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Intégration urbaine

Établir le lien entre le Vieux-Montréal et le centre-ville

Claude Lafleur   30 novembre 2002  Villes et régions
L'agrandissement du Palais des congrès a été l'occasion de réparer l'outrage représenté par l'autoroute Ville-Marie, qui scinde en deux le centre-ville de Montréal. «Le projet aurait pu se faire sans s'intégrer au milieu, relate Guy Vachon, directeur de la construction du Palais des congrès. Mais ça aurait été un désastre, ça aurait été la continuité de ce qui avait été fait. La décision a donc été prise de profiter de l'occasion pour, excusez-moi de le dire, réparer les erreurs du passé!»

«Quand la décision d'agrandir le Palais a été prise, poursuit-il, on s'est dit qu'il fallait récupérer le rez-de-chaussée puisque le Palais commençait au deuxième étage.» À cette fin, les promoteurs du projet ont décidé de construire sous le Palais, au niveau de la rue, un rez-de-chaussée permettant à l'édifice juché sur ses pilotis de s'intégrer à son milieu, le Quartier international de Montréal. «En recouvrant l'autoroute, notre but principal était de rétablir une circulation piétonne à l'intérieur, explique encore M. Vachon. On a ainsi réussi à créer trois liens piétonniers nord-sud.» Désormais, le Palais est un édifice qui nous est accessible en tout temps aux heures d'ouverture du métro.

«Quand on parlait de recouvrir l'autoroute, indique M. Vachon, c'était surtout pour améliorer le secteur et pour faciliter la circulation des piétons, et non pour répondre aux besoins du Palais. D'ailleurs, au départ, on a envisagé un projet où l'autoroute demeurerait ouverte en dessous.» Une telle opération a pourtant représenté d'importantes contraintes techniques puisqu'il s'agissait de transformer une autoroute ouverte en un tunnel, ce qui pose l'épineux problème de la ventilation. «Il a donc fallu prévoir d'importantes prises d'air qui passent maintenant à travers le Palais sans que personne n'en ait connaissance!», lance fièrement Guy Vachon.

Toujours dans le souci d'intégrer le Palais dans son milieu, certains édifices existants ont été conservés. «Il ne s'agissait pas de bâtiments classés, note M. Vachon. On aurait pu les démolir. Mais on avait le souci d'implanter le nouveau Palais dans le secteur sans trop affecter celui-ci, sinon en l'améliorant. De surcroît, il a fallu tenir compte — et c'est une autre particularité du projet — que deux des propriétaires dont on voulait acquérir les lieux ont choisi de demeurer dans le quadrilatère: la Société de transport de Montréal et la caserne de pompiers. On a donc tenté de voir comment on pourrait utiliser au maximum le quadrilatère tout en satisfaisant tant les besoins du Palais que ceux des tiers.»

Question de concertation

Ce souci de s'intégrer à son milieu s'est traduit par le grand nombre d'intervenants qui se sont associés au projet: la Ville de Montréal (intégration urbaine, zonage, circulation), le ministère des Transports du Québec (recouvrement de l'autoroute), le Service des incendies de la Ville (relocalisation de la caserne), la Société de transport de Montréal (rénovation de l'immeuble situé sur la rue Saint-Antoine), le ministère de la Culture et des Communications du Québec (intégration des oeuvres d'art et respect du patrimoine) ainsi que le Quartier international de Montréal (liaisons piétonnières, stationnement et aménagement de la place du Palais).

Les promoteurs ont d'ailleurs longuement discuté avec le Quartier international de Montréal afin que le quadrilatère du Palais s'intègre adéquatement au nouveau centre-ville. «C'est avec le QIM qu'on a étudié les besoins de stationnement, rapporte M. Vachon. Le QIM nous a démontré qu'il y avait un important besoin de stationnement dans le secteur. Or, pour être capable de créer un grand stationnement, il fallait justement profiter de la construction du Palais car, par après, il serait trop tard. La solution retenue est un stationnement souterrain de 1200 places, dont une partie se trouve sous le Palais, mais une autre sous la rue de Bleury et sous la future place Riopelle.»

De surcroît, le QIM a beaucoup insisté pour l'intégration d'un lien piétonnier est-ouest reliant les deux réseaux piétonniers déjà existants, à savoir celui dit des Affaires (qui relie la Place Ville-Marie à la Place Bonaventure) et celui dit de la Culture (qui relie le Complexe Guy-Favreau à la Place des Arts). «En construisant le Palais, on a donc relié ces deux réseaux, lance fièrement Guy Vachon. Ça aussi, ce n'était pas un besoin spécifique du Palais.»

La seule contrainte qui aurait été inacceptable pour les promoteurs aurait été la non-fermeture de la rue Saint-François-Xavier qui passait autrefois sous le Palais. «On n'avait pas le choix de la fermer, tranche Guy Vachon. On a cependant dû procéder à des études sur la circulation parce qu'on se devait de ne pas nuire à la circulation du secteur, sinon en tentant de l'améliorer. Ces études ont mené à la conclusion que les rues de Bleury et Saint-Urbain devaient devenir à deux sens pour qu'on soit capable de faire le périmètre du Palais en fermant la rue Saint-François-Xavier.»

Mais avant toute chose —- c'est-à-dire avant même la mise en oeuvre de tous ces projets —, il a fallu procéder à la fouille archéologique du site puisque celui-ci se trouve sur un territoire occupé depuis longtemps. «On n'aurait même pas pu obtenir nos permis d'excavation si nous n'avions pas procédé à de telles fouilles», précise le directeur du projet qui ne peut s'empêcher de laisser filer en riant: «Ça, c'était encore une autre affaire de plus!» Les archéologues n'ont cependant trouvé rien de spectaculaire sur les lieux, si ce n'est une quantité d'artefacts montrant que le site était habité. «Ces fouilles ont permis de localiser où il y avait des bâtiments», relate M. Vachon qui promet du même coup que les objets trouvés seront éventuellement exposés en permanence.

«Quand on a commencé à développer le projet, résume-t-il, il a fallu s'occuper tant des besoins du Palais, des liens piétonniers et du stationnement que des besoins de la STM et de la caserne, qui ont choisi de demeurer dans le quadrilatère... Quels sont leurs besoins et comment les intégrer? Il y a eu, je dirais, beaucoup de discussions, mais surtout beaucoup de collaboration. Tout s'est réellement fait en collaboration et ça, je puis en témoigner!»

«Quand ce projet a été autorisé, le milieu des affaires et le milieu de l'industrie touristique, les hôteliers et les marchands du Vieux-Montréal étaient tous favorables à l'agrandissement du Palais, mais il a fallu maintenir cet accord! On a dû tout concrétiser. Il a fallu aussi coordonner tous les services publics — fermeture de rues, services de Bell, de Gaz métropolitain, etc. Mais, encore là, tout s'est bien fait. Et tout le monde a travaillé dans ce sens et, je pense, avec succès!»
 
 
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