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À chacun son 400e

Certains hasards ne trompent pas: le Québec contemporain sort à peine d'une longue veillée d'automne passée à triturer son identité qu'on l'invite désormais à bifurquer vers la ville de Québec pour gratouiller son histoire. Que les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec soient l'occasion de démontrer qu'un peuple peut ouvrir sa besace à souvenirs sans sombrer dans la discorde.

Oyez, oyez, braves gens de Québec et d'ailleurs, amoureux de cette ville sacrée joyau du patrimoine mondial de l'UNESCO, incontestable berceau de la civilisation française en Amérique depuis sa fondation, en 1608! Voici venu le temps de faire sonner les trompettes et de battre les tambours! Mais bonnes gens, dites-nous, que fêtez-vous, au juste?

Cette question ne sera pas sur toutes les lèvres lundi soir à la place d'Youville alors que commenceront officiellement les festivités du 400e de Québec. Lors de ce coup d'envoi de dix mois de célébrations dans la Vieille Capitale, Québec sera chanté, dansé et joué sur une scène où on tentera de défier les éventuelles frasques de notre pays d'hiver. Après des mois de déchirements entourant cet événement — à propos des dignitaires invités, des fresques exposées, de quelque apparence de conflits d'intérêts —, il sera temps de saisir l'occasion pour ce qu'elle est d'abord: un hommage à (au moins) 400 ans d'histoire d'une ville qui a vu défiler plus d'un visage.

Voilà justement la question qui brûle: peut-on ici-bas remuer l'histoire, celle qui fait la somme de tous les parcours, sans être accusé de soulever inutilement des amas de poussière? Peut-on célébrer l'arrivée des uns, la présence et le passage des autres, sans se limiter à en faire un rigodon timidement esquissé sur une scène? Peut-on mettre à nu les conflits d'antan et même pointer ceux d'aujourd'hui sans automatiquement être confiné au rôle tristounet d'empêcheur de tourner en rond?

En nos pages la semaine dernière, un des membres du groupe Loco Locass, Biz, a donné une secousse en ce sens, osant creuser l'histoire pour revendiquer le droit à une ville en liesse au nom d'une cause bien nommée. «Pour donner du sens à la fête, il faut réfléchir aux raisons que nous avons de célébrer quatre siècles de présence francophone en Amérique», écrivait-il, dénonçant toute tentative de noyer la fête en la reléguant au dernier sous-sol.

Certains se seront offusqués des propos de l'auteur: choqué qu'on ait même pu penser convier la monarque britannique à ces célébrations, Biz évoquait le désagréable souvenir de la conquête de la Nouvelle-France par l'Angleterre, un événement qui, selon lui, a «la valeur d'un viol».

En 400 ans d'histoire, cet événement trône bien sûr dans tous les livres d'histoire sans qu'ils lui aient cependant tous donné la même saveur. Voilà le propre de l'histoire, qui ne peut que tendre à l'objectivité. Mais au risque de sombrer dans quelques ergoteries, faut-il gommer l'histoire et ses conflits et bâtir la scène d'une illusoire sérénité?

La commission Bouchard-Taylor a été le théâtre de quelques envolées bien senties et l'occasion pour tous les Québécois, quel que soit leur passé, de réfléchir à une identité future. Cet exercice, dont plusieurs ont salué l'audace, s'est déroulé dans un calme relatif en plus d'être source d'enrichissement. Rien n'empêche de démontrer le même courage en faisant cette fois-ci un retour sur le passé.

Bien sûr, la Ville de Québec voit dans ces célébrations à venir non seulement un déploiement économique sans pareil et des retombées alléchantes mais aussi un anniversaire bien précis: l'arrivée sur ses berges, il y a 400 ans, de l'explorateur Samuel de Champlain. Bien sûr, le Québec y perçoit une façon de souligner les premiers balbutiements d'une province ou d'un pays, selon le camp politique. Et bien sûr, pour Ottawa, voilà le début d'une confédération, consacrée officiellement deux siècles et demi plus tard. Les cousins d'Europe regardent peut-être tout cela un sourire en coin: voilà une histoire bien jeunette! Mais il y a tout de même là un récit à raconter sans gêne ni crainte, malgré ses différents passages, ses moments clés et ses querelles politiques dont on voit encore les traces.

Que la fête commence, mais à côté de ces nécessaires kermesses aux allures de réunions de famille dont le Québec a le secret, qu'on ose placer à l'avant-scène l'histoire, qui est la raison d'être de ces célébrations. Qu'on s'aventure, non pas avec résignation mais avec enthousiasme, dans les chemins de l'histoire, en acceptant qu'ils puissent emprunter différents détours et que chacun y déterre son 400e.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Maryse Lafleur - Abonnée
    29 décembre 2007 05 h 39
    Fêter notre histoire?
    Il est vrai que les Québécois aiment bien les fêtes de famille ... et ne sont pas très enclins à considérer l'Histoire de peu d'avoir à considérer "l'ennemi". Pourquoi vouloir ignorer ou fausser l'histoire de Québec ou même du Québec? Ce que Biz appelait l'incroyable aliénation du peuple québécois pourrait bien n'être que l'insupportable victimisation d'un peuple incapable de reconnaître la partie de sa culture qui lui vient des Britanniques, qui préfère monter du doigt le vilain envahisseur-assimilateur et ignorer l'abandon de la première mère-patrie. Je suis fort consciente de la difficulté d'être complètement objectif dans l'étude de l'histoire en général et dans celle de la nôtre en particulier mais on pourrait faire un (petit) effort il me semble tout comme on pourrait faire part d'une plus grande ouverture d'esprit. Ne pas vouloir regarder d'où l'on vient vraiment et éviter une véritable introspection me semble plus nuisible qu'aidant. Si on ne veut pas que l'histoire se répète ...
    (Maryse Lafleur, Québec)
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  • Sylvain Racine - Abonné
    29 décembre 2007 06 h 20
    je n'essuierai certainement pas mes pieds sur le tapis avant d'entrer!
    Je crois que Québec n'est pas une capitale, mais seulement une ville dans une province quelconque d'un pays banal en Amérique du Nord. Pour moi, ce qui fait une ville, ce sont ses gens qui sont fiers de leur histoire, qui la connaisse, qui vive dans la continuité et non dans le déni maladif de leur identité.

    Le 400e c'est faire un party dans une ville qui ne m'appartient pas avec des gens qui ne me ressemblent pas. Bref, le 400e dans le Canada, j'irai à Québec un peu comme nous allions tous à l'open-house du rejet de l'école, en se foutant bien des gens qui s'y trouveront, seulement pour faire la fête, car après tout, c'est bien ce que sera le 400e de Québec, une fête foraine canadienne-française. Et puisque je suis un Québécois qui se respecte, je n'essuierai certainement pas mes pieds sur le tapis avant d'entrer, et ça fera mon bonheur de voir tous ces Canadiens-français baiser ce même tapis à leur arrivée.

    Que la fête commence!
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  • Michel Simard - Abonné
    29 décembre 2007 09 h 44
    La honte
    Fêter notre histoire ? L'histoire de quoi ?

    L'histoire d'un groupe de descendants de Français qui est très heureux d'avoir été annexés à l'empire britannique et qui aiment mieux baiser les pieds de son agresseur, telle cette Maryse Lafleur et tous les assimilationnsites et provincialistes, que de se souvenir (ça vous dit quelque chose cette devise ?) que ce qui fait la différence entre un Québécois et un Saskatchewanais ou un Nebraskan, c'est que Jacques Cartier a accosté à Gaspé, pas que Wolfe ait battu Montcalm en 1759 ou que des députés anti-québécois aient voté pour la constitution anti-Québec de 1982, n'en déplaise aux révisionnistes. Et comme les électeurs de Québec ont clairement énoncé lors des dernières élections très provinciales que les Montréalais habitant l'île de Montréal étaient les pires galeux de la planète, je n'irai pas faire mes retombées économiques à Québec mais ailleurs sur la planète où nous sommes mieux accueillis.

    Vive la Province du Québec aliénée et fière de l'être ! Quelle honte !
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  • Zach Gebello - Inscrit
    29 décembre 2007 12 h 42
    Grotesque et décadent
    Je n'irai que pour pisser sur cette fresque d'inspiration soviétique.
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  • camelot - Inscrit
    29 décembre 2007 14 h 12
    Madame Lafleur
    Je vous défie de citer ne serait-ce qu'une chose que les Anglais ont apporté à notre culture. Ceux qui sont arrivés d'Angleterre étaient des commerçants, des épiciers à la courte vue. Même les Anglais ayant quelque peu de conscience les haïssaient tel Carleton. Ce sont eux qui ont plaidé à Londres, contre l'octroi d'une vraie démocratie aux Canadiens. Ils ont vidé leurs prisons et les rues mal famées de la capitale britannique pour peupler l'Acadie si outrageusement volée. Ils ont pris soin de faire venir des navires de passagers infestés de choléra pour contaminer les Québécois. Et ça continue.
    On ne fête pas ses tortionnaires, moutons de Québec.

    Jean-Marie Francoeur
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  • Roland Berger - Abonné
    29 décembre 2007 16 h 25
    À chacun sa fête...
    Les Québécois, ou les Canadiens français du Québec selon, fêtent au-delà du sort fait aux Amérindiens qui ont accueuilli leurs ancêtres il y a 400 ans, et les Canadians, au-delà du sort fait aux descendants des colons français dans et par leur confédération, et les Américains, au-delà du sort... Oui, à chacun sa fête. L'histoire n'a rien à voir là-dedans.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
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  • hekpazo jacqueline - Inscrite
    29 décembre 2007 16 h 53
    Et Mathieu da Costa?
    D'origine africaine et premier Noir, selon les historiens, à poser le pied sur le sol de la Nouvelle-France,Mathieu da Costa,membre de l'expédition Poutrincourt-Champlain,débarqua aux côtés de Champlain pour lui servir d'interprète.
    Sera-t'il question de lui lors des festivités du 400ième?
    Ce serait l'occasion idéale de souligner la contribution historique des Noirs à la société québécoise afin que ce ne soit plus "un des secrets les mieux gardés" de notre passé collectif.
    À l'automne 2005,une consultation sur la participation à la société québécoise des communautés noires avait souligné l'importance de prendre en compte l'apport des Noirs dans la mémoire collective ainsi que d'améliorer leur image au sein de la société.Quelle belle occasion à ne pas manquer!
    En outre,en février prochain,ce sera le Mois de l'histoire des Noirs:fêtera-t'on la francophonie noire présente au Québec...avant d'accueillir "la francophonie internationale"?
    Pour découvrir "certains détours du chemin de l'histoire du Québec",pour connaitre la petite histoire dont est faite la Grande,voici quelques repères:
    http://www.radio-canada.ca/radio/indicatifpresent/
    Il s'agit d'une entrevue avec Daniel Gay sur son livre Les Noirs du Québec 1629-1900.
    Et http://citoyen.onf.ca/ame-noire-black-soul
    Il s'agit d'un trés court-métrage fort instructif et rempli d'âme de Martine Chartrand.

    Jacqueline Hekpazo
    www.raaq.net
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  • jacques noel - Inscrit
    30 décembre 2007 08 h 56
    Québec a 95 ans de plus que St-Pétersbourg
    C'est ce que vous appelez "une histoire bien jeunette"

    Au sujet de Da Costa est-ce qu'on pourrait m'expliquer comment un Africain qui n'avait jamais mis les pieds en Amérique pouvait connaitre les langues amérindiennes?
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  • Zach Gebello - Inscrit
    30 décembre 2007 10 h 44
    Roland Berger et son Québec sans histoire.
    "Les Québécois, ou les Canadiens français du Québec selon, fêtent au-delà du sort fait aux Amérindiens qui ont accueuilli leurs ancêtres il y a 400 ans, et les Canadians, au-delà du sort fait aux descendants des colons français dans et par leur confédération..." Roland Berger

    Les Québécois n'ont pas à célébrer au delà du sort fait aux Amérindiens, M. Berger. Il n'y a que les Canadians qui sont responsables de ces sorts "réservés" aux nations autochtones, incluant la nation Québécoise (véritables Canadiens)et que seuls ces Canadians doivent en porter la honte mais cherchent plutôt à en effacer toutes traces. Semble bien qu'ils ont réussi dans votre cas, en Ontario.

    Pas étonnant de vous entendre proposer qu'il n'y a rien à voir dans l'histoire de Québec !
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  • hekpazo jacqueline - Inscrite
    30 décembre 2007 12 h 09
    Ignorance,quand tu nous tiens!
    Historiquement en Amérique,il était fréquent pour les Européens de recourir à des interprètes noirs dans leurs contacts avec les Amérindiens.
    L'un d'eux,Mathieu da Costa a servi d'interprète entre Français et Micmacs.Polyglotte,il parlait vraisemblablement le français,le hollandais,le portugais ainsi que le pidgin basque/amérindien qui était la langue de commerce la plus couramment utilisée avec les peuples autochtones.
    Mathieu da Costa était un navigateur qui a effectué de nombreux voyages vers le Nouveau-Monde à la fin des années 1500 et au début des années 1600.Il a travaillé aussi avec Pierre Dugua de Monts...
    Décidément,il y a encore beaucoup à faire pour la (re)connaissance de l'apport historique tant des Premières Nations que des communautés noires!

    Jacqueline Hekpazo
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  • Zach Gebello - Inscrit
    30 décembre 2007 12 h 18
    Mathieu da Costa dérange trop
    Mathieu da Costa ne sera pas de la fête parce que son histoire risquerait d'établir un lien avec l'industrie de l'esclavage dominée par les juifs hollandais.

    Il n'existe pas beaucoup de documents écrits qui mentionnent da Costa, mais un des plus importants fait état de la tentative d'enlèvement de celui-ci(qui venait de signer son engagement avec le protestant Pierre Dugua de Mons) par les esclavagistes juifs hollandais qui voulaient profiter de ses talents pour poursuivre leur commerce des noirs en Amérique et du coup exploiter les Amérindiens comme nouveau "produit".

    Mathieu da Costa était précieux car il connaissait le "créole" basque-amérindien quil apprit des esclaves amérindiens ramennés en Europe par les juifs hollandais. Il lui a suffit d'appliquer les même principes du "créole" africain-portugais qu'il connaissait déjà.

    L'histoire de Mathieu da Costa a sûrement été arrêtée à la porte du 400e tout comme Dieudonné l'a été à l'aéroport.

    Des noirs qui dérangent le grand mensonge anglo-juif qu'on va fêter à Québec.
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  • Georges Paquet - Abonné
    30 décembre 2007 17 h 02
    À Michel Simard
    Si M. Simard respectait le choix de ses concitoyens, qu'ils ont exprimé deux fois, les germes de discorde et de malentendus seraient moins nombreux. Souhaiter la paix, c'est aussi souhaiter que les personnes de bonne volonté soient de plus en plus nombreuses.

    Georges Paquet
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  • Georges Paquet - Abonné
    30 décembre 2007 17 h 05
    À Zack Gebello
    M. Gebello est le seul qui ait raison. Ses concitoyens sont des ignares et des incultes. Espérons que les Gebello ne deviennent pas trop nombreux.
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  • Georges Paquet - Abonné
    30 décembre 2007 17 h 10
    À Sylvain Racine
    M. Racine nous montre le niveau de respect qu'il éprouve pour ses concitoyens. Et le manque de respect pour leur choix. M. Racine est convaincu d'avoir le pas, tout seul. Il se moque bien de la démocratie et des décisions démocratiques. La vérité, c'est lui qui l'a.
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  • Georges Paquet - Abonné
    30 décembre 2007 17 h 18
    À Jean-Marie Lafleur
    M. Lafleur, s'il le pouvait, écrirait l'histoire à sa façon. Au diable la réalité. Voyez le peu de respect pour l'opinion de ses concitoyens et pour les choix démocratiques qu'ils ont exercés.
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