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Montréal protège ses réservoirs d'eau contre les terroristes

Les trois réservoirs qui seront rénovés jouxtent le mont Royal. On voit ici le site McTavish.
Photo : Jacques Nadeau
Les trois réservoirs qui seront rénovés jouxtent le mont Royal. On voit ici le site McTavish.
Montréal lance cet automne de vastes travaux de rénovation et de mise aux normes sécuritaires de ses trois plus grands réservoirs d'eau potable (Vincent-d'Indy, Côte-des-Neiges et surtout McTavish). Les plans prévoient l'installation de clôtures, d'alarmes et de caméras pour prévenir le vandalisme ainsi que le terrorisme, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Les centres de filtration seront aussi fortifiés, surtout l'usine de production d'Atwater, qui ne répond plus aux normes. Les premiers chantiers seront parachevés en 2009. Les derniers chantiers, qui concernent trois réservoirs de moindre importance et d'autres éléments du système d'approvisionnement et de distribution de l'eau, s'échelonneront au moins jusqu'en 2012. Plus de 20 millions de dollars seront consacrés aux mesures de restauration et de prévention.

«Les travaux de rénovation et de sécurité vont de pair», a expliqué l'ingénieur Michel Mérette, directeur associé à la Direction de l'eau potable de la Ville. «Les travaux visent à protéger nos installations.»

Y compris contre d'éventuelles attaques terroristes? «Oui, oui, bien sûr. Mais nous ne voulons pas rendre le détail trop public, encore une fois pour des raisons de sécurité.» Les mêmes explications avaient bloqué l'accès du Devoir aux installations souterraines du site McTavish cet été.

Les trois réservoirs visés jouxtent le mont Royal. L'eau préalablement pompée dans le fleuve, puis traitée, y est distribuée par gravité vers les clients résidentiels et commerciaux. Des personnes vraiment très mal intentionnées pourraient chercher à les utiliser pour nuire de façon massive.

D'ici deux ans, la Ville remplacera et consolidera les clôtures à tous ces endroits. Toutes les fenêtres des immeubles seront grillagées. Des caméras et de nouveaux systèmes d'alarme permettront de mieux surveiller les déplacements autour des réservoir et des usines de pompage. Des patrouilles régulières seront aussi imposées, notamment sur le site McTavish, le plus près du centre-ville, qui pourrait bénéficier des services de sécurité de l'université McGill.

«Les menaces terroristes demeurent hypothétiques tandis que les problèmes de vandalisme et d'itinérance posent déjà un problème réel», a dit un autre employé de la Direction de l'eau.

Montréal implose

Les mesures montréalaises peuvent être rapprochées des décisions récentes d'Hydro-Québec de sécuriser l'accès à ses installations névralgiques. Des reportages diffusés à l'hiver 2005 avaient mis en évidence les failles dans les systèmes de surveillance des centrales électriques du Québec. On avait ensuite instauré du gardiennage pour toutes les installations de production de plus de 100 mégawatts.

Les travaux de la Ville s'inscrivent aussi dans un plan plus vaste de remise à neuf des infrastructures municipales négligées depuis des décennies. Montréal implose. Des travaux d'urgence viennent d'être entrepris pour remplacer la conduite d'eau du boulevard Pie-IX, dans l'est de l'île. Cette conduite a éclaté et inondé des résidences en 2000 et en 2002. Ce chantier, dont le coût est évalué entre sept et dix millions, durera six mois.

Les trois réservoirs et la station Atwater n'ont pas eux non plus subi de remise aux normes depuis des décennies. Le système électrique du réservoir Côte-des-Neiges posait de sérieux risques d'incendie. Une génératrice et de nouveaux conduits ont donc été installés en septembre.

Les travaux d'excavation ont commencé cette semaine au réservoir Vincent-d'Indy, le long du boulevard du Mont-Royal. La membrane d'étanchéité du réservoir sera remplacée d'ici la fin de mars 2008. À lui seul, ce chantier coûtera 2,8 millions. Il faudra attendre d'autres analyses pour savoir si la membrane du réservoir Côte-des-Neiges (près de Blueridge Crescent) sera changée elle aussi.

Toutes les interventions nécessitent l'abattage d'arbres qui ont naturellement poussé sur les sites, une centaine de feuillus au total, dont beaucoup d'érables du Manitoba (ou à Giguère). «Les racines se retrouvent trop près des réservoirs et pourraient endommager les nouvelles membranes», a expliqué avant-hier soir Jean Mercier, lui aussi de la Direction de l'eau potable de la Ville de Montréal, à des citoyens réunis par l'organisme Les Amis de la montagne. Son service promet de remplacer la biomasse perdue pendant des corvées organisées au printemps prochain puis en 2009 avec cet organisme et l'Université de Montréal.

Typhoïde et autres menaces

Les travaux les plus considérables se concentrent autour de l'imposant site McTavish. À elles seules, les rénovations des bâtiments coûteront au moins neuf millions de dollars.

L'architecture de cette station de pompage imite celle des châteaux médiévaux et se marie parfaitement aux éléments voisins les plus forts et les plus anciens du campus de l'université McGill et de l'hôpital Royal-Victoria. La firme d'architectes Lapointe, Magne et associés a développé un imposant plan de rénovation prévoyant de laver et de restaurer toute la maçonnerie, de rebâtir les escaliers et les perrons, de restaurer les portes et les fenêtres et de refaire les toitures en ardoise et les solins en cuivre.

Le site inauguré en 1856 (après un incendie dévastateur, quatre ans plus tôt) est le premier élément du système moderne d'aqueducs de Montréal. Conçu par l'ingénieur Thomas C. Keefer, l'imposant réseau puise l'eau en amont des rapides de Lachine et la pompe jusqu'au réservoir. Le réservoir McTavish est resté découvert jusque dans les années 1930. Le petit lac se trouve maintenant sous la grande pelouse longeant l'avenue du Docteur-Penfield.

Les ingénieurs envisagent de changer la pellicule qui couvre le dessus du réservoir. Il faudra assurément stabiliser certaines galeries souterraines ceinturant le réservoir. Le toit d'une d'entre elles a récemment menacé de s'effondrer.

L'eau y a été d'une qualité très douteuse pendant tout le XIXe siècle. En 1910, une épidémie de fièvre typhoïde a décidé l'administration à filtrer et à chlorer son eau. La première usine de traitement a été mise en service en 1918, au pied de la rue Atwater.

«L'usine moderne respecte déjà les normes de sécurité, a dit M. Mérette. Les accès au site Atwater sont déjà bien protégés, mais nous allons ajouter d'autres mesures de contrôle.»
 
 
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  • Roger Rousseau
    Abonné
    vendredi 5 octobre 2007 16h57
    Montréal protège ses réservoirs d'eau contre les attaques terroristes.
    Voilà les résultats de notre participation à la guerre en Afghanistan.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    vendredi 5 octobre 2007 17h51
    Terroristes
    Avec les aventures guerrières de M. Harper, il est possible que des terroristes veuillent peut-être entrer en action au Canada ...

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    dimanche 7 octobre 2007 18h04
    Notre eau
    Monsieur Baillargeon,

    Merci de nous avoir si bien renseignés sur nos trois aqueducs municipaux.

    Que le Devoir se soit fait interdire le sous-sol du 3e des nôtres, le McTavish, je suis parfaitement d'accord. Si on extrapole le vieux diction "L'occasion fait le larron" à la sauce terroriste contemporaine, on n'est jamais trop prudents.

    Il ne faudrait pas que les journalistes deviennent frileux quand nos organismes gouvernementaux les empêchent d'aller au fond des choses. N'y a-t-il pas une bonne vieille citation biblique qui s'est avérée depuis, "toute vérité n'est pas bonne à dire?"

    Et merci pour la savoureuse anecdote historique sur la fièvre typhoïde que vous avez pris soin de nous rappeler réputée avoir eu lieu en 1910.

    Je profite simplement de l'occasion pour mettre en garde nos dirigeants contre la tentation de la privatisation de l'eau.

    On dit qu'un gouvernement ne peut faire faillite à cause des taxes, alors qu'un entrepreneur privé qui aurait le contrôle et la gestion de nos eaux, le ferait payer cher aux contribuables montréalais.

    Éloignez de moi ces sains (les lucides) que je ne saurais voir.

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