lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 13h51


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Algues bleues: aux municipalités d'agir

Québec a décidé de miser sur le monde municipal pour passer à l'offensive contre les algues bleu-vert en lui octroyant de nouveaux pouvoirs pour intervenir contre ces villégiateurs ou citoyens récalcitrants, en vertu du principe «pollueur-payeur».

Mais c'est le monde agricole qui ramassera 145 des quelque 200 millions que Québec entend investir d'ici 10 ans contre les algues bleues. Ces sommes permettront d'amorcer la restauration des bandes riveraines dans les zones les plus vulnérables à l'érosion pour contenir la pollution diffuse au phosphore et aux engrais azotés. Ces sommes permettront au milieu agricole de commencer à assumer une obligation légale en place depuis 20 ans mais appliquée très marginalement.

C'est ce qu'ont annoncé hier le premier ministre Jean Charest et ses deux collègues du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, et des Affaires municipales et des Régions, Nathalie Normandeau, à l'issue du mini-sommet sur les algues bleu-vert, à Sainte-Adèle, dans les Laurentides.

Les mesures les plus stratégiques retenues par Québec sont de nature réglementaire. Aucune des

35 mesures annoncées par Québec ne se basait toutefois sur une analyse chiffrée qui aurait justifié sa pertinence et l'ampleur des fonds qui y sont consacrés. Deux sont plus spectaculaires, soit l'adoption prochaine d'un règlement québécois interdisant la vente de détergents phosphatés et la fourniture gratuite aux citoyens et organismes, d'ici deux ans, de deux millions d'arbres pour renaturaliser les rives des lacs.

Québec souhaite qu'Ottawa adopte une interdiction des détergents phosphatés à l'échelle canadienne. Mais, en attendant, il fait comme le Manitoba, qui a décidé d'interdire la vente des détergents phosphatés en raison de leurs impacts sur les cours d'eau. Par ailleurs, Québec a déjà dépensé beaucoup et compte toujours investir plusieurs millions pour équiper certaines usines d'épuration municipales de systèmes de déphosphotation.



Nouveaux outils légaux

Mais c'est essentiellement par un renforcement de certains pouvoirs municipaux que Québec compte raffermir la bataille contre l'eutrophisation des lacs. Il entend augmenter les amendes qui seront imposées à ceux qui ne sont pas dotés d'équipements septiques conformes aux normes du règlement Q2R8 sur les installations septiques, lequel sera révisé en profondeur.

Et pour inciter les municipalités à poursuivre les contrevenants, ce qu'elles ne font pas parce que poursuivre coûte cher et que les amendes filent au Fonds consolidé de Québec, la loi sera modifiée afin que les amendes imposées par les tribunaux profitent plutôt aux coffres municipaux. Mais Québec n'a pas précisé pourquoi il n'utilise pas la même stratégie pour faire appliquer la réglementation sur la protection des bandes riveraines. Par contre, il modifiera les lois municipales pour autoriser les municipalités qui le voudront à effectuer périodiquement la vidange des fosses septiques et ajouter cette facture sur le compte de taxes, ce qui permet de dépister systématiquement les contrevenants.

Cependant, Québec n'imposera pas aux municipalités de dresser un inventaire exhaustif de l'état des installations septiques sur leur territoire. Il se contentera de publier, sur Internet, la liste des municipalités qui le feront, en espérant que cette pression publique suffira. Les municipalités ne seront pas obligées non plus de faire rapport de l'état des installations septiques sur leur territoire. Et le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) n'envisage pas non plus de conserver le pouvoir de contrôler celles qui refuseraient d'appliquer sa réglementation.

Le principe de la reddition des comptes ne s'appliquera pas non plus aux bandes riveraines, qui continueront d'être contrôlées par des règlements municipaux plutôt que par un règlement provincial.

Le système actuel, basé sur des schémas et des règlements sensés contenir les dispositions de la politique provinciale, est un échec depuis 20 ans, selon les études du MDDEP. En effet, quelque 85 % des MRC n'ont pas intégré dans leurs schémas d'aménagement les anciennes règles de protection riveraine, selon une étude du ministère.

Mais cette fois-ci, Québec promet de sévir. Selon la ministre Beauchamp, 19 MRC n'ont pas encore intégré les normes provinciales dans leurs schémas et, dans six cas, la chose est tout simplement inexplicable, dit-elle. Québec modifiera ces schémas fautifs par décret, s'il le faut, d'ici 18 mois, a-t-elle promis, ainsi que les règlements municipaux déficients.

Québec entend aussi modifier les lois municipales pour permettre aux municipalités de remplacer d'autorité les installations septiques déficientes des citoyens récalcitrants. Le remboursement s'effectuera au moyen du compte de taxes, avec toutes les conséquences d'un non-paiement.

Enfin, toujours sur le plan réglementaire, Québec permettra aux municipalités de réglementer les rejets d'eaux usées des grosses embarcations. Mais il n'entend pas contrôler l'usage des embarcations sur les lacs, même à proximité des prises d'eau municipales, malgré le rôle qu'elles jouent dans la prolifération des algues bleues en rebrassant les sédiments.

Améliorer la connaissance

Québec entend financer et diriger plusieurs recherches pour déterminer, notamment, quels sont les équipements et les projets de restauration les plus intéressants. Il fera passer de 250 à 700 le nombre de lacs du réseau de surveillance volontaire.

De son côté, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) mettra un terme aux plans de développement des plans d'eau sur lesquels il octroie des baux d'occupation en milieu sauvage, s'il détermine que leur capacité de support est dépassée.

Mais Québec se dit incapable de déterminer la capacité de support des lacs dans les régions plus habitées, généralement plus à risques parce que les lacs y sont plus développés. Les ministres ont évoqué le développement de «milieux urbanisés» autour de ces lacs, où de plus en plus de gens transforment le chalet en résidence permanente. Mais pas question pour Québec de développer pour ces lacs à plus grand risque une norme de «capacité de support» qui freinerait à temps l'octroi des permis municipaux de construction lorsque les concentrations de phosphore ou de nutriments seraient atteintes.

Québec entend aussi former les inspecteurs municipaux aux futures normes, augmenter de 15 le nombre de ses propres inspecteurs et, ultimement, former les entrepreneurs en construction qui construisent les installations septiques. Frédéric Ayotte, président de l'Association des entreprises spécialisées en eau du Québec, a pris Québec au dépourvu hier en racontant que 4280 entrepreneurs, jamais formés aux exigences des nouvelles installations, vont bientôt recevoir de la Régie des entreprises en construction des permis pour les installer.

Réactions vives

Tout comme les deux unions municipales, fort satisfaites des subventions promises et des nouveaux pouvoirs, le président de l'Union des producteurs agricoles, Laurent Pellerin, a pour sa part félicité Québec pour les 90 millions qu'il va consacrer en priorité à ces 10 % de terres agricoles qui seraient, selon lui, responsables de 50 % de la pollution diffuse due à l'érosion des berges non protégées.

Mais les groupes écologistes «exclus» du mini-sommet d'hier étaient d'un autre avis, même s'ils ont souligné la pertinence de certaines des 35 mesures du plan gouvernemental. Pour Nature-Québec, le plan d'action constitue un virage timide, insuffisant, et sans objectif clair de réduction des apports de nutriments dans les lacs et cours d'eau. Selon son porte-parole, Christian Simard, Québec manque de courage dans le dossier des bandes riveraines, qu'il faudrait élargir à cinq mètres plutôt que trois en milieu agricole, tout en interdisant les épandages d'engrais chimiques ou naturels près des cours d'eau. Nature-Québec déplore que Québec laisse le contrôle des bandes riveraines aux MRC, qui n'ont jamais appliqué ces normes avec rigueur et dont il n'exige aucune reddition de comptes.

Greenpeace voit dans l'interdiction des phosphates dans les détergents une mesure «intéressante» mais déplore que Québec n'ait pas pris l'engagement de publier annuellement des bilans sur la qualité des eaux de chaque bassin versant pour que la population puisse suivre les progrès ou l'échec des politiques.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gilles Gagnon
    Abonné
    mercredi 26 septembre 2007 08h28
    Véritables pouvoirs municipaux!?!
    « Sans vouloir défendre le monde municipal (j'y travaille moi-même!) je voudrais réagir à la phrase que voici:

    "Et pour inciter les municipalités à poursuivre les contrevenants, ce qu'elles ne font pas parce que poursuivre coûte cher et que les amendes filent au Fonds consolidé de Québec".

    Si on regarde bien le Q-2, r.8, et si vous posez la question à certains avocats (je souligne "certains"), une municipalité, même si elle avait la volonté d'agir fermement, n'a pas le pouvoir de poursuivre les contrevenants et il lui est parfois très difficile de procéder ainsi! »

  • Paul-Martel Roy
    Abonné
    mercredi 26 septembre 2007 09h02
    et les golfs?
    « Il y a peu d'activités agricoles dans les Laurentides mais une quantité incroyable de golfs. Au nord de Ste-Agathe, le Royal golf Laurentien entretient un beau gazon vert-vert jusqu'au fossé. Ce dernier se jette évidemment dans la rivière du nord.
    J'ai été étonnée, lors d'une émission du midi à RC, qu'un auditeur se fasse couper et enlever la parole lorsqu'il dénonça la part des golfs dans l'éclosion des algues bleues dans les lacs des Laurentides (notemment autour de Tremblant). Le lobbé des golfs est-il si puissant? »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mercredi 26 septembre 2007 09h15
    Le gouvernement bouge
    « C'est bon signe, le gouvernement bouge et fait sienne la lutte aux algues bleues. Les municipalités ont besoin de lois renforcées pour imposer des modifications dans un cadre légal. Il faut que les contrevenants aient le mons de prise possible favorisant la contestation.

    Quand à Geenpeace, c'est pareil au même toujours éternellement insatisfait en autant que les écolos ont les médias qui les rapportent fidèlement. Mais à force de crier au loup trop souvent, ils sont de moins en moins crédibles...

    Maisd il ne faut pas s'attendre à des résultats instantannées de ces mesures. Ca peux prendre plusiseurs années à s'apercevoir que les mesures adoptées portent fruit. Les aklgues bleues ne sont pas un phénomène soudain et ne partiront pas aussi vite qu'on l'espère. »

  • Alain Charpentier
    Inscrit
    mercredi 26 septembre 2007 10h04
    Timide et insuffisant
    « Les mesures projetées par Québec hier sont insuffisantes, notamment en ce qui a trait aux bandes riveraines. Ici dans la MRC des Maskoutain (Saint-Hyacinthe), on est en train de se noyer dans le purin. Il fait chaud et il n'a pas plu depuis plusieurs jours. Le niveau de la rivière est très bas. Le soleil plombe sur l'eau. Partout, on sent l'odeur du lisier : c'est la saison de l'épandage. Ce sont là les conditions gagnantes pour une éclosion de fleur d'eau ou d'algues bleues. Déjà, de grosses masses d'algues vertes se sont formées là où le courant est moins fort. Gageons que d'ici quelques jours, on aura un (autre) problème d'algues bleues dans la Yamaska...

    Certains riverains qui ne sont toujours pas équipés de fosses septiques sont bien sûr pointés du doigt, mais la faute revient surtout à la MRC qui, dans son schéma d'aménagement, a prévu une bande riveraine de seulement UN mètre et, depuis seulement quelques années (avant l'agriculteur pouvait cultiver et le riverain pouvait faucher son gazon jusqu'au bord de la rivière). Pour ramener la Yamaska à un état acceptable, il faudrait que demain matin cette bande riveraine soit étendue à au moins trois mètres pour commencer, davantage si nécessaire, et que l'on diminue consdérablement les épandages de lisier.

    Ce que Québec a proposé hier est un premier pas, mais il ne faudrait pas que le gouvernement se croise les bras en disant "Nous avons fait nos devoirs, les MRC doivent faire les leurs". C'est une bataille à poursuivre. Il faut envoyer des inspecteur sur le terrain pour vérifier si les bandes riveraines sont respectées et donner des amendes à ceux qui ne le font pas. Et ça aussi, ça coûte de l'argent... »

  • Normand Desjardins
    Abonné
    mercredi 26 septembre 2007 12h12
    De l'argent à l'eau...
    « Pour qu'il change ses habitudes rapidement, ce n'est pas des subventions qu'il faut donner au monde agricole, mais des amendes sévères.

    L'argent doit aller à l'embauche directe d'inspecteurs en environnement qui font appliquer les lois actuelles de protection des bandes riveraines.

    Donner plus de pouvoirs aux municipalités?!? Celles-ci n'appliquent pas la loi provinciale ni ses propres règlements municipaux faute d'argent et de personnel compétent. Il n'y a pas de biologiste ou de scientifique capable d'évaluer l'état d'un lac à l'emploi d'aucune municipalité. La seule chose qui intéresse les conseils municipaux, c'est d'augmenter leurs revenus de taxes en faisant bâtir davantage de résidences et de commerces autour des lacs. Aucune vision à long terme.

    Leur donner plus de pouvoir, c'est donner une carabine à quelqu'un qui ne sait pas s'en servir. C'est plus dangereux qu'autre chose. L'histoire et la situaction actuelle le confirme.

    Je suis prédident d'association de lac depuis 5 ans, j'en sais quelque chose. »

  • Denis Pelletier
    Inscrit
    dimanche 6 juillet 2008 05h45
    la contribution des matieres organique et fertillisante
    « il faut penser avant tout a la condition de nos sols agricole qui a ce jours ont eu un apport en engrais minéraux plus quil ne le faut pour obtenir des rendements toujours considérer insuffisant la terre est plus en condition de supporter ces apports d engrais il fait absolument commencer a la source et réintroduire les engrais organique valoriser par le traitement aérobie qui reduit la charge en demande biologique exemple lisier porc ( 30000 mg/litre ) et de cette facon augmenter les valeurs fondamentale de la vie micobienne du sol qui ce traduira par les memes rendements aux champs comment peut penser que cette industrie qui a des rejets considerable en volume et charge dissoute et solides de concentration biochimique sans aucun traitement d aucune sorte je suis dans le traitement des lisiers porcin depuis plus 20 ans et la resultante est exactement aux meme niveaux aucune valorisation arretont de reduire la charge en impots des cie par le truchement de la RD et réduisont la pollution METTRE L'ARGENT AU BON ENDROIT SERAIT FAVORABLE TANT AUX NIVEAUX SOCIAL QUE ENVIRONNEMENTALE PENSONT Y SVP »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009