L'ultime pied de nez
À l'approche d'élections hâtives dont personne ne voulait, la Ville de Québec fait face aux mêmes défis qu'en 2005, à cette exception près que celui ou celle qui va succéder à Mme Boucher risque d'avoir encore moins de marge de manoeuvre qu'elle pour gouverner.
Québec — Le décès subit de la mairesse Andrée Boucher plonge ses adversaires politiques dans un tel embarras qu'un esprit superstitieux pourrait y voir un ultime pied de nez de Madame à ses adversaires. «Les deux prochaines années ne seront pas une sinécure. On va beaucoup exiger du prochain maire et, en même temps, il n'aura pas beaucoup de temps pour réaliser ses promesses», résume à juste titre Michel Martin, de la firme en affaires publiques Radar.
Difficile d'imaginer contexte plus ardu pour les aspirants à la mairie. Non seulement héritent-ils d'une modeste fin de mandat, mais en plus le contexte les prive d'un privilège sacré: critiquer leur prédécesseure. «Ils vont tous devoir faire ça par pure sagesse électorale, concède l'ancien président de la Commission de la Capitale-Nationale, Pierre Boucher. On sent toujours le vent Boucher, et ce, même chez ceux qui ne partageaient pas ses vues. Les gens se sont attachés à elle.»
On l'a vu cette semaine quand Marc Bellemare a déclaré au MédiaMatin Québec que, «quand on regarde [son] programme, on se rend compte qu'il était à peu de choses près le même que celui de Mme Boucher». Tout un revirement pour celui qui, au dernier scrutin, n'hésitait pas à ridiculiser l'ancienne mairesse de Sainte-Foy à propos de ses difficultés en anglais ou ses goûts de «matante» en matière de musique.
Et l'ancien ministre libéral n'est pas le seul à se prêter à ce jeu. La chef de l'opposition à l'hôtel de ville (le RMQ), Ann Bourget, comme l'homme d'affaires Régis Labeaume ont, tous les deux, insisté, ces derniers jours, sur leur désir de poursuivre dans la même voie que Mme Boucher, en particulier pour redresser les finances municipales.
Même approche pour Claude Larose, à qui Mme Boucher avait ravi la mairie en 2005: «Il m'apparaît important de rappeler aujourd'hui, outre la sympathie que nous avons tous exprimée à la famille Boucher, que ses priorités soient menées à terme parce que le sentiment populaire le souhaite et qu'un nouvel élan soit donné à la Ville parce que la conjoncture l'exige», écrivait jeudi l'ancien chef du RMQ dans une lettre publique qui laissait peu de doutes sur son intérêt personnel pour le poste. «Tous pourront dire de la mairesse Boucher, et moi le premier parce que j'ai été son adversaire politique, qu'il y a une leçon à tirer de son succès d'estime et de son appui populaire.»
Des candidatures hésitantes
Au moment d'écrire ces lignes, la date des élections n'avait pas encore été déterminée et personne n'avait encore confirmé sa candidature. Toutefois, les aspirants potentiels sont nombreux. Aux trois sus-mentionnés s'ajoutent l'autre candidat défait de 2005, Pierre-Michel Bouchard, qui est aujourd'hui à la tête du Centre des congrès, l'ancien président de la Chambre de commerce de Québec, Pierre Dolbec, l'ex-maire de Sillery Paul Shoiry, l'ancien dirigeant du refuge L'Auberivière Hugo Lépine, et au moins un représentant du parti Défi vert.
La députée péquiste Agnès Maltais y réfléchit elle aussi, surtout depuis qu'un sondage exploratoire du quotidien Le Soleil l'a placée au quatrième rang (13 %), derrière l'actuel premier vice-président du comité exécutif de la Ville, Ralph Mercier (20 %), Mme Bourget (16 %) et M. Bellemare (15 % ).
Autre écueil pour les candidats: à part Mme Bourget, dont le parti contrôle le conseil municipal, ils sont tous assurés d'être minoritaires. Tout un contrat, en particulier pour les aspirants qui sont dépourvus d'expérience en politique municipale.
Pour Michel Martin, le contexte est si défavorable que des personnalités jusqu'à présent ouvertement intéressées par la mairie pourraient repousser leur candidature jusqu'au scrutin de 2009. «Je commence à avoir des doutes sur la candidature de M. Bellemare. Dans les dernières entrevues qu'il a accordées, il laisse entendre qu'il est tout à fait intéressé à se présenter en 2009, mais que cette fois-ci ça le prend un peu par surprise [...]. M. Labeaume, pour sa part, dit qu'il a des doutes en raison de ses engagements professionnels.»
L'épineux dossier du 400e
Contrairement à MM. Labeaume et Bellemare, l'ancien maire de Charlesbourg, Ralph Mercier, n'avait jusqu'à présent manifesté aucun intérêt pour le poste. Il est aujourd'hui âgé de 70 ans et parlait déjà de quitter la vie politique en 2004. Or les circonstances et les sondages pourraient le faire réfléchir. «Je soupçonne beaucoup M. Mercier de vouloir se présenter», poursuit M. Martin.
Bras droit de Mme Boucher au comité exécutif, M. Mercier est l'incarnation même de la continuité. Et plusieurs craignent que l'élection ne se cantonne autour de ce thème. «Mon feeling, c'est que ce ne sera pas une élection qui va porter sur une grande vision, déplore Christian Savard, du lobby écolo Accès Transports viables. Les gens vont vouloir quelqu'un pour le 400e, pour continuer le travail, alors que nous, on se dit: pourquoi ne pas avancer tout de suite?»
Les controversées célébrations du 400e anniversaire de Québec sont sur toutes les lèvres. «La personne qui va briguer le poste devra prouver à la population qu'elle est en mesure de participer au fait que les Fêtes du 400e soient une réussite, relève le porte-parole adéquiste pour la capitale nationale, Hubert Benoît. Les gens sont inquiets dans la population, on ne se le cachera pas.»
Mme Boucher réussissait assez habilement à louvoyer entre la critique et la promotion des Fêtes, mais avec le lancement qui approche, celui ou celle qui lui succédera devra choisir son camp. Et pour compliquer les choses encore davantage, la Ville de Québec est en pleine négociation syndicale avec ses employés. Un conflit de travail en plein 400e serait certes pour le moins embarrassant...
Québec — Le décès subit de la mairesse Andrée Boucher plonge ses adversaires politiques dans un tel embarras qu'un esprit superstitieux pourrait y voir un ultime pied de nez de Madame à ses adversaires. «Les deux prochaines années ne seront pas une sinécure. On va beaucoup exiger du prochain maire et, en même temps, il n'aura pas beaucoup de temps pour réaliser ses promesses», résume à juste titre Michel Martin, de la firme en affaires publiques Radar.
Difficile d'imaginer contexte plus ardu pour les aspirants à la mairie. Non seulement héritent-ils d'une modeste fin de mandat, mais en plus le contexte les prive d'un privilège sacré: critiquer leur prédécesseure. «Ils vont tous devoir faire ça par pure sagesse électorale, concède l'ancien président de la Commission de la Capitale-Nationale, Pierre Boucher. On sent toujours le vent Boucher, et ce, même chez ceux qui ne partageaient pas ses vues. Les gens se sont attachés à elle.»
On l'a vu cette semaine quand Marc Bellemare a déclaré au MédiaMatin Québec que, «quand on regarde [son] programme, on se rend compte qu'il était à peu de choses près le même que celui de Mme Boucher». Tout un revirement pour celui qui, au dernier scrutin, n'hésitait pas à ridiculiser l'ancienne mairesse de Sainte-Foy à propos de ses difficultés en anglais ou ses goûts de «matante» en matière de musique.
Et l'ancien ministre libéral n'est pas le seul à se prêter à ce jeu. La chef de l'opposition à l'hôtel de ville (le RMQ), Ann Bourget, comme l'homme d'affaires Régis Labeaume ont, tous les deux, insisté, ces derniers jours, sur leur désir de poursuivre dans la même voie que Mme Boucher, en particulier pour redresser les finances municipales.
Même approche pour Claude Larose, à qui Mme Boucher avait ravi la mairie en 2005: «Il m'apparaît important de rappeler aujourd'hui, outre la sympathie que nous avons tous exprimée à la famille Boucher, que ses priorités soient menées à terme parce que le sentiment populaire le souhaite et qu'un nouvel élan soit donné à la Ville parce que la conjoncture l'exige», écrivait jeudi l'ancien chef du RMQ dans une lettre publique qui laissait peu de doutes sur son intérêt personnel pour le poste. «Tous pourront dire de la mairesse Boucher, et moi le premier parce que j'ai été son adversaire politique, qu'il y a une leçon à tirer de son succès d'estime et de son appui populaire.»
Des candidatures hésitantes
Au moment d'écrire ces lignes, la date des élections n'avait pas encore été déterminée et personne n'avait encore confirmé sa candidature. Toutefois, les aspirants potentiels sont nombreux. Aux trois sus-mentionnés s'ajoutent l'autre candidat défait de 2005, Pierre-Michel Bouchard, qui est aujourd'hui à la tête du Centre des congrès, l'ancien président de la Chambre de commerce de Québec, Pierre Dolbec, l'ex-maire de Sillery Paul Shoiry, l'ancien dirigeant du refuge L'Auberivière Hugo Lépine, et au moins un représentant du parti Défi vert.
La députée péquiste Agnès Maltais y réfléchit elle aussi, surtout depuis qu'un sondage exploratoire du quotidien Le Soleil l'a placée au quatrième rang (13 %), derrière l'actuel premier vice-président du comité exécutif de la Ville, Ralph Mercier (20 %), Mme Bourget (16 %) et M. Bellemare (15 % ).
Autre écueil pour les candidats: à part Mme Bourget, dont le parti contrôle le conseil municipal, ils sont tous assurés d'être minoritaires. Tout un contrat, en particulier pour les aspirants qui sont dépourvus d'expérience en politique municipale.
Pour Michel Martin, le contexte est si défavorable que des personnalités jusqu'à présent ouvertement intéressées par la mairie pourraient repousser leur candidature jusqu'au scrutin de 2009. «Je commence à avoir des doutes sur la candidature de M. Bellemare. Dans les dernières entrevues qu'il a accordées, il laisse entendre qu'il est tout à fait intéressé à se présenter en 2009, mais que cette fois-ci ça le prend un peu par surprise [...]. M. Labeaume, pour sa part, dit qu'il a des doutes en raison de ses engagements professionnels.»
L'épineux dossier du 400e
Contrairement à MM. Labeaume et Bellemare, l'ancien maire de Charlesbourg, Ralph Mercier, n'avait jusqu'à présent manifesté aucun intérêt pour le poste. Il est aujourd'hui âgé de 70 ans et parlait déjà de quitter la vie politique en 2004. Or les circonstances et les sondages pourraient le faire réfléchir. «Je soupçonne beaucoup M. Mercier de vouloir se présenter», poursuit M. Martin.
Bras droit de Mme Boucher au comité exécutif, M. Mercier est l'incarnation même de la continuité. Et plusieurs craignent que l'élection ne se cantonne autour de ce thème. «Mon feeling, c'est que ce ne sera pas une élection qui va porter sur une grande vision, déplore Christian Savard, du lobby écolo Accès Transports viables. Les gens vont vouloir quelqu'un pour le 400e, pour continuer le travail, alors que nous, on se dit: pourquoi ne pas avancer tout de suite?»
Les controversées célébrations du 400e anniversaire de Québec sont sur toutes les lèvres. «La personne qui va briguer le poste devra prouver à la population qu'elle est en mesure de participer au fait que les Fêtes du 400e soient une réussite, relève le porte-parole adéquiste pour la capitale nationale, Hubert Benoît. Les gens sont inquiets dans la population, on ne se le cachera pas.»
Mme Boucher réussissait assez habilement à louvoyer entre la critique et la promotion des Fêtes, mais avec le lancement qui approche, celui ou celle qui lui succédera devra choisir son camp. Et pour compliquer les choses encore davantage, la Ville de Québec est en pleine négociation syndicale avec ses employés. Un conflit de travail en plein 400e serait certes pour le moins embarrassant...
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