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Harbour cède sous la pression

Le maire d'Outremont démissionne dans la controverse

Les caisses de scotch et l'utilisation de prête-noms pour se faire rembourser des factures auront coûté son poste au maire de l'arrondissement d'Outremont. Critiqué de toutes parts depuis le dépôt mardi d'un rapport accablant pour son administration, Stéphane Harbour a démissionné hier, en fin d'après-midi.

M. Harbour a informé le maire de Montréal de sa décision peu avant 17h. «Il estimait ne plus avoir la confiance des citoyens: il a pris la décision qui s'imposait», a fait savoir la porte-parole de Gérald Tremblay. En lui demandant de quitter le caucus d'Union Montréal, M. Tremblay avait suggéré à M. Harbour de réfléchir et de juger s'il avait toujours «la confiance des citoyens et la crédibilité pour diriger l'arrondissement». Visiblement, ce n'est pas le cas.

La démission du maire est effective dès maintenant. La greffière de l'arrondissement déposera un avis de vacance du pouvoir lors de la prochaine réunion du conseil d'arrondissement — où un maire suppléant sera élu — et des élections seront déclenchées dans les 120 jours suivants.

«Je quitte mes fonctions parce que je crois que c'est dans le meilleur intérêt» des électeurs, a expliqué M. Harbour dans un communiqué de presse. Il estime que la population a le droit d'avoir «une confiance inébranlable dans [ses] représentants municipaux, ce qui n'est pas le cas actuellement».

«Les événements des dernières semaines m'ont profondément affecté, ajoute Stéphane Harbour. Je n'ai pas choisi de servir mes concitoyens pour leur faire vivre une telle controverse et surtout pour provoquer un tel tumulte qui a altéré le lien de confiance indispensable à l'exercice de mes fonctions.»

Mardi, M. Harbour avait refusé de porter la totalité du blâme pour les irrégularités soulevées dans le rapport des firmes KPMG et Fasken Martineau. Celles-ci montraient surtout du doigt l'ancien directeur de l'arrondissement, Yves Mailhot, et son adjoint, Jean-Claude Patenaude, qui ont touché à quelques reprises des avantages auxquels ils n'avaient pas droit (prime au salaire non déclarée, comptes de dépenses trop élevés).

Mais les firmes révélaient aussi que M. Harbour s'était fait rembourser des cours d'anglais et des notes de restaurants en utilisant un prête-nom. Le rapport, par ailleurs, ne condamnait pas explicitement l'achat de nombreuses caisses de scotch réservées à la consommation du maire et de quelques proches collaborateurs. M. Harbour avait ici reconnu son manque de jugement mais refusé de rembourser les factures.

Devant les médias, M. Harbour s'était défendu en affirmant que sa confiance avait été trahie par MM. Patenaude et Mailhot, et qu'il fallait maintenant «tourner la page». Une attitude qui a été décriée de tous les côtés: hier, plusieurs éditorialistes et chroniqueurs des quotidiens de Montréal demandaient en tir groupé la démission du maire.

«J'ai reconnu mes torts, à plusieurs reprises et sur plusieurs sujets, écrivait hier M. Harbour. Nous avons tous droit à l'erreur et je reconnais en avoir commis certaines dont j'ai sans doute mal évalué le potentiel dommageable.» Il poursuit en avouant avoir «manqué de vigilance» et soutient qu'il désirait demeurer en poste pour «lever tout doute sur [son] intégrité et pour chercher à rebâtir le lien de confiance des citoyens envers leurs élus et leur maire».

Sauf qu'il s'est rendu compte dans les 48 heures suivantes que sa présence empêchait le retour d'un «climat calme et serein. À l'évidence, je suis devenu l'enjeu d'une lutte de crédibilité pour l'ensemble de l'arrondissement, ce qui nuit à la réputation enviable de ses citoyens». Et donc, il démissionne.

Réactions

L'opposition officielle s'est réjouie de cette annonce. «Il n'avait pas le choix», a indiqué en entretien François Purcell, chef de Vision Montréal. Mais ce n'est pas là la fin de l'histoire, dit-il. «Il faut que les quatre conseillers [d'Union Montréal] démissionnent aussi. Le blâme du rapport repose sur toute l'administration. Ils ne pouvaient pas ne pas être au courant, ou du moins ils ont fait preuve d'un grand laxisme par leur inaction. Et c'est à la population de juger s'ils peuvent rester en poste.»

M. Purcell réclame toujours qu'une enquête policière soit menée pour faire la lumière sur toute la polémique touchant l'administration de l'arrondissement. Le rapport de KPMG laisse plusieurs points en suspens, concernant notamment des constats d'infraction et des directives qui auraient été données afin de détruire des documents. D'autres dépenses controversées n'ont pas été étudiées (partys de Noël, notes de restaurants des élus).

Au cabinet de la ministre des Affaires municipales, l'attaché de presse de Nathalie Normandeau, Jonathan Trudeau, a indiqué hier que le ministère étudie toujours le rapport et les suites éventuelles à y donner.

Concernant la décision de Stéphane Harbour de démissionner de son poste, M. Trudeau mentionne que «c'est une décision qui est compréhensible étant donné les circonstances. La ministre avait d'ailleurs eu l'occasion de dire que c'était évident qu'il avait un déficit de crédibilité et de sympathie».

À Outremont, la conseillère d'arrondissement Ana Nunes a indiqué comprendre la décision du maire. «Il n'avait plus la confiance des citoyens. Il a pris la meilleure décision dans ce cas-ci.» Elle ne croit toutefois pas que les conseillers de l'arrondissement devraient démissionner, comme le demande Vision Montréal.

«Le rapport nous a tous exonérés [les conseillers]. Il n'y a pas de raison que l'on démissionne. Il y a des faits qui nous ont été cachés [...] mais ce n'est pas parce qu'on était laxistes ou qu'on ne faisait pas ce qu'on avait à faire.»

Claude Gladu, le citoyen qui a soulevé le premier la question de l'achat d'alcool lors d'un conseil d'arrondissement, estime pour sa part qu'ils doivent imiter M. Harbour. «Ils avaient un devoir. [...] Ils auraient dû se soulever avant l'enquête et dire: "Ça ne peut pas marcher comme ça." [...] Ces gens-là, ce sont des témoins muets qui protégeaient leurs intérêts avant ceux des citoyens d'Outremont. Ils n'ont pas fait leur travail, alors qu'ils démissionnent.»

Pour sa part, la chef du parti Oser Outremont, Christine Hernandez, a salué le départ de Stéphane Harbour, qui «vient enfin de prendre une bonne décision qui était souhaitée par tous». Pour les autres conseillers, elle estime que «leur démission ne constituerait pas un aveu de complicité ou de culpabilité, mais plutôt un geste démocratique qui contribuerait à rétablir le nécessaire lien de confiance avec la population d'Outremont».

Il n'a pas été possible de joindre les autres conseillers avant de mettre sous presse.
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 09h51
    Trop tôt
    Stéphane Harbour manque d'un élémentaire jugement politique. Il s'est fourré les mains dans l'assiette au beurre beaucoup trop tôt. Un politicien plus futé aurait été plus patient.
    Mais on dit qu'il a du talent...
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Hermil LeBel
    Inscrit
    vendredi 12 octobre 2007 10h15
    Fric et pouvoir, un ennivrant cocktail
    Les gestes reprochés à Stéphane Harbour et son équipe contreviennent aux règles les plus élémentaires d'éthique. Plus grave encore, ils enfreignent également différents articles du code criminel. Par exemple, tout fonctionnaire qui, relativement aux fonctions de sa charge, commet une fraude ou un abus de confiance, enfreint les dispositions relatives à la corruption en matière criminelle. Harbour et son équipe ont sciemment trahi la confiance des citoyens qui les ont élus. Ils doivent maintenant assumer la pleine responsabilité criminelle de leurs délits.

    Ces gens, fussent-ils « premier magistrat de l'arrondissement», ne sont pas à l'abri des sanctions prévues par la loi. Autrement, il faudra expliquer au bon peuple en vertu de quel obscur principe les élus et leurs thuriféraires bénéficieraient d'un condé.

    Et si l'exemple d'Outremont ne représentait que la pointe de l'iceberg? Les somptueuses résidences du PM Charest, du couple Blanchet-Marois nous laissent ouvert à l'idée qu'ils pourraient en avoir bien d'autres de ces histoires où pouvoir et fric forment un enivrant cocktail.

    Depuis longtemps, de courageux citoyens dénoncent en vain l'omniprésence de la corruption au sein de nos institutions, particulièrement dans le domaine de la justice et la gestion des affaires de la cité. Certains parmi eux se sont même improvisés alpinistes pour aller clamer cette réalité du haut du pont Jacques-Cartier !

    S'il est possible de berner certaines personnes un certain temps, il n'est pas possible de berner tout le monde, tout le temps. Depuis l'épisode loufoque du modeste chalet à St-Irénée, Mme Rosanna Marois a compris que « le temps d'une paix » appartenait à l'histoire. Maintenant, c'est au tour de Stéphane Harbour et son équipe de se mettre à table.

  • william morris
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 10h21
    Félicitations
    Bonjour,
    Permettez-moi de vous féliciter de votre diagnostic politique concernant M. Stéphane Harbour.
    J'abonde dans votre sens lorsque vous suggérez que toute la lumière n'a pas encore été faite sur toute cette affaire. Il reste une question très importante à élucider, car elle concerne la non perception de fonds destinés à la Ville de Montréal. Il s'agit de l'annulation de constats d'infraction à l'égard des règlements de stationnement et de circulation. La Ville a été privée de revenus parce que au sommet de l'administration, à ce qu'il semble, on annulait systématiquement toutes les contraventions données à des membres d'une certaine communauté à Outremont. C'est grave et on est en train d'étouffer ces malversations. Le rapport <<sommaire>> de KPMG n'a fait qu'effleurer la question.
    Maintenant, il faut aller au fond de cette pratique et sanctionner les responsables, ainsi que faire payer ceux qui ont reçu ces contraventions. Tous les citoyens doivent être égaux devant la loi.
    Respectueusement soumis.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    vendredi 12 octobre 2007 12h21
    Tout à fait d'accord avec William Morris
    Il y'a dans ce lynchage consensuel un parfum d'agneau sacrificiel... attendons la chute de la deuxième chaussure.

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