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Griffintown: pas de tramway, pas de projet

Kathleen Lévesque   21 janvier 2008  Villes et régions
Le développement résidentiel et commercial de Griffintown pourrait être compromis si le projet public de tramway ne prend pas forme rapidement. En entrevue au Devoir, le président de Devimco, Serge Goulet, promoteur de Griffintown, prévient que le soutien financier de 10 millions qu'il a offert à la Ville de Montréal pour la réalisation de la première phase de tramway devant traverser le Vieux-Montréal, Griffintown et le quartier des affaires est limité dans le temps.

«Les 10 millions ne sont pas disponibles pour les trois prochaines générations. Je ne gèlerai pas ça à la banque. Je l'ai dit aux gens de la Ville. Ils ont grimacé un peu. Moi, c'est sur la table pour 24 mois. Vous devez m'arriver avec un transport collectif, tramway ou autre, adéquat, avec une fréquence correcte. Et on veut quelque chose de sexy!», a affirmé Serge Goulet.

Comme l'explique le promoteur immobilier, le tramway n'est ni plus ni moins que la colonne vertébrale de son projet, un investissement privé de 1,3 milliard de dollars sur dix ans. Griffintown est un secteur industriel décrépit situé au sud-ouest du centre-ville, à la porte d'entrée du canal de Lachine. Ce quartier est actuellement complètement enclavé, loin du métro et des circuits d'autobus. Le transport collectif apparaît donc comme incontournable pour le développement de Griffintown selon la vision de Devimco.

«Notre projet pourrait être compromis s'il n'y a pas de transport collectif. [...] C'est essentiel dans notre projet. C'est un moyen de transport, mais c'est aussi un véhicule de développement. On est le trait d'union entre le Vieux-Montréal et le quartier des affaires», explique M. Goulet pour qui l'idée plaide en faveur du développement durable.

En contrepartie des réclamations de Devimco en matière de transport collectif, la Ville de Montréal a exigé que le promoteur réduise de façon importante le nombre de stationnements. Or les stationnements sont un élément important de la rentabilité potentielle du projet, souligne Serge Goulet.

«La Ville ne veut pas de stationnement, OK, mais ça prend du transport en commun. [...] Si on parle de consensus, c'est un échange et des compromis réciproques. Ce n'est pas un monologue», souligne-t-il.

Les experts embauchés par Devimco, la firme d'urbanisme Daniel Arbour et le Groupe IBI de Toronto, ont évalué les coûts de la première phase du tramway à 70 millions. La Société du havre de Montréal les avaient estimés de façon préliminaire à 38 millions.

Le retour du tramway dans la métropole, qui a été mis au rancart en 1959, est prévu dans le plan de transport présenté par la Ville de Montréal en mai dernier. Quatre circuits y sont proposés dont l'un partirait de la station de métro Berri-UQAM, circulerait sur la rue de la Commune dans le Vieux-Montréal et remonterait la rue Peel. Ce dernier segment traverse le projet Griffintown de Devimco. Cependant, le quotidien The Gazette présentait la semaine dernière les trois chantiers prioritaires pour Montréal parmi les vingt et un que compte le plan de transport, et le tramway n'en ferait pas partie. Dans l'immédiat, le prolongement vers l'est de la ligne bleue du métro, les autobus sur Pie IX et une navette reliant le centre-ville à l'aéroport Trudeau, à Dorval, recevraient l'appui de l'équipe du maire Tremblay.

Si le président de Devimco se montre réfractaire à l'établissement de circuits d'autobus qui pourraient être mis en place en lieu et place d'un tramway, il se dit toutefois ouvert à la possibilité que les autorités montréalaises instaurent plutôt un trolleybus. Il s'agit d'un véhicule propulsé par l'électricité, comme le tramway, mais roulant sur des roues plutôt que sur des rails, comme un autobus. Cela pourrait représenter, selon Serge Goulet, une option plus flexible, moins chère et ayant une capacité motrice plus importante pour monter les côtes. De plus, les voitures des trolleybus pourraient être livrées plus rapidement, croit-il.

Mais il ne faut pas y voir un intérêt particulier de la firme Bombardier dans ce dossier, soutient Serge Goulet en réaction à ce que The Gazette publiait il y a quelques jours. La fiducie familiale du p-.d.g. de Bombardier, Laurent Beaudoin, est l'un des trois financiers du projet avec le fonds de retraite des employés de la Ville de Québec et le fonds de retraite des employés de la Société de transport de Montréal. «C'est n'importe quoi!», lance Serge Goulet qui fait valoir que ce genre de contrat est mineur pour Bombardier (environ une dizaine de voitures) et que, de toute façon, «il y a une muraille de Chine entre Bombardier Transport et la fiducie familiale de M. Beaudoin».

Chose certaine, pour Serge Goulet, le temps compte. D'ici quelques semaines, l'arrondissement du Sud-Ouest enclenchera une consultation publique, malgré le fait que l'ampleur du projet relevant de la ville centrale aurait justifié que l'Office de consultation publique de Montréal soit mis à contribution. Les audiences porteront sur le plan particulier d'urbanisme (PPU) pour le secteur de Griffintown. Mais, dans les faits, c'est le projet précis de Devimco qui sera débattu.

Le promoteur privé bénéficie d'un traitement unique de la part de la Ville de Montréal. Habituellement, la municipalité établit un PPU pour un secteur, ce qui implique de déterminer les interventions publiques et privées souhaitées selon des critères très précis. Les projets des promoteurs sont développés à partir de ce canevas.

Pour Griffintown, c'est l'inverse. Le PPU répond plutôt aux attentes de Devimco qui travaille sur son projet depuis trois ans. Après une rencontre avec le maire Gérald Tremblay et certains membres du comité exécutif en juin dernier, un groupe de travail (formé de fonctionnaires et de représentants de Devimco) a été mis en place pour raffiner le projet, mais aussi pour établir la stratégie pour qu'il puisse voir le jour. «Le call du maire a été: "organisez-vous pour vous entendre pour novembre 2007"», se rappelle le président de Devimco. À partir de là, des rencontres ont eu lieu avec une trentaine d'organismes communautaires. «Ces consultations ont permis d'ajuster le projet, mais aussi de rédiger le PPU», affirme M. Goulet.

Outre le PPU fait sur mesure pour Devimco, la Ville de Montréal a utilisé tous les outils publics à sa disposition pour servir les intérêts du promoteur privé. La semaine dernière, Montréal a émis un avis de réserve foncière pour le secteur de Griffintown. Ce mécanisme stoppe toutes les transactions immobilières en cours, limite les investissements sur les bâtiments au strict minimum et pourrait permettre à la Ville de procéder à l'expropriation d'éventuels propriétaires récalcitrants. Devimco n'a acheté aucun terrain ou édifice jusqu'à maintenant. Par contre, il a entre les mains plusieurs ententes avec des propriétaires, précise Serge Goulet.

À la suite des audiences publiques menées par l'arrondissement du Sud-Ouest, M. Goulet s'attend à ce que le PPU soit adopté dès avril par le comité exécutif et le conseil municipal. À partir de là, Devimco compte une année pour établir les plans et les devis précis du projet. La construction de la première phase durera deux ans; les premiers résidants de Griffintown devraient donc emménager en 2011 et emprunter le nouveau tramway pour se rendre chez eux, espère Serge Goulet.






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  • Mario Tremblay
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 07h53
    Les promoteurs ...
    « Wall-mark exige un jeu de feux de circulation à la sortie de ses magasins. Eux exigent un tramway ...
    Et dans 10 ans, si le projet se réalise, le promoteur va contester son compte de taxes! »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 09h01
    Un muffin avec ca ???
    « À Montréal on est rendu à utiliser le développemnent rédsidentiel pour forcer le gouvernement à accepter les bébelles des écolos. Un tramway si c'était si bon pourquoi l'a t'on enlevé des rues de Montréal ???

    Nous à Québec, le tramway coûterait 1 milliard pour rêmplacer deux circuits de Métrobus. Or, ce qu'on apprend, avec les coûts d'entretien de la voie ferrée, des fils électriques et les frais financiers, l'opération serait déficitaire annuellement de 8,4 millions à renflouer par la ville (réf: Étude sur le tramway de mars 2003 sur le site du RTC). Aujoured'hui on peut parler de 12 millions de déficitr annuel et ce, en supposant que l'achalandage de ces deux circuits double. Ce qui est utopique...

    Voilà où nous mène les chimères écolos... Mais ca va être beau et touristique, mon oeil... »

  • Patrice Groleau
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 09h02
    Stationnements intérieurs ou extérieurs...
    « Bonjour,

    Si la ville désire limiter le nombre de stationnment, je crois que c'est uniquement pour les stationnments extérieurs. Des stationnments souterrains multi-étages avec le premier étage publique serait une solution gagnante au plan visuel & pratique.

    http://www.mcgillimmobilier.com/ »

  • Alain Vézina
    Inscrit
    lundi 21 janvier 2008 09h32
    Griffintown - Si nous parlions d'empreinte ou d'espace écologique
    « Faisons ça assez bref ! Quelle est l'empreinte écologique totale actuelle dans le secteur que veut utiliser le projet de Devimco ? Quelle est la direction prise par le projet à l'égard de cet état actuel ? Ce sera pire ? Équivalent ? Modestement mieux ? Beaucoup mieux ? Cela correspondra à un projet visant une empreinte écologique de moins d'une planète ? Le seul cas de figure pouvant être dit de développement souteneable est ce dernier. Je me réfère au principe urbanistique du One Planet Living développé par BioRegional en Angleterre et qui a été initié dans le quartier BedZed à Londres. Il a vocation semblable à celui de Griffintown.

    Faire ici beaucoup mieux que l'état actuel pourrait ne pas être négligeable. Cependant il a fort à parier qu'en restant à distance du principe d'une empreinte de moins d'une planète, le projet de Devimco n'aura jamais de pouvoir d'exemplarité, exemplarité à cet égard qu'il faudra bien se donner dans un avenir proche.

    C'est un joyeux défi, que l'on ne s'y trompe pas. Par exemple, le futur du projet initial devrait pouvoir continuer à s'inscrire dans le cadre d'une empreinte de moins d'une planète. Une charte publique devrait lier tous les occupants et futurs occupants à cet égard. Elle devrait donner la direction à poursuivre et mettre à distance la tentation de chercher l'inverse par sa propre croissance.

    Comme on le pressent, il faut en arriver à se fonder sur une logique économique autre que celle qui prévaut. Il y a fort à parier que seules des coopératives publiques (municipales) commerciales et de services le pourraient sur le long terme, d'autant mieux qu'elles seraient la forme de structure la mieux adaptée pour faire se construire continument un rapport serré de l'offre et de la demande, à l'initiative des usagers et clients et dans le respect du fournisseur de service.

    La Ville de Montréal devrait investiguer et finalement investir cette voie, en définissant d'emblée que certains secteurs d'activité présents ne pourront que ressortir à la formule coopérative et limiter par avance toute forme d'empiètement possible.

    Comme on le voit, c'est la dérive de l'après-projet initial qu'il faut pouvoir éviter. Quel effort sera fait en ce sens. Nul n'est prévu à ce qu'il me semble. »

  • Jean-Paul Thivierge
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 12h54
    trolleybus
    « A Montreal où l'électricité est propre et peu coûteuse
    on doit aller au plus tôt vers des bus électriques "branchables" ou vers de nouveauz trolley bus allongés et à pentures comme à Lyon et ailleurs en Europe.
    C'est silencieux et non polluant,
    Ensuite, certains secteurs de nos villes devraient être interdit à tout véhicules polluants.

    J-Paul Thivierge »

  • Hélène Dansereau
    Inscrite
    lundi 21 janvier 2008 12h59
    Quel toupet!
    « Monsieur Goulet ne manque pas d'air. Les 10 millions qu'il menace de retirer ne seraient qu'une goutte d'eau dans les 260 millions estimés nécessaires uniquement pour construire cette fameuse ligne de tramway. On ne parle même pas des coûts d'opération, qui seraient eux aussi pris dans les poches des contribuables. Il risque de nous coûter très cher, ce méga projet par lequel un seul promoteur veut s'approprier un quartier tout entier sans accepter de partager ou de rendre de comptes à personne.

    Griffintown n'a rien d'une enclave retirée. Deux stations de métro (Place Bonaventure et Plucien Lallier) sont à dix minutes de marche, et la ligne d'autobus 107 dessert la rue Peel aux demi-heures, un délai que la société de transport serait sûrement ravie de raccourcir si la population à desservir augmentait.

    Les efforts de la ville de Montréal, aveuglée par son criant besoin de revenus, et du promoteur Devimco, de forcer ce projet à passer coûte que coûte ne devraient pas passer en plus par l'intimidation. Gardez-les vos 10 millions! Nous, on gardera les 250 millions minimum à y ajouter pour la construire, votre ligne de tramway. »

  • Réjean Benoit
    Inscrit
    lundi 21 janvier 2008 23h38
    Le tram favorisera le développement pour Montréal
    « J'ai fait une étude (avec des collaborateurs) sur toutes les villes qui ont développées ou renouvelées leurs tram ou trains légers depuis 20 ans. Il y en a plus de 300 villes qui ont choisis cette voie depuis 1990. Pendant que ces villes se développent et créent de la richesse, Montréal fait du sur place. Il faut des visionnaires avec des capacités financières telles que ce M. Goulet pour développer notre ville. Le tram serait fort utile dans le secteur de Griffintown qui fort mal desservie par les bus et le métro.
    Pour le frileux qui trouvent que c'est chère 70 millions pour un tram. Voyez par exemple ce que fait la dynamique Colombie-Britannique. Ils investiront 14 milliards de dollars pour le transport collectif d'ici 2020. Vancouver prolonge présentement son SkyTrain jusqu'à l'aéroport, doublera sa capacité de la ligne principale et fera d'autres prolongations. De plus, ils installeront un tramway moderne de 11 km. Prenons exemple sur cette ville ou bien Montréal reculera sur l'échiquier mondial des grandes villes.
    Réjean Benoit
    Option Transport Durable
    www.transportdurable.qc.ca »

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