L'An 1 de la fusion - Longueuillois, moi?
L'opposition aux fusions a beau avoir diminué sur la Rive-Sud, le sentiment d'appartenance à la nouvelle ville reste à développer. Surtout à Saint-Lambert!
Photo : Jacques Grenier
Elle a failli s'appeler LeMoyne. Il a même été question qu'on la baptise Viger-sur-Rive. Mais c'est finalement le nom de Longueuil qui, au bout du compte, l'a emporté pour désigner la nouvelle ville issue des fusions de huit municipalités de la Rive-Sud. À l'occasion d'une série d'articles sur les fusions municipales, qui fêteront demain leur premier anniversaire, Le Devoir trace le portrait de cette nouvelle ville.
La première année d'existence de la nouvelle Ville de Longueuil n'a pas réussi à étouffer les récriminations de ceux qui s'opposaient aux fusions municipales. L'augmentation de taxes en 2003 dans quatre anciennes municipalités de la Rive-Sud n'aura vraisemblablement pas d'effet calmant auprès des antifusionnistes, qui refusent toujours de se taire.
«C'est une peine d'amour qui prend du temps à disparaître», affirme Marc-André Croteau, conseiller indépendant dans l'arrondissement de Saint-Lambert. «Il y a énormément de gens qui sont aigris. Ils n'ont pas oublié et n'oublieront jamais.»
Celui qui parle s'était d'abord joint à l'équipe du futur maire Jacques Olivier avant de décider de siéger à titre d'indépendant quand les libéraux de Jean Charest ont promis aux municipalités réfractaires d'engager un processus de défusion une fois élus.
Saint-Lambert demeure le principal bastion des opposants aux fusions. À chaque conseil d'arrondissement, les représentants de la Coalition antifusion reviennent à la charge, sans relâche. Le maire Jacques Olivier continue de croire qu'il s'agit d'un mouvement isolé. «Ils parlent fort. À Saint-Lambert, il y a des gens qui croyaient qu'on était en train de leur enlever leur pays. On a tenté de leur expliquer. Je pense que ce sentiment antifusion se résorbe, même à Saint-Lambert. De toute façon, ils se trompent de palier de gouvernement pour aller s'exprimer. Ce n'est pas la Ville qui va décider d'une défusion.»
Avant l'élection de novembre 2001, 54 % de la population de la Rive-Sud s'était exprimé contre les fusions, mais ce taux avait chuté à 41 % six mois plus tard, rappelle M. Olivier. «Je pense sincèrement que la réaction du début, et qui persiste dans certains endroits, a été provoquée par la façon dont les fusions ont été faites. Quand on brusque les gens et qu'on ne prend pas le temps d'expliquer les choses, les gens sont réfractaires», dit-il.
Conseils d'arrondissement peu populaires
La réorganisation municipale a toutefois eu un effet dévastateur sur la participation des citoyens aux réunions des conseils dans les arrondissements. «Sauf à Saint-Lambert, les conseils d'arrondissement sont morts quand il n'y a pas de gros dossier à l'ordre du jour», constate Ginette Perron, rédactrice en chef du Courrier du Sud. «À Saint-Hubert notamment, il y avait de l'activité à ces assemblées autrefois et les gens se déplaçaient pour y assister, mais ils ont perdu intérêt.»
Comme bien d'autres, Marc Lachance, chef de l'opposition, a remarqué ce phénomène dans plusieurs arrondissements. Il a vu, certains soirs, des gens se lever en bloc et quitter la salle immédiatement après la période de questions, qui précède les délibérations des élus. En règle générale, dit-il, il ne reste que trois ou quatre personnes dans la salle, une dizaine dans certains cas. «C'est très inquiétant quand on pense que l'arrondissement du Vieux-Longueuil compte une population de 130 000 personnes et qu'il n'y en a que dix dans la salle.»
Les gens s'imaginent que tout se passe dans la grande ville, poursuit-il, et ils n'ont pas tout à fait tort puisque bon nombre de résolutions adoptées aux conseils d'arrondissement doivent ensuite être soumises à l'assemblée du conseil municipal. «Les gens ne semblent pas comprendre tout à fait la transition. Le conseil municipal est aussi important que le conseil d'arrondissement même si c'est différent.»
De son côté, le maire Olivier reconnaît qu'il faudra apporter des correctifs pour contrer ce phénomène. «Il faut conserver la saveur locale. Il faut démontrer que nous sommes capables de devenir une grande ville sans enlever l'identité de chacun des arrondissements», dit-il. Une révision du cadre législatif du partage des pouvoirs entre la ville centrale et les arrondissements sera nécessaire, croit-il. «On est dans un droit municipal nouveau», ajoute-t-il.
Le coût des fusions
À court terme, Longueuil ne pourra réaliser les économies d'échelle que devaient engendrer les fusions. La réforme a coûté plus de 20 millions à la Ville, a annoncé le maire lors du dévoilement du budget le 3 décembre dernier. Le budget de la nouvelle Ville prévoit aussi, pour 2003, une augmentation des dépenses de 5,4 %. L'administration estime que le dédoublement du personnel, équivalant à une quarantaine de postes, coûtera 3,5 millions. Elle devra aussi procéder à l'harmonisation des 34 conventions collectives sans augmentation de coûts, comme le prévoit la Loi. Le maire Olivier se demande bien comment la Ville y parviendra. «Il y a des gens qui rêvaient quelque part», commente-t-il.
Une hausse de taxes de 5 % est aussi prévue dans quatre arrondissements, soit Saint-Bruno, Saint-Lambert, Boucherville et Brossard. En revanche, les taxes baisseront de 1 % dans les arrondissements du Vieux-Longueuil et de Saint-Hubert alors qu'elles seront gelées dans LeMoyne et Greenfield Park. «60 % de la population de la nouvelle ville a vu diminuer ses taxes. Et à l'exception de Saint-Lambert, les autres villes paient moins de taxes qu'ils n'en payaient en 1999», fait valoir le maire.
L'opposition, dirigée par Marc Lachance, a voté en faveur de ce budget inflationniste, mais elle s'inquiète de la tendance qui s'en dégage. «En 2002, quatre villes augmentaient mais les diminutions étaient beaucoup plus importantes avec une moyenne de 2,8 %. Si la tendance se maintient, on s'en va tous vers des augmentations», conclut-il.
Une administration controversée
Le maire Jacques Olivier a accédé au pouvoir lors des élections de novembre 2001 en défaisant sa rivale Marguerite Pearson Richard et en faisant élire 37 de ses 42 candidats. Dès les premiers mois, l'octroi de contrats importants accordés à des proches du maire a soulevé la controverse autour de la nouvelle administration.
En mars, à la suite d'un appel d'offres, celle-ci a confié un contrat de communications de 1,3 million au groupe Everest, dirigé par Claude Boulay, un ami du maire. De même, elle a accordé à la firme d'avocats Mongrain, McClure Gibeau un contrat d'une valeur de 1,3 million pour les services de quatre avocats. A suivi, en avril, le contrat de 4,7 millions à un consortium d'ingénieurs dont plusieurs actionnaires avaient participé à la campagne de financement de Jacques Olivier.
Marc Lachance voit dans ces décisions une forme de privatisation de l'appareil municipal. Mais l'opposition, composée de trois conseillers, a fort à faire pour s'imposer contre l'équipe du maire, d'autant plus qu'elle ne dispose que d'un budget fort limité. Au fil des mois, elle a dû essuyer les critiques de ceux qui la trouvent trop timide.
«C'est sûr que ça paraît bien de faire des critiques, d'être frondeur et d'élever la voix. Nous préférons toutefois faire une opposition où on pense à ce qu'on dit d'avance. Avant de déclencher une guéguerre, on veut être certain de ce qu'on avance», se défend Marc Lachance.
En mars dernier, comme le maire n'avait pas accordé de droit de parole à l'opposition lors des séances du conseil municipal, Marc Lachance a pris les grands moyens et s'est inscrit à la période de questions du public. Ce soir-là, Jacques Olivier n'a eu d'autre choix que de modifier les règles du jeu afin de donner la parole aux membres de l'opposition.
«L'opposition est débordée par la tâche», signale de son côté Maurice Giroux, journaliste à la station de radio CHAA-FM.
La marge de manoeuvre de l'opposition est réduite par la difficulté qu'elle rencontre à obtenir les documents qu'elle réclame de l'administration, convient Ginette Perron, du Courrier du Sud. Le jour du budget notamment, les membres de l'opposition ont reçu les documents le matin même, en même temps que les journalistes, et sans avoir pu en faire une étude approfondie, ils ont dû l'adopter le soir lors de l'assemblée spéciale du conseil.
Un contrepoids à Montréal
Malgré les coûts élevés des fusions et le mécontentement dans plusieurs arrondissements, notamment dans Saint-Lambert et Boucherville, Marc Lachance croit que les fusions ont été une bonne chose pour la Rive-Sud. «Je pense qu'il y a un partage à faire. Il faut que les gens acceptent ça.»
De son côté, le maire Olivier convient que son administration n'a pas réussi à susciter un sentiment d'appartenance à la nouvelle ville au cours de la première année. Mais les fusions ont permis de faire contrepoids à la Ville de Montréal, et il trouve même des vertus à la création de la Commission métropolitaine de Montréal, qu'il avait tant dénigrée lors de sa campagne électorale.
La première année d'existence de la nouvelle Ville de Longueuil n'a pas réussi à étouffer les récriminations de ceux qui s'opposaient aux fusions municipales. L'augmentation de taxes en 2003 dans quatre anciennes municipalités de la Rive-Sud n'aura vraisemblablement pas d'effet calmant auprès des antifusionnistes, qui refusent toujours de se taire.
«C'est une peine d'amour qui prend du temps à disparaître», affirme Marc-André Croteau, conseiller indépendant dans l'arrondissement de Saint-Lambert. «Il y a énormément de gens qui sont aigris. Ils n'ont pas oublié et n'oublieront jamais.»
Celui qui parle s'était d'abord joint à l'équipe du futur maire Jacques Olivier avant de décider de siéger à titre d'indépendant quand les libéraux de Jean Charest ont promis aux municipalités réfractaires d'engager un processus de défusion une fois élus.
Saint-Lambert demeure le principal bastion des opposants aux fusions. À chaque conseil d'arrondissement, les représentants de la Coalition antifusion reviennent à la charge, sans relâche. Le maire Jacques Olivier continue de croire qu'il s'agit d'un mouvement isolé. «Ils parlent fort. À Saint-Lambert, il y a des gens qui croyaient qu'on était en train de leur enlever leur pays. On a tenté de leur expliquer. Je pense que ce sentiment antifusion se résorbe, même à Saint-Lambert. De toute façon, ils se trompent de palier de gouvernement pour aller s'exprimer. Ce n'est pas la Ville qui va décider d'une défusion.»
Avant l'élection de novembre 2001, 54 % de la population de la Rive-Sud s'était exprimé contre les fusions, mais ce taux avait chuté à 41 % six mois plus tard, rappelle M. Olivier. «Je pense sincèrement que la réaction du début, et qui persiste dans certains endroits, a été provoquée par la façon dont les fusions ont été faites. Quand on brusque les gens et qu'on ne prend pas le temps d'expliquer les choses, les gens sont réfractaires», dit-il.
Conseils d'arrondissement peu populaires
La réorganisation municipale a toutefois eu un effet dévastateur sur la participation des citoyens aux réunions des conseils dans les arrondissements. «Sauf à Saint-Lambert, les conseils d'arrondissement sont morts quand il n'y a pas de gros dossier à l'ordre du jour», constate Ginette Perron, rédactrice en chef du Courrier du Sud. «À Saint-Hubert notamment, il y avait de l'activité à ces assemblées autrefois et les gens se déplaçaient pour y assister, mais ils ont perdu intérêt.»
Comme bien d'autres, Marc Lachance, chef de l'opposition, a remarqué ce phénomène dans plusieurs arrondissements. Il a vu, certains soirs, des gens se lever en bloc et quitter la salle immédiatement après la période de questions, qui précède les délibérations des élus. En règle générale, dit-il, il ne reste que trois ou quatre personnes dans la salle, une dizaine dans certains cas. «C'est très inquiétant quand on pense que l'arrondissement du Vieux-Longueuil compte une population de 130 000 personnes et qu'il n'y en a que dix dans la salle.»
Les gens s'imaginent que tout se passe dans la grande ville, poursuit-il, et ils n'ont pas tout à fait tort puisque bon nombre de résolutions adoptées aux conseils d'arrondissement doivent ensuite être soumises à l'assemblée du conseil municipal. «Les gens ne semblent pas comprendre tout à fait la transition. Le conseil municipal est aussi important que le conseil d'arrondissement même si c'est différent.»
De son côté, le maire Olivier reconnaît qu'il faudra apporter des correctifs pour contrer ce phénomène. «Il faut conserver la saveur locale. Il faut démontrer que nous sommes capables de devenir une grande ville sans enlever l'identité de chacun des arrondissements», dit-il. Une révision du cadre législatif du partage des pouvoirs entre la ville centrale et les arrondissements sera nécessaire, croit-il. «On est dans un droit municipal nouveau», ajoute-t-il.
Le coût des fusions
À court terme, Longueuil ne pourra réaliser les économies d'échelle que devaient engendrer les fusions. La réforme a coûté plus de 20 millions à la Ville, a annoncé le maire lors du dévoilement du budget le 3 décembre dernier. Le budget de la nouvelle Ville prévoit aussi, pour 2003, une augmentation des dépenses de 5,4 %. L'administration estime que le dédoublement du personnel, équivalant à une quarantaine de postes, coûtera 3,5 millions. Elle devra aussi procéder à l'harmonisation des 34 conventions collectives sans augmentation de coûts, comme le prévoit la Loi. Le maire Olivier se demande bien comment la Ville y parviendra. «Il y a des gens qui rêvaient quelque part», commente-t-il.
Une hausse de taxes de 5 % est aussi prévue dans quatre arrondissements, soit Saint-Bruno, Saint-Lambert, Boucherville et Brossard. En revanche, les taxes baisseront de 1 % dans les arrondissements du Vieux-Longueuil et de Saint-Hubert alors qu'elles seront gelées dans LeMoyne et Greenfield Park. «60 % de la population de la nouvelle ville a vu diminuer ses taxes. Et à l'exception de Saint-Lambert, les autres villes paient moins de taxes qu'ils n'en payaient en 1999», fait valoir le maire.
L'opposition, dirigée par Marc Lachance, a voté en faveur de ce budget inflationniste, mais elle s'inquiète de la tendance qui s'en dégage. «En 2002, quatre villes augmentaient mais les diminutions étaient beaucoup plus importantes avec une moyenne de 2,8 %. Si la tendance se maintient, on s'en va tous vers des augmentations», conclut-il.
Une administration controversée
Le maire Jacques Olivier a accédé au pouvoir lors des élections de novembre 2001 en défaisant sa rivale Marguerite Pearson Richard et en faisant élire 37 de ses 42 candidats. Dès les premiers mois, l'octroi de contrats importants accordés à des proches du maire a soulevé la controverse autour de la nouvelle administration.
En mars, à la suite d'un appel d'offres, celle-ci a confié un contrat de communications de 1,3 million au groupe Everest, dirigé par Claude Boulay, un ami du maire. De même, elle a accordé à la firme d'avocats Mongrain, McClure Gibeau un contrat d'une valeur de 1,3 million pour les services de quatre avocats. A suivi, en avril, le contrat de 4,7 millions à un consortium d'ingénieurs dont plusieurs actionnaires avaient participé à la campagne de financement de Jacques Olivier.
Marc Lachance voit dans ces décisions une forme de privatisation de l'appareil municipal. Mais l'opposition, composée de trois conseillers, a fort à faire pour s'imposer contre l'équipe du maire, d'autant plus qu'elle ne dispose que d'un budget fort limité. Au fil des mois, elle a dû essuyer les critiques de ceux qui la trouvent trop timide.
«C'est sûr que ça paraît bien de faire des critiques, d'être frondeur et d'élever la voix. Nous préférons toutefois faire une opposition où on pense à ce qu'on dit d'avance. Avant de déclencher une guéguerre, on veut être certain de ce qu'on avance», se défend Marc Lachance.
En mars dernier, comme le maire n'avait pas accordé de droit de parole à l'opposition lors des séances du conseil municipal, Marc Lachance a pris les grands moyens et s'est inscrit à la période de questions du public. Ce soir-là, Jacques Olivier n'a eu d'autre choix que de modifier les règles du jeu afin de donner la parole aux membres de l'opposition.
«L'opposition est débordée par la tâche», signale de son côté Maurice Giroux, journaliste à la station de radio CHAA-FM.
La marge de manoeuvre de l'opposition est réduite par la difficulté qu'elle rencontre à obtenir les documents qu'elle réclame de l'administration, convient Ginette Perron, du Courrier du Sud. Le jour du budget notamment, les membres de l'opposition ont reçu les documents le matin même, en même temps que les journalistes, et sans avoir pu en faire une étude approfondie, ils ont dû l'adopter le soir lors de l'assemblée spéciale du conseil.
Un contrepoids à Montréal
Malgré les coûts élevés des fusions et le mécontentement dans plusieurs arrondissements, notamment dans Saint-Lambert et Boucherville, Marc Lachance croit que les fusions ont été une bonne chose pour la Rive-Sud. «Je pense qu'il y a un partage à faire. Il faut que les gens acceptent ça.»
De son côté, le maire Olivier convient que son administration n'a pas réussi à susciter un sentiment d'appartenance à la nouvelle ville au cours de la première année. Mais les fusions ont permis de faire contrepoids à la Ville de Montréal, et il trouve même des vertus à la création de la Commission métropolitaine de Montréal, qu'il avait tant dénigrée lors de sa campagne électorale.
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