exemples d'immeubles résidentiels LEED Or, y compris The Solaire, dont les condos gagnent se vendent 5% plus chers que les condos comparable en vue des avantages de santé. En plus, une étude de la Commission de coopération environnementale démontre qu'il faut augmenter de plus en plus le niveau de bâtiments verts d'ici 2030 pour atteindre les réductions de gaz d'effet de serre nécessaire pour éviter une catastrophe climatique (voir www.cec.org/greenbuilding). Pour un projet comme Griffintown qui se déroulerait sur 10 ans, il faut planifier pour l'avenir, pas pour le passé. Mais bravo pour les premières marches sur le bon chemin.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    vendredi 25 avril 2008 09h01
    Expropriation
    Quelqu'un sait-il quelle loi permet à une ville d'exproprier pour le compte d'un promoteur privé?

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