Élections municipales - Finie la chicane à Québec
Photo : La Presse canadienne (photo)
Ann Bourget, meneuse dans la course à la mairie de Québec.
Québec — L'un des aspects déterminants de l'actuelle course à la mairie de Québec est qu'elle marque la fin de la fracture entre le centre-ville et les banlieues, fracture qui a longtemps fait la pluie et le beau temps sur la scène politique locale. Cette fois, aucun des candidats à l'élection n'a osé jouer la carte de la frustration des banlieues contre le centre-ville et inversement. Une petite révolution quand on sait la place que ces discours ont pu prendre dans la capitale.
Dans la bouche des animateurs de radios, mais aussi dans celle des politiciens. Il suffit de se rappeler le «maudites banlieues» que Jean-Paul L'Allier avait laissé échapper lors du débat sur les défusions ou la comparaison qu'a déjà faite Andrée Boucher entre les fusions municipales et le régime de Ceaucescu en Roumanie.
Mais ces temps semblent révolus. «Le débat s'est déplacé. On parle désormais d'une grande ville et c'est tant mieux», concède l'ancienne attachée de presse de M. L'Allier, Luci Tremblay qui travaille aujourd'hui au nouveau Palais Montcalm.
Bien malgré elle, Mme Boucher a peut-être plus que quiconque contribué à ce phénomène. Représentante numéro un des banlieues puis du mouvement antifusion, l'ex-mairesse de Sainte-Foy a bouleversé l'échiquier politique en prenant la tête de la ville nouvelle. «Mme Boucher est arrivée à un bon moment», constate Paul-Christian Nolin, son ex-attaché de presse qui sert désormais la Société du 400e. «Historiquement, ça aura permis de réconcilier.»
Autre explication sur la fin des querelles: le nombre de candidats à l'élection du 2 décembre. Avec 15 concurrents, en effet, personne ne peut penser l'emporter en se privant de l'un ou l'autre des deux camps.
Dépositaire de l'héritage de Jean-Paul L'Allier et du Renouveau municipal de Québec (RMQ), la meneuse dans la course, Ann Bourget travaille fort pour se départir de son image de fille du centre-ville. L'environnement et la culture, deux marottes de son parti, ont été mis de côté pour embrasser les revendications des anciennes banlieues. «Je serai aux sports et aux loisirs ce que Jean-Paul L'Allier a été à la culture», déclarait en début de campagne celle qui se réclame désormais de l'héritage d'Andrée P. Boucher, avec un discours axé sur le pragmatisme et la bonne gestion des finances publiques.
Et ça fonctionne. «Dans les sondages, on voit que les appuis d'Ann Bourget sont aussi importants dans les banlieues qu'au centre-ville», constate Louise Quesnel, politicologue de l'Université Laval spécialisée dans l'étude du monde municipal. Ce qui tranche énormément avec la tendance observée lors des deux précédents scrutins en 2001 et en 2005. Lors de la dernière élection, Mme Boucher l'avait emporté grâce à sa grande popularité dans les banlieues alors, que le deuxième candidat, Claude Larose (du RMQ à cette époque) n'avait pas réussi à dépasser les frontières du centre-ville.
Le cas de M. Larose qui est de nouveau dans la course en 2007 est encore plus révélateur. Après avoir fait carrière aux côtés de M. L'Allier et du RMQ (anciennement le Rassemblement Populaire), M. Larose vient de se rallier à l'Action Civique (AC), l'ancien parti des défusionnistes pour lequel Mme Boucher s'était présentée en 2001. Un coup de théâtre qui en a surpris plusieurs, mais qui s'explique facilement. En s'associant à l'AC, Larose pouvait espérer ne pas répéter l'échec de 2005 et embrasser tout la capitale.
La disparition des partis?
La stratégie n'a pas encore fait ses preuves, mais le symbole est fort: les anciennes étiquettes ne tiennent plus. «Les préoccupations changent, les gens évoluent, les partis deviennent les véhicules de nouveaux combats. Il n'y a plus deux gangs comme avant», note Paul-Christian Nolin. «C'est positif, au fond, il fallait faire les fusions pour ça, pas pour faire des économies comme on nous l'a fait croire!», poursuit celui qui a servi Mme Boucher jusqu'à son décès au mois d'août.
Autre exemple de ce repositionnement: Régis Labeaume qui se classe pour l'instant deuxième derrière Ann Bourget. Après avoir perdu la course à la direction du RMQ en 2005, cet homme d'affaires multiplie désormais les appuis auprès de conseillers indépendants ou associés à d'autres enseignes dont le conseiller Richard Côté, un ancien de Vision Québec... le parti de Marc Bellemare!
«Il y a un brassage important d'acteurs et d'organisations politiques», observe Louise Quesnel. En fait, le phénomène est si marqué que l'on en vient à confondre les programmes des uns et des autres. «On commence à faire consensus, vous ne trouvez pas?», de lancer Marc Bellemare lors d'un débat récent qualifié d'assez monotone.
Soucieux de rallier tout le monde, les principaux candidats s'en tiennent à des causes simples, consensuelles et conservatrices telles la mise à niveau des infrastructures et le redressement des finances municipales.
Les différences sont tellement aplanies que d'aucuns se demandent quel rôle subsiste pour les partis. «On est en train de revenir à l'ère pré-Lamontagne où les partis n'avaient pas d'importance», remarque M. Nolin en référence à l'époque de Gilles Lamontagne, le maire de Québec de 1965 à 1977.
Mme Quesnel constate le même phénomène, mais s'en inquiète. «On a mis en place des partis politiques pour mettre fin à une politique très imprévisible qui donnait libre cours aux influences de toutes sortes de groupes et d'individus. On avait des campagnes électorales qui portaient seulement sur les mérites et les expériences personnelles.» Or, croit-elle, un tel modèle n'est pas «suffisant» pour piloter une ville moderne. «Il faut regarder comment les candidats travaillent en équipe. On n'est plus dans les années 1960. On a face à nous des enjeux globaux, plus complexes qui imposent la concertation.»
Collaboratrice du Devoir
Dans la bouche des animateurs de radios, mais aussi dans celle des politiciens. Il suffit de se rappeler le «maudites banlieues» que Jean-Paul L'Allier avait laissé échapper lors du débat sur les défusions ou la comparaison qu'a déjà faite Andrée Boucher entre les fusions municipales et le régime de Ceaucescu en Roumanie.
Mais ces temps semblent révolus. «Le débat s'est déplacé. On parle désormais d'une grande ville et c'est tant mieux», concède l'ancienne attachée de presse de M. L'Allier, Luci Tremblay qui travaille aujourd'hui au nouveau Palais Montcalm.
Bien malgré elle, Mme Boucher a peut-être plus que quiconque contribué à ce phénomène. Représentante numéro un des banlieues puis du mouvement antifusion, l'ex-mairesse de Sainte-Foy a bouleversé l'échiquier politique en prenant la tête de la ville nouvelle. «Mme Boucher est arrivée à un bon moment», constate Paul-Christian Nolin, son ex-attaché de presse qui sert désormais la Société du 400e. «Historiquement, ça aura permis de réconcilier.»
Autre explication sur la fin des querelles: le nombre de candidats à l'élection du 2 décembre. Avec 15 concurrents, en effet, personne ne peut penser l'emporter en se privant de l'un ou l'autre des deux camps.
Dépositaire de l'héritage de Jean-Paul L'Allier et du Renouveau municipal de Québec (RMQ), la meneuse dans la course, Ann Bourget travaille fort pour se départir de son image de fille du centre-ville. L'environnement et la culture, deux marottes de son parti, ont été mis de côté pour embrasser les revendications des anciennes banlieues. «Je serai aux sports et aux loisirs ce que Jean-Paul L'Allier a été à la culture», déclarait en début de campagne celle qui se réclame désormais de l'héritage d'Andrée P. Boucher, avec un discours axé sur le pragmatisme et la bonne gestion des finances publiques.
Et ça fonctionne. «Dans les sondages, on voit que les appuis d'Ann Bourget sont aussi importants dans les banlieues qu'au centre-ville», constate Louise Quesnel, politicologue de l'Université Laval spécialisée dans l'étude du monde municipal. Ce qui tranche énormément avec la tendance observée lors des deux précédents scrutins en 2001 et en 2005. Lors de la dernière élection, Mme Boucher l'avait emporté grâce à sa grande popularité dans les banlieues alors, que le deuxième candidat, Claude Larose (du RMQ à cette époque) n'avait pas réussi à dépasser les frontières du centre-ville.
Le cas de M. Larose qui est de nouveau dans la course en 2007 est encore plus révélateur. Après avoir fait carrière aux côtés de M. L'Allier et du RMQ (anciennement le Rassemblement Populaire), M. Larose vient de se rallier à l'Action Civique (AC), l'ancien parti des défusionnistes pour lequel Mme Boucher s'était présentée en 2001. Un coup de théâtre qui en a surpris plusieurs, mais qui s'explique facilement. En s'associant à l'AC, Larose pouvait espérer ne pas répéter l'échec de 2005 et embrasser tout la capitale.
La disparition des partis?
La stratégie n'a pas encore fait ses preuves, mais le symbole est fort: les anciennes étiquettes ne tiennent plus. «Les préoccupations changent, les gens évoluent, les partis deviennent les véhicules de nouveaux combats. Il n'y a plus deux gangs comme avant», note Paul-Christian Nolin. «C'est positif, au fond, il fallait faire les fusions pour ça, pas pour faire des économies comme on nous l'a fait croire!», poursuit celui qui a servi Mme Boucher jusqu'à son décès au mois d'août.
Autre exemple de ce repositionnement: Régis Labeaume qui se classe pour l'instant deuxième derrière Ann Bourget. Après avoir perdu la course à la direction du RMQ en 2005, cet homme d'affaires multiplie désormais les appuis auprès de conseillers indépendants ou associés à d'autres enseignes dont le conseiller Richard Côté, un ancien de Vision Québec... le parti de Marc Bellemare!
«Il y a un brassage important d'acteurs et d'organisations politiques», observe Louise Quesnel. En fait, le phénomène est si marqué que l'on en vient à confondre les programmes des uns et des autres. «On commence à faire consensus, vous ne trouvez pas?», de lancer Marc Bellemare lors d'un débat récent qualifié d'assez monotone.
Soucieux de rallier tout le monde, les principaux candidats s'en tiennent à des causes simples, consensuelles et conservatrices telles la mise à niveau des infrastructures et le redressement des finances municipales.
Les différences sont tellement aplanies que d'aucuns se demandent quel rôle subsiste pour les partis. «On est en train de revenir à l'ère pré-Lamontagne où les partis n'avaient pas d'importance», remarque M. Nolin en référence à l'époque de Gilles Lamontagne, le maire de Québec de 1965 à 1977.
Mme Quesnel constate le même phénomène, mais s'en inquiète. «On a mis en place des partis politiques pour mettre fin à une politique très imprévisible qui donnait libre cours aux influences de toutes sortes de groupes et d'individus. On avait des campagnes électorales qui portaient seulement sur les mérites et les expériences personnelles.» Or, croit-elle, un tel modèle n'est pas «suffisant» pour piloter une ville moderne. «Il faut regarder comment les candidats travaillent en équipe. On n'est plus dans les années 1960. On a face à nous des enjeux globaux, plus complexes qui imposent la concertation.»
Collaboratrice du Devoir
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