«Madame Boucher» n'est plus
La mairesse de Québec meurt subitement à 70 ans
Photo : Clément Allard
Imprévisible et surprenante jusqu'à la toute fin, Andrée Boucher est décédée hier d'un malaise cardiaque à l'âge de 70 ans alors qu'on la croyait en pleine forme et prête à entreprendre un second mandat à la mairie de Québec. Sa disparition laisse un vide qu'on commence à peine à mesurer.
Andrée Boucher a quitté ce monde hier un peu après midi dans sa résidence de Sainte-Foy, à Québec. L'ayant trouvée inconsciente dans sa chambre, son mari Marc Boucher a contacté le 911, mais, une fois sur place, les ambulanciers ne sont jamais parvenus à la réanimer. Son décès a été constaté peu après à l'hôpital Laval.
«Choc», «commotion», «coup de tonnerre», les mots manquaient hier pour décrire les réactions à son décès. «Je suis estomaqué. Elle était en pleine forme jusqu'à hier et j'étais convaincu qu'elle souhaitait se présenter aux prochaines élections», a déclaré Alain Marcoux, son directeur général à Sainte-Foy (1991-2002) puis à Québec depuis son élection en 2005.
Née en 1937 à Sainte-Foy, la ville de ses plus grands combats, Andrée (Plamondon) Boucher s'est découvert un goût pour l'art oratoire très jeune. «Déjà, à 16-17 ans, au collège Jésus-Marie, c'était la star de sa classe, une grande oratrice. Elle a vraiment toujours été comme ça», raconte la journaliste Danielle Stanton, qui a récemment fait son portrait dans L'Actualité. «Je crois qu'elle méritait le titre de féministe. Elle n'a jamais hésité à s'affirmer en tant que femme.»
Mère de trois enfants, enseignante de formation, Andrée P. Boucher a commencé à s'intéresser à la politique municipale dès 1968. Son élection à la mairie de Sainte-Foy, en 1985, allait lancer une carrière politique de plus de 20 ans.
Directe, moqueuse et toujours prête à s'en prendre aux «élites», Mme Boucher entretenait une véritable relation d'«amour-haine» avec les médias. «Pour les journalistes, c'était du bonbon. Elle trouvait toujours la phrase "punchée", le "clip" idéal pour la télé. Dans le monde municipal, c'était l'être le moins "drabe" au nord du Rio Grande!», estime le rédacteur en chef de Voir, David Desjardins.
Les médias et en particulier les caricaturistes auront pourtant été très durs avec elle. Mais Andrée P. Boucher ne manquait pas d'humour, ce dont conviennent ses adversaires. «Elle réussissait toujours à faire rire, se rappelle la chef de l'opposition à la Ville de Québec, Ann Bourget. Elle parvenait à nous décocher des sourires en coin pendant les débats au conseil municipal.»
Mais c'est peut-être par sa rigueur au travail qu'elle impressionnait le plus. «À part Mme Boucher, la seule personne que j'ai connue avec une telle intensité au travail, c'est Claude Ryan. C'était une travailleuse infatigable, note le président des Fêtes du 400e, Jean Leclerc. À Noël, elle m'avait dit ne pas avoir pris de vacances depuis son élection, 13 mois plus tôt. Elle travaillait sept jours sur sept, elle ne se reposait pas beaucoup.»
La politique municipale: la passion d'une vie
Accessible en tout temps — les journalistes pouvaient la joindre chez elle le soir et les fins de semaine —, Mme Boucher avait la réputation de connaître ses dossiers mieux que personne et ne manquait jamais une occasion d'en faire la démonstration. Mais pour cela, il ne fallait pas compter ses heures.
Or elle adorait son métier et y prenait un plaisir évident. «La ville de Sainte-Foy, puis la ville de Québec, c'était le coeur de sa vie, note Alain Marcoux. Ça, personne ne peut le mettre en doute.»
Quelques mois avant de devenir la première femme à diriger la Ville de Québec, l'ancienne maîtresse d'école nous parlait de son goût toujours marqué pour «les études»: «Moi, ce qui m'intéresse, c'est le côté intellectuel de la politique. Je reviens toujours à ma vocation première d'enseignante, disait-elle avec fierté. Je suis studieuse, je pense que ça paraît.»
À un journaliste qui lui demandait récemment si elle comptait se représenter aux prochaines élections, elle avait répondu que rien ne lui faisait autant plaisir que de voir ses adversaires tomber dans les pièges qu'elle leur tendait. «C'était quelqu'un d'une intelligence redoutable, fait remarquer David Desjardins, qui voit un lien à faire avec le style de Jean Chrétien. Elle affichait une sorte de désinvolture, voire une candeur, mais au fond, c'était une fine stratège qui parvenait à sortir indemne de toutes les situations.»
Accueillie à la mairie de Québec avec beaucoup de méfiance, elle avait su renverser plus d'un préjugé. «Elle était beaucoup plus cultivée et érudite que ce qu'elle voulait bien montrer», se rappelle Danielle Stanton. «J'avoue que, sans la connaître, en ne connaissant que le personnage et non la femme, j'ai été très critique à son égard parce que je pensais que la culture ne l'intéressait pas, nous disait Robert Lepage lors d'un entretien en février. Elle a sa façon à elle de gérer, mais elle écoute les gens. J'ai été très surpris par son ouverture et sa volonté de faire les choses.»
Élections en vue à Québec
On n'a pas fini d'analyser les conséquences politiques du décès d'Andrée Boucher dans la capitale. Le départ de cette figure incontournable, qui faisait beaucoup de bruit et prenait beaucoup de place, laisse tout un vide. «Sur le plan politique, c'est certain que personne ne peut prétendre la remplacer pour le moment», concède Réjean Lemoine.
La loi requiert que des élections soient déclenchées avant quatre mois. D'ici là, le maire suppléant, le conseiller de l'opposition Jacques Joli-Coeur, assurera l'intérim. Hier, dans les milieux politiques, personne n'osait présumer de l'impact de son décès sur les dossiers en cours, dont celui des Fêtes du 400e. Andrée P. Boucher laisse dans le deuil son mari, Marc Boucher, ses trois enfants (France, Bernard et Denis) et trois petits-enfants (Frédéric, Antoine et François).
Andrée Boucher a quitté ce monde hier un peu après midi dans sa résidence de Sainte-Foy, à Québec. L'ayant trouvée inconsciente dans sa chambre, son mari Marc Boucher a contacté le 911, mais, une fois sur place, les ambulanciers ne sont jamais parvenus à la réanimer. Son décès a été constaté peu après à l'hôpital Laval.
«Choc», «commotion», «coup de tonnerre», les mots manquaient hier pour décrire les réactions à son décès. «Je suis estomaqué. Elle était en pleine forme jusqu'à hier et j'étais convaincu qu'elle souhaitait se présenter aux prochaines élections», a déclaré Alain Marcoux, son directeur général à Sainte-Foy (1991-2002) puis à Québec depuis son élection en 2005.
Née en 1937 à Sainte-Foy, la ville de ses plus grands combats, Andrée (Plamondon) Boucher s'est découvert un goût pour l'art oratoire très jeune. «Déjà, à 16-17 ans, au collège Jésus-Marie, c'était la star de sa classe, une grande oratrice. Elle a vraiment toujours été comme ça», raconte la journaliste Danielle Stanton, qui a récemment fait son portrait dans L'Actualité. «Je crois qu'elle méritait le titre de féministe. Elle n'a jamais hésité à s'affirmer en tant que femme.»
Mère de trois enfants, enseignante de formation, Andrée P. Boucher a commencé à s'intéresser à la politique municipale dès 1968. Son élection à la mairie de Sainte-Foy, en 1985, allait lancer une carrière politique de plus de 20 ans.
Directe, moqueuse et toujours prête à s'en prendre aux «élites», Mme Boucher entretenait une véritable relation d'«amour-haine» avec les médias. «Pour les journalistes, c'était du bonbon. Elle trouvait toujours la phrase "punchée", le "clip" idéal pour la télé. Dans le monde municipal, c'était l'être le moins "drabe" au nord du Rio Grande!», estime le rédacteur en chef de Voir, David Desjardins.
Les médias et en particulier les caricaturistes auront pourtant été très durs avec elle. Mais Andrée P. Boucher ne manquait pas d'humour, ce dont conviennent ses adversaires. «Elle réussissait toujours à faire rire, se rappelle la chef de l'opposition à la Ville de Québec, Ann Bourget. Elle parvenait à nous décocher des sourires en coin pendant les débats au conseil municipal.»
Mais c'est peut-être par sa rigueur au travail qu'elle impressionnait le plus. «À part Mme Boucher, la seule personne que j'ai connue avec une telle intensité au travail, c'est Claude Ryan. C'était une travailleuse infatigable, note le président des Fêtes du 400e, Jean Leclerc. À Noël, elle m'avait dit ne pas avoir pris de vacances depuis son élection, 13 mois plus tôt. Elle travaillait sept jours sur sept, elle ne se reposait pas beaucoup.»
La politique municipale: la passion d'une vie
Accessible en tout temps — les journalistes pouvaient la joindre chez elle le soir et les fins de semaine —, Mme Boucher avait la réputation de connaître ses dossiers mieux que personne et ne manquait jamais une occasion d'en faire la démonstration. Mais pour cela, il ne fallait pas compter ses heures.
Or elle adorait son métier et y prenait un plaisir évident. «La ville de Sainte-Foy, puis la ville de Québec, c'était le coeur de sa vie, note Alain Marcoux. Ça, personne ne peut le mettre en doute.»
Quelques mois avant de devenir la première femme à diriger la Ville de Québec, l'ancienne maîtresse d'école nous parlait de son goût toujours marqué pour «les études»: «Moi, ce qui m'intéresse, c'est le côté intellectuel de la politique. Je reviens toujours à ma vocation première d'enseignante, disait-elle avec fierté. Je suis studieuse, je pense que ça paraît.»
À un journaliste qui lui demandait récemment si elle comptait se représenter aux prochaines élections, elle avait répondu que rien ne lui faisait autant plaisir que de voir ses adversaires tomber dans les pièges qu'elle leur tendait. «C'était quelqu'un d'une intelligence redoutable, fait remarquer David Desjardins, qui voit un lien à faire avec le style de Jean Chrétien. Elle affichait une sorte de désinvolture, voire une candeur, mais au fond, c'était une fine stratège qui parvenait à sortir indemne de toutes les situations.»
Accueillie à la mairie de Québec avec beaucoup de méfiance, elle avait su renverser plus d'un préjugé. «Elle était beaucoup plus cultivée et érudite que ce qu'elle voulait bien montrer», se rappelle Danielle Stanton. «J'avoue que, sans la connaître, en ne connaissant que le personnage et non la femme, j'ai été très critique à son égard parce que je pensais que la culture ne l'intéressait pas, nous disait Robert Lepage lors d'un entretien en février. Elle a sa façon à elle de gérer, mais elle écoute les gens. J'ai été très surpris par son ouverture et sa volonté de faire les choses.»
Élections en vue à Québec
On n'a pas fini d'analyser les conséquences politiques du décès d'Andrée Boucher dans la capitale. Le départ de cette figure incontournable, qui faisait beaucoup de bruit et prenait beaucoup de place, laisse tout un vide. «Sur le plan politique, c'est certain que personne ne peut prétendre la remplacer pour le moment», concède Réjean Lemoine.
La loi requiert que des élections soient déclenchées avant quatre mois. D'ici là, le maire suppléant, le conseiller de l'opposition Jacques Joli-Coeur, assurera l'intérim. Hier, dans les milieux politiques, personne n'osait présumer de l'impact de son décès sur les dossiers en cours, dont celui des Fêtes du 400e. Andrée P. Boucher laisse dans le deuil son mari, Marc Boucher, ses trois enfants (France, Bernard et Denis) et trois petits-enfants (Frédéric, Antoine et François).
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