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«Madame Boucher» n'est plus

La mairesse de Québec meurt subitement à 70 ans

Isabelle Porter   25 août 2007  Villes et régions
Photo : Clément Allard
Imprévisible et surprenante jusqu'à la toute fin, Andrée Boucher est décédée hier d'un malaise cardiaque à l'âge de 70 ans alors qu'on la croyait en pleine forme et prête à entreprendre un second mandat à la mairie de Québec. Sa disparition laisse un vide qu'on commence à peine à mesurer.

Andrée Boucher a quitté ce monde hier un peu après midi dans sa résidence de Sainte-Foy, à Québec. L'ayant trouvée inconsciente dans sa chambre, son mari Marc Boucher a contacté le 911, mais, une fois sur place, les ambulanciers ne sont jamais parvenus à la réanimer. Son décès a été constaté peu après à l'hôpital Laval.

«Choc», «commotion», «coup de tonnerre», les mots manquaient hier pour décrire les réactions à son décès. «Je suis estomaqué. Elle était en pleine forme jusqu'à hier et j'étais convaincu qu'elle souhaitait se présenter aux prochaines élections», a déclaré Alain Marcoux, son directeur général à Sainte-Foy (1991-2002) puis à Québec depuis son élection en 2005.

Née en 1937 à Sainte-Foy, la ville de ses plus grands combats, Andrée (Plamondon) Boucher s'est découvert un goût pour l'art oratoire très jeune. «Déjà, à 16-17 ans, au collège Jésus-Marie, c'était la star de sa classe, une grande oratrice. Elle a vraiment toujours été comme ça», raconte la journaliste Danielle Stanton, qui a récemment fait son portrait dans L'Actualité. «Je crois qu'elle méritait le titre de féministe. Elle n'a jamais hésité à s'affirmer en tant que femme.»

Mère de trois enfants, enseignante de formation, Andrée P. Boucher a commencé à s'intéresser à la politique municipale dès 1968. Son élection à la mairie de Sainte-Foy, en 1985, allait lancer une carrière politique de plus de 20 ans.

Directe, moqueuse et toujours prête à s'en prendre aux «élites», Mme Boucher entretenait une véritable relation d'«amour-haine» avec les médias. «Pour les journalistes, c'était du bonbon. Elle trouvait toujours la phrase "punchée", le "clip" idéal pour la télé. Dans le monde municipal, c'était l'être le moins "drabe" au nord du Rio Grande!», estime le rédacteur en chef de Voir, David Desjardins.

Les médias et en particulier les caricaturistes auront pourtant été très durs avec elle. Mais Andrée P. Boucher ne manquait pas d'humour, ce dont conviennent ses adversaires. «Elle réussissait toujours à faire rire, se rappelle la chef de l'opposition à la Ville de Québec, Ann Bourget. Elle parvenait à nous décocher des sourires en coin pendant les débats au conseil municipal.»

Mais c'est peut-être par sa rigueur au travail qu'elle impressionnait le plus. «À part Mme Boucher, la seule personne que j'ai connue avec une telle intensité au travail, c'est Claude Ryan. C'était une travailleuse infatigable, note le président des Fêtes du 400e, Jean Leclerc. À Noël, elle m'avait dit ne pas avoir pris de vacances depuis son élection, 13 mois plus tôt. Elle travaillait sept jours sur sept, elle ne se reposait pas beaucoup.»

La politique municipale: la passion d'une vie

Accessible en tout temps — les journalistes pouvaient la joindre chez elle le soir et les fins de semaine —, Mme Boucher avait la réputation de connaître ses dossiers mieux que personne et ne manquait jamais une occasion d'en faire la démonstration. Mais pour cela, il ne fallait pas compter ses heures.

Or elle adorait son métier et y prenait un plaisir évident. «La ville de Sainte-Foy, puis la ville de Québec, c'était le coeur de sa vie, note Alain Marcoux. Ça, personne ne peut le mettre en doute.»

Quelques mois avant de devenir la première femme à diriger la Ville de Québec, l'ancienne maîtresse d'école nous parlait de son goût toujours marqué pour «les études»: «Moi, ce qui m'intéresse, c'est le côté intellectuel de la politique. Je reviens toujours à ma vocation première d'enseignante, disait-elle avec fierté. Je suis studieuse, je pense que ça paraît.»

À un journaliste qui lui demandait récemment si elle comptait se représenter aux prochaines élections, elle avait répondu que rien ne lui faisait autant plaisir que de voir ses adversaires tomber dans les pièges qu'elle leur tendait. «C'était quelqu'un d'une intelligence redoutable, fait remarquer David Desjardins, qui voit un lien à faire avec le style de Jean Chrétien. Elle affichait une sorte de désinvolture, voire une candeur, mais au fond, c'était une fine stratège qui parvenait à sortir indemne de toutes les situations.»

Accueillie à la mairie de Québec avec beaucoup de méfiance, elle avait su renverser plus d'un préjugé. «Elle était beaucoup plus cultivée et érudite que ce qu'elle voulait bien montrer», se rappelle Danielle Stanton. «J'avoue que, sans la connaître, en ne connaissant que le personnage et non la femme, j'ai été très critique à son égard parce que je pensais que la culture ne l'intéressait pas, nous disait Robert Lepage lors d'un entretien en février. Elle a sa façon à elle de gérer, mais elle écoute les gens. J'ai été très surpris par son ouverture et sa volonté de faire les choses.»

Élections en vue à Québec

On n'a pas fini d'analyser les conséquences politiques du décès d'Andrée Boucher dans la capitale. Le départ de cette figure incontournable, qui faisait beaucoup de bruit et prenait beaucoup de place, laisse tout un vide. «Sur le plan politique, c'est certain que personne ne peut prétendre la remplacer pour le moment», concède Réjean Lemoine.

La loi requiert que des élections soient déclenchées avant quatre mois. D'ici là, le maire suppléant, le conseiller de l'opposition Jacques Joli-Coeur, assurera l'intérim. Hier, dans les milieux politiques, personne n'osait présumer de l'impact de son décès sur les dossiers en cours, dont celui des Fêtes du 400e. Andrée P. Boucher laisse dans le deuil son mari, Marc Boucher, ses trois enfants (France, Bernard et Denis) et trois petits-enfants (Frédéric, Antoine et François).
 
 
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  • Marcel Mius d'Entremont
    Abonné
    samedi 25 août 2007 00h48
    Rectification
    N.B. Madame Boucher est née dans Saint-Roch à Québec et non à Ste-Foy.

  • Fernand Trudel
    Abonné
    samedi 25 août 2007 09h50
    Un grand vide
    Elle meurt dans un mauvais moment alors qu'elle s'apprêtait à livrer le combat de sa vie avec les fonctionnaires et ainsi rendre efficace et performante ces serviteurs du peuple et ainsi faire le grand nettoyage des finances de la Ville qu'elle nous avait promis. Sa façon humaine et simple de montrer les choses a laissé une trace indélébile sur ses proches collaborateurs et j'espère qu'il sauront s'en inspirer.

    Oui, elle nous laisse un grand vide car aucune personne ne peut avoir l'envergure des deux maires qui ont présidés aux destinées de la grande ville fusionnée. Jean-Paul L'Allier et Andrée P. Boucher ont pris toute l'avant scène municipale pendant des années. Ce sont deux leaders incontestés qui ont déployé autant de charisme et ont fait beaucoup de remous.

    La chasse à des gens de cette envergure est ouverte. Mais le maire aussi flamboyant de ses prédécesseurs sera rare à trouver. En tout cas, personne ne peut avancer un nom...

  • Claude Stordeur
    Abonné
    samedi 25 août 2007 10h06
    Que le repos lui soit enfin donnez
    Une travailleuse infatigable, une figure de proue qui a succombé à la tâche de ce qu'elle aimait, une belle sortie, la seule convenant a ce genre de personne.
    Ma première réaction a été de voir en elle une work-alcoolique, mais on en parlera plus tard si on nous en donne l'occasion.
    Laissons pour le moment toute la place a son deuil...

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    samedi 25 août 2007 17h31
    Flamboyante
    Vous avez été flamboyante, madame, et j'aimais beaucoup.
    Merci pour l'immense travail accompli.
    Que le repos soit paisible.

  • Denis Poussart
    Inscrit
    samedi 25 août 2007 21h23
    Sens civique exceptionnel
    Une des grandes réalisations de Mme Boucher demeurera l'aménagement de la "Plage Jacques Cartier". Sa volonté de redonner à toute la population de la ville de Québec un accès au fleuve tient de son sens civique exceptionnel. Merci Mme Boucher
    Nicole Dorion-Poussart

  • Marcel (Fafouin) Blais
    Inscrit
    dimanche 26 août 2007 07h53
    Au revoir Mme Boucher... chalom !
    Un petit mot pour saluer et remercier Mme Boucher de son implication au sein de la Communauté; une implication d'ouverture, de critique, de justice, de solidarité et d'humanité... !

    Au revoir Mme Boucher... chalom !

  • Nestor TURCOTTE
    Inscrit
    dimanche 26 août 2007 22h32
    Elle s'est tuée à l'ouvrage
    On pouvait l'aimer ou pas. Une chose est certaine: Andrée Boucher ne laissait personne indifférent. Elle s'est tout simplement tuée à l'ouvrage. Elle est certes le genre de politicienne dont le Québec aurait présentement grand besoin et cela, par centaines d'exemplaires. Ça nous reposerait des langues de bois qui parlent au monde pour ne rien dire. Parce que justement ils n'ont rien à dire. Si la politique avait toujours cette couleur diversifiée et pleine de ténacité comme on pouvait la trouver en la personne de la mairesse de Québec, les électeurs commenceraient sans doute à s'intéresser à la chose publique. En attendant, le climat chloroforme journalier risque de reprendre de plus bel. Le Québec avait quelque chose de flamboyant à regarder de temps en temps lorsqu'il voyait Madame Boucher sur son écran de télé. Il risque de sombrer dans la prêt-à-porter politique encore une autre fois. Et l'ennui de gagner à nouveau la multitude. Parce que la politique doit se faire d'une façon correcte.

    Nestor Turcotte
    Matane

  • Gérard Lépine
    Abonné
    lundi 27 août 2007 13h13
    admultosannos
    Raymond Barre et Andrée Boucher même combat, même indépendance, même profession d'origine (certes pas au même niveau), disparus le même jour. Que le Seigneur les bénisse, car ils étaient tous deux croyants, à ma connaissance. Même liberté de parole surtout!!!

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