Ville en vitrine
Le Québec est un territoire dont les citoyens en sont toujours à douter des réalisations qui y ont lieu. Continuellement, les comparaisons pleuvent. Son système d'éducation est-il d'un niveau acceptable (pour les résultats, il serait premier en Amérique)? Le système routier tient-il la route (sa qualité est à tout le moins comparable à celle de l'autoroute 87 au Vermont)? Faudra-t-il bientôt aller se faire soigner aux États-Unis (à condition d'avoir une bonne réserve de billets verts)? Et ainsi de suite, à tous les jours, le regard jeté établit des comparaisons où toujours le mieux semble être ailleurs.
Dans un domaine toutefois, le doute n'est pas acceptable, quand la métropole québécoise affiche des données qui font l'envie des autres villes américaines. Quand il est question de tourisme d'affaires, de congrès plus précisément, oubliez Toronto, Montréal se classe en troisième place en Amérique du Nord, derrière Washington et San Francisco, en nombre de rencontres accueillies: en fait, c'est la quatrième ville au monde pour ce type d'activités. Résultat, c'est en milliards de dollars que s'évaluent les retombées annuelles.
La pièce maîtresse dans cette stratégie de développement est connue. C'est un édifice: un palais des congrès. Pour sûr, la ville se doit d'être attrayante, accueillante. Pour ce faire, la renommée de Montréal en tant que grande ville francophone et latine dessert bien les initiatives, tout comme jouent leur rôle, en étant des organismes d'accueil, les Montréal International ou le Quartier international de Montréal, à l'instar des diverses «Cités» avec le temps instituées, celles entre autres du commerce et du multimédia.
Pont sur autoroute
Il avait été décidé dans les années 1970 de doter la ville d'un centre de congrès respectable: depuis, l'édifice conçu en 1979 par Victor Prus remplissait cette fonction. Jeté au-dessus de l'autoroute Ville-Marie, on l'accusait de faire barrière entre le centre-ville et le Vieux-Montréal, édifice-pont sur une tranchée qui coupait la ville en deux. Avec les ans, il était aussi devenu trop petit. Dans un geste qui surprend par sa rapidité d'exécution, vu le court temps entre la déclaration d'intention et la complétion des constructions, le gouvernement du Québec est donc passé à l'action: en ce début de millénaire, il fut décidé d'agrandir et, dès la fin de semaine à venir, le public est invité à venir visiter les nouveaux lieux. L'espace, qui est demeuré fonctionnel durant la durée complète des travaux, reprend vie, sa surface ayant doublé, le complexe architectural offrant une tout autre image.
Du nouvel édifice, on entendra beaucoup parler. Même son architecte en est conscient. Mario Saia déclare ainsi: «Des gens aiment beaucoup, d'autres détestent. Je pense qu'il n'y a pas de milieu. Certains trouvent cela extraordinaire, d'autres affreux. Un professeur d'architecture de Harvard est venu avec ses étudiants; il ne tarissait pas d'éloges. Certains de mes confrères aiment bien, d'autres pas du tout. En général, les jeunes semblent les plus réceptifs.» Il faut dire que la construction elle-même, avec ses murs de verre coloré, et une intégration habile de bâtiments existants — une caserne, une fonderie, un palais des congrès première version, une station de métro, le tout accompagné d'ajouts de nouveaux espaces de service — témoignent de beaucoup d'audace. Et, comme si ce n'était pas assez, une pièce spectaculaire, cette «fausse» forêt de rose vêtue signée par l'architecte-paysagiste Claude Cormier, se glisse aussi dans l'ensemble: Montréal avait jusqu'ici peu été confrontée à cette architecture-spectacle.
Une autre surprise attend toutefois qui se rendra sur les lieux, ne serait-ce que pour se donner un point de vue sur ce nouveau paysage urbain montréalais: c'est un nouveau quartier qui s'érige. L'édifice n'est plus un îlot égaré dans une zone déconstruite. Il est une composante d'un ensemble architectural lourd. Ainsi, quand sera réalisé le programme de construction, ce secteur de la ville, ce quartier international, aura ajouté un milliard à la valeur immobilière de Montréal. Le périmètre situé entre les rues Saint-Urbain, Saint-Antoine, Saint-Jacques, University et Viger aura cessé d'être une tranchée urbaine, même ses rues et ses parcs ayant été aussi réaménagés.
Montréal est donc devenue une ville d'accueil pour les congrès internationaux. Sur cet actif, on aurait donc décidé de capitaliser en vue de garantir le futur développement économique, tout en corrigeant les erreurs causées par un urbanisme sauvage.
Dans un domaine toutefois, le doute n'est pas acceptable, quand la métropole québécoise affiche des données qui font l'envie des autres villes américaines. Quand il est question de tourisme d'affaires, de congrès plus précisément, oubliez Toronto, Montréal se classe en troisième place en Amérique du Nord, derrière Washington et San Francisco, en nombre de rencontres accueillies: en fait, c'est la quatrième ville au monde pour ce type d'activités. Résultat, c'est en milliards de dollars que s'évaluent les retombées annuelles.
La pièce maîtresse dans cette stratégie de développement est connue. C'est un édifice: un palais des congrès. Pour sûr, la ville se doit d'être attrayante, accueillante. Pour ce faire, la renommée de Montréal en tant que grande ville francophone et latine dessert bien les initiatives, tout comme jouent leur rôle, en étant des organismes d'accueil, les Montréal International ou le Quartier international de Montréal, à l'instar des diverses «Cités» avec le temps instituées, celles entre autres du commerce et du multimédia.
Pont sur autoroute
Il avait été décidé dans les années 1970 de doter la ville d'un centre de congrès respectable: depuis, l'édifice conçu en 1979 par Victor Prus remplissait cette fonction. Jeté au-dessus de l'autoroute Ville-Marie, on l'accusait de faire barrière entre le centre-ville et le Vieux-Montréal, édifice-pont sur une tranchée qui coupait la ville en deux. Avec les ans, il était aussi devenu trop petit. Dans un geste qui surprend par sa rapidité d'exécution, vu le court temps entre la déclaration d'intention et la complétion des constructions, le gouvernement du Québec est donc passé à l'action: en ce début de millénaire, il fut décidé d'agrandir et, dès la fin de semaine à venir, le public est invité à venir visiter les nouveaux lieux. L'espace, qui est demeuré fonctionnel durant la durée complète des travaux, reprend vie, sa surface ayant doublé, le complexe architectural offrant une tout autre image.
Du nouvel édifice, on entendra beaucoup parler. Même son architecte en est conscient. Mario Saia déclare ainsi: «Des gens aiment beaucoup, d'autres détestent. Je pense qu'il n'y a pas de milieu. Certains trouvent cela extraordinaire, d'autres affreux. Un professeur d'architecture de Harvard est venu avec ses étudiants; il ne tarissait pas d'éloges. Certains de mes confrères aiment bien, d'autres pas du tout. En général, les jeunes semblent les plus réceptifs.» Il faut dire que la construction elle-même, avec ses murs de verre coloré, et une intégration habile de bâtiments existants — une caserne, une fonderie, un palais des congrès première version, une station de métro, le tout accompagné d'ajouts de nouveaux espaces de service — témoignent de beaucoup d'audace. Et, comme si ce n'était pas assez, une pièce spectaculaire, cette «fausse» forêt de rose vêtue signée par l'architecte-paysagiste Claude Cormier, se glisse aussi dans l'ensemble: Montréal avait jusqu'ici peu été confrontée à cette architecture-spectacle.
Une autre surprise attend toutefois qui se rendra sur les lieux, ne serait-ce que pour se donner un point de vue sur ce nouveau paysage urbain montréalais: c'est un nouveau quartier qui s'érige. L'édifice n'est plus un îlot égaré dans une zone déconstruite. Il est une composante d'un ensemble architectural lourd. Ainsi, quand sera réalisé le programme de construction, ce secteur de la ville, ce quartier international, aura ajouté un milliard à la valeur immobilière de Montréal. Le périmètre situé entre les rues Saint-Urbain, Saint-Antoine, Saint-Jacques, University et Viger aura cessé d'être une tranchée urbaine, même ses rues et ses parcs ayant été aussi réaménagés.
Montréal est donc devenue une ville d'accueil pour les congrès internationaux. Sur cet actif, on aurait donc décidé de capitaliser en vue de garantir le futur développement économique, tout en corrigeant les erreurs causées par un urbanisme sauvage.
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