Québec a-t-il 400 ou 475 ans?
Photo : Clément Allard
Pour certains historiens, la découverte en 2005 du site de la première tentative d’implantation d’une colonie à Québec ajoute une page de 75 ans au grand livre d’histoire de la ville.
Québec — Le hasard a voulu que deux ans avant les célébrations de la fondation de 1608, on ait découvert les vestiges de la première tentative de colonisation effectuée des décennies plus tôt par Jacques Cartier. Mais les historiens sont divisés sur l'importance à accorder à ce site mystérieux.
Dévoilé en grande pompe en août 2006, le site archéologique est en dormance pour l'hiver, mais on vient de lancer un espace Web afin de permettre au public de suivre les travaux (http://www.cartier-roberval.gouv.qc.ca), financés à hauteur de 7,7 millions de dollars par le gouvernement du Québec.
Ici, une archéologue commente dans une vidéo la découverte d'une petite clé en laiton. Là, une spécialiste de l'archéobotanique explique comment identifier des restes végétaux vieux de quatre siècles. Une centaine d'artéfacts ont été découverts à ce jour, dont certaines céramiques amérindiennes.
Situé à l'ouest de Québec, dans l'ancienne banlieue de Cap-Rouge, le site a été découvert par hasard en 2005 alors qu'on préparait les travaux d'embellissement de la ville pour le 400e. On s'apprêtait à construire la nouvelle promenade Samuel-de-Champlain aux abords du fleuve et, sublime ironie, on avait demandé à un archéologue de s'assurer que le sol ne contenait pas de trésors cachés.
Les historiens savaient que Jacques Cartier et Jean-François de La Roque de Roberval avaient tenté sans succès de s'établir à Québec après 1534. Des forts avaient été construits entre 1541 et 1543 mais on n'en avait jamais trouvé la moindre trace.
«Ce n'était pas planifié. On a ramené le livre d'histoire de 75 ans en arrière avec ce qui a été trouvé», commente Denis Angers, de la Commission de la Capitale-Nationale (CCN), qui encadre le projet. «C'est incroyable, ce qui a été découvert: des bagues, des poteries... C'est la Renaissance à Québec! On a même découvert des noyaux d'olives. On va même pouvoir reconstituer la diète de l'époque.»
Les historiens divisés
Or tous ne sont pas si enthousiastes. Pour l'historien et éditeur Denis Vaugeois, c'est surtout le site d'un mauvais souvenir. «C'est intéressant, mais il n'y a pas eu de suites à ça. Il y a eu un hivernement catastrophique et ça s'est arrêté là. Tellement catastrophique que les Français ont oublié le Canada pendant 75 ans», estime ce spécialiste de Champlain. «Serge Bouchard [l'anthropologue et communicateur] a été clair là-dessus: ç'a été un échec, mais heureusement, il y a eu par la suite un gars comme Champlain qui a su faire des accommodements raisonnables avec les Indiens.»
Cependant, pour l'historien Jean Provencher, qui nous accordait récemment une entrevue, c'est une découverte capitale. «Quel site! Ça va être patrimoine mondial de l'humanité. C'est le premier site d'établissement européen au nord du Mexique.» Invité à commenter la découverte lors de l'inauguration en présence du premier ministre Jean Charest, Provencher lui avait transmis son enthousiasme. «Je lui ai dit: "M. Charest, notre histoire du Québec jusqu'à vous, elle est faite, mais il manque une page. La première se trouve ici."»
Or beaucoup reste à faire. En près de six mois de fouilles, les archéologues ne sont pas encore parvenus à retrouver les limites du fort, qui aurait abrité entre 400 et 600 personnes. Les recherches sur le site archéologique Cartier-Roberval doivent reprendre au printemps. Le site sera partiellement ouvert au public à compter de l'été prochain.
Dévoilé en grande pompe en août 2006, le site archéologique est en dormance pour l'hiver, mais on vient de lancer un espace Web afin de permettre au public de suivre les travaux (http://www.cartier-roberval.gouv.qc.ca), financés à hauteur de 7,7 millions de dollars par le gouvernement du Québec.
Ici, une archéologue commente dans une vidéo la découverte d'une petite clé en laiton. Là, une spécialiste de l'archéobotanique explique comment identifier des restes végétaux vieux de quatre siècles. Une centaine d'artéfacts ont été découverts à ce jour, dont certaines céramiques amérindiennes.
Situé à l'ouest de Québec, dans l'ancienne banlieue de Cap-Rouge, le site a été découvert par hasard en 2005 alors qu'on préparait les travaux d'embellissement de la ville pour le 400e. On s'apprêtait à construire la nouvelle promenade Samuel-de-Champlain aux abords du fleuve et, sublime ironie, on avait demandé à un archéologue de s'assurer que le sol ne contenait pas de trésors cachés.
Les historiens savaient que Jacques Cartier et Jean-François de La Roque de Roberval avaient tenté sans succès de s'établir à Québec après 1534. Des forts avaient été construits entre 1541 et 1543 mais on n'en avait jamais trouvé la moindre trace.
«Ce n'était pas planifié. On a ramené le livre d'histoire de 75 ans en arrière avec ce qui a été trouvé», commente Denis Angers, de la Commission de la Capitale-Nationale (CCN), qui encadre le projet. «C'est incroyable, ce qui a été découvert: des bagues, des poteries... C'est la Renaissance à Québec! On a même découvert des noyaux d'olives. On va même pouvoir reconstituer la diète de l'époque.»
Les historiens divisés
Or tous ne sont pas si enthousiastes. Pour l'historien et éditeur Denis Vaugeois, c'est surtout le site d'un mauvais souvenir. «C'est intéressant, mais il n'y a pas eu de suites à ça. Il y a eu un hivernement catastrophique et ça s'est arrêté là. Tellement catastrophique que les Français ont oublié le Canada pendant 75 ans», estime ce spécialiste de Champlain. «Serge Bouchard [l'anthropologue et communicateur] a été clair là-dessus: ç'a été un échec, mais heureusement, il y a eu par la suite un gars comme Champlain qui a su faire des accommodements raisonnables avec les Indiens.»
Cependant, pour l'historien Jean Provencher, qui nous accordait récemment une entrevue, c'est une découverte capitale. «Quel site! Ça va être patrimoine mondial de l'humanité. C'est le premier site d'établissement européen au nord du Mexique.» Invité à commenter la découverte lors de l'inauguration en présence du premier ministre Jean Charest, Provencher lui avait transmis son enthousiasme. «Je lui ai dit: "M. Charest, notre histoire du Québec jusqu'à vous, elle est faite, mais il manque une page. La première se trouve ici."»
Or beaucoup reste à faire. En près de six mois de fouilles, les archéologues ne sont pas encore parvenus à retrouver les limites du fort, qui aurait abrité entre 400 et 600 personnes. Les recherches sur le site archéologique Cartier-Roberval doivent reprendre au printemps. Le site sera partiellement ouvert au public à compter de l'été prochain.
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