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    Montréal veut désinfecter ses eaux usées

    Un système de traitement à l'ozone de 200 millions sera mis en place

    Le traitement actuel des eaux usées, qui capte les matières organiques, laisse passer bactéries, virus et médicaments.
    Photo: Jacques Nadeau Le traitement actuel des eaux usées, qui capte les matières organiques, laisse passer bactéries, virus et médicaments.
    Montréal a décidé, avec l'appui financier de Québec, de désinfecter ses eaux usées à l'aide d'un système d'ozonation plutôt qu'avec des ultraviolets, la filière qui apparaissait, il y a quelques années, comme la solution par excellence pour tuer les milliards de bactéries coliformes et virus présents dans l'énorme effluent de l'usine d'épuration régionale.

    C'est ce qu'annoncera cet après-midi en conférence de presse le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a appris Le Devoir de diverses sources bien informées, selon qui l'ajout d'un système de désinfection à l'usine d'épuration va coûter un peu plus de 200 millions.

    Cette somme comprendra notamment la construction d'une usine d'ozone sur les terrains mêmes du complexe d'épuration, ce qui évitera à Montréal d'avoir à acheter pendant des décennies ce produit oxydant qui permettra de stériliser ses eaux usées à la sortie de son actuel traitement physico-chimique.

    Cette facture de 200 millions sera absorbée par Québec dans une proportion de 85 % si le barème en vigueur depuis plus de 20 ans dans les politiques d'assainissement continue de s'appliquer. Mais Québec tenterait de son côté de ramener sa contribution à 75 %, ce qui alourdirait sensiblement la facture des Montréalais. Jusqu'ici, selon des sources bien informées, Québec et Montréal se sont mis d'accord sur les grands paramètres du projet, y compris son financement. «Mais il reste quelques fils à attacher, dont les derniers détails du partage de la facture», expliquait au Devoir un haut fonctionnaire au ministère des Affaires municipales. Ce dernier ministère se retournera ensuite vers Ottawa pour obtenir une part de financement dans l'un ou l'autre des grands programmes d'infrastructures à frais partagés.

    Le gain environnemental de la désinfection des eaux usées de Montréal sera très important, car l'usine d'épuration, une des plus grandes, sinon la plus grande encore d'Amérique du Nord, rejette chaque jour des millions de mètres cubes d'eaux usées débarrassées d'une part substantielle des matières solides et des nutriments qu'elles contiennent et qui eutrophisaient radicalement le fleuve dans le passé. Mais ces eaux, même traitées, contiennent toujours les bactéries et virus présents dans les déjections de la population et des hôpitaux.

    De plus, des études récentes sur les rejets municipaux indiquent que les «polluants émergents», un terme qui désigne les concentrations croissantes de médicaments rejetés par les humains, ne sont pas captés par les traitements primaires et secondaires utilisés à l'usine d'épuration de Montréal depuis 1987.

    Toutefois, en choisissant le traitement à l'ozone (O3), un puissant oxydant, Montréal pourra éliminer une grande partie de ces médicaments, dont les chercheurs commencent à découvrir les effets néfastes, surtout mutagènes, comme des changements de sexe, chez les poissons et la faune aquatique du Saint-Laurent. L'impact du traitement à l'ozone sera d'autant plus bénéfique pour le fleuve que l'usine montréalaise rejette à elle seule entre 45 et 50 %, selon les saisons, de toutes les eaux épurées du secteur municipal québécois.

    Avant d'arrêter leur choix sur l'ozonation, les spécialistes ont mené depuis 2005 toute une série d'études avec leurs homologues de l'Environnement et des services fauniques québécois. Ils ont eu la surprise de constater que d'importantes mortalités de poissons sont survenues à la suite du traitement expérimental des eaux usées de Montréal avec des rayons ultraviolets. Rien de tel n'avait été noté en aval de l'émissaire avant que l'expérience ne débute et rien de tel ne s'est produit à la suite des tests réalisés avec l'ozone.

    Les experts, qui ont analysé ces résultats, sont d'autant plus surpris que rien de tel n'a été constaté à la sortie des effluents des autres usines d'épuration du Québec, qui sont aussi dotées de puissantes lampes à ultraviolets pour stériliser les bactéries et virus présents dans leurs eaux usées. Certains spécialistes pensent que des produits industriels — les eaux usées de Montréal proviennent à 45 % de ses entreprises — ou des «polluants émergents» pourraient avoir réagi au contact des rayons UV pour produire des sous-produits inconnus qui auraient affecté radicalement le système immunitaire des poissons en aval de l'émissaire de l'île aux Vaches. Le mystère perdure.

    Une chose est cependant certaine — et cela a pesé lourd dans le choix d'un procédé d'ozonation —, c'est que rien de tel ne s'est produit avec ce type de traitement. Au contraire, les tests auraient révélé que l'ozonation provoquait une diminution sensible des produits émergents, comme les médicaments, sans doute oxydés radicalement, donc décomposés chimiquement, par l'ozone.

    Lors de son ouverture en 1987, l'usine d'épuration de la Communauté urbaine de Montréal (CUM) — c'était son nom à l'époque — devait être équipée d'un système de désinfection au chlore. Québec et Ottawa étaient alors d'accord pour partager la facture.

    Mais comme le chlore était déjà trop abondant dans le Saint-Laurent en provenance de diverses sources, et que cet élément pouvait même donner lieu à la formation de dioxines et de furannes par réaction chimique, Québec a interdit totalement son usage dans toutes les usines d'épuration alors en construction dans le cadre du Programme d'assainissement des eaux du Québec (PAEQ).

    Depuis, Montréal et Québec se sont toutefois fait reprocher à plusieurs reprises, par différents groupes écologistes dans différents bilans de l'assainissement au Canada, de maintenir une méga-usine d'épuration en deçà des standards des autres provinces, qui sont généralement équipées d'un traitement tertiaire qui fait défaut à l'usine métropolitaine. C'est pourquoi les gestionnaires de Montréal ont remis cette question à leur ordre du jour au tournant du siècle en préparant avec leurs homologues de Québec une étude des principales filières technologiques susceptibles de s'adapter au type d'eaux usées de Montréal.

    Une seule filière a été écartée, qui aurait été particulièrement intéressante parce qu'elle n'aurait nécessité aucun produit chimique et n'aurait pas généré une importante facture d'électricité, comme l'exige le traitement classique aux UV. Il s'agit de l'irradiation des eaux usées avec des barres d'uranium qui ont atteint leur fin de vie utile, ce qui correspond au moment où elles émettent un maximum de radiations. En plaçant des barres de matière radioactive derrière les parois des canalisations qui mènent au fleuve, bactéries et virus auraient été éliminés aussi radicalement qu'ils le sont lorsque ce procédé est appliqué aux aliments.

    Mais, selon une source, il n'y avait pas assez de matière radioactive au Québec pour assurer un traitement irradiant efficace des énormes quantités d'eaux usées de Montréal. Ce jugement n'est toutefois pas partagé par un autre spécialiste, selon qui les stocks entreposés par Hydro-Québec à côté de la centrale nucléaire de Bécancour auraient été amplement suffisants et utiles. Toujours est-il, cependant, que la crainte de réactions émotives dans la population ainsi que celle des terroristes auraient imposé l'abandon de cette filière prometteuse, du moins selon les essais préliminaires réalisés dans le passé par un chercheur de l'Institut Armand Frappier.

    D'autre part, à Québec hier, Philippe Cannon, le porte-parole de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, se disait incapable de préciser si ce ministère allait exiger — ni quand — de Laval et Longueuil qu'ils désinfectent leurs eaux usées. Les usines d'épuration de ces deux villes populeuses fournissent, avec celle de Québec, les deux plus importantes charges polluantes municipales à se retrouver en amont de dizaines de prises d'eau municipales d'eau potable. Des études réalisées dans les années 90 ont démontré que des bactéries coliformes émises par l'usine de Montréal, qui avaient été marquées chimiquement, se sont retrouvées vivantes devant Québec quelques jours plus tard.












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