Une symphonie de rose
À l'intérieur de cette cathédrale de lumière colorée qu'est l'agrandissement du Palais des congrès, visible de la rue Viger, un signal fort se manifeste, qui ne devrait laisser personne indifférent. En vue de la création d'un jardin d'hiver qu'on voulait apparemment peu banal, un appel a été lancé à l'architecte paysagiste Claude Cormier, dont la solution, Nature légère/Lipstick Forest, risque d'alimenter les discussions.
Pour réaliser le jardin spectaculaire qui occupe le hall de Bleury, Claude Cormier a transposé des éléments connus du paysage urbain montréalais. Les 52 arbres d'un rose soutenu qui rythmeront les pas des usagers de cette portion de l'édifice sont calqués sur les grands arbres de l'avenue du Parc. Les silhouettes et les volumes des arbres se retrouvent transposés à l'intérieur. Réalisés par les sculpteurs du groupe Aquanov, reconnus pour leurs créations d'environnements artificiels et naturels tels que les décors du Biodôme, ces arbres, comme dans la nature, possèdent des formes uniques. Tous dissemblables, ces greffons artificiels participent, pour l'architecte paysagiste, du «vrai faux».
Ce vrai faux, Cormier le distingue du «faux vrai», de cette propension qu'ont plusieurs décorateurs ou designers d'intérieur à utiliser des matériaux artificiels pour simuler la nature. Plutôt que de privilégier la simulation ou le trompe-l'oeil, Cormier a choisi de rendre apparent le recours à des matériaux étrangers aux éléments repiqués à la nature. Aussi, les arbres ne touchent-ils ni le sol ni le plafond, ce qui renforce l'idée de l'artifice.
Construite sur une dalle de béton au-dessus d'une autoroute, cette forêt factice n'a besoin ni des coûteux bacs destinés à recevoir des arbres naturels, ni des complexes systèmes de ventilation nécessaires à la survie d'un boisé intérieur. «On a décidé de construire une nature morte, explique Cormier, tout en faisant référence à quelque chose de montréalais. Le Palais des congrès est une vitrine sur Montréal. Ce sont les gens d'ailleurs qui fréquentent le lieu.» Cormier soutient que notre rapport aux arbres a pu changer depuis le verglas qui a frappé la région il y a quelques années. «Les arbres parfaits, ce n'est peut-être pas aussi intéressant qu'un arbre sculpté, transformé par la vie», estime-t-il. Aussi, les arbres de Cormier présentent-ils des silhouettes singulièrement ciselées, unies par une couleur unique «pour que ça ne fasse pas trop "décoration". Plusieurs teintes de rose auraient amoindri la qualité spatiale de l'effet fort que le jardin présente à l'heure actuelle.»
«On a pris un élément que tout le monde reconnaîtrait, mais en s'assurant qu'il soit faux»: la formule de l'architecte résume la portée du projet. L'écorce retirée, puis les arbres coulés en béton, les formes ont pris la couleur rose. «Le rose est apparu au début à cause d'une contrainte budgétaire. Je voulais qu'on s'associe à une compagnie de produits cosmétiques, laquelle aurait contribué par sa palette de couleurs.» Le rose renvoie de la même manière au logo de Tourisme Montréal, où de grosses lèvres charnues remplacent le «o» de Montréal. «On a accentué les éléments de sculpture qui existent dans le paysage montréalais», souligne l'architecte.
«C'est sûr que ça ne plaira pas à tous», Cormier en est parfaitement conscient. La dissension est positive selon lui, l'unanimité dans le jugement esthétique étant à éviter. «On essaie aussi de faire évoluer le champ de pratique qu'est l'architecture de paysages. Il y a de la place pour pousser les limites établies de ce que l'on entend par le terme "paysage". Nature légère/Lipstick Forest joue ce rôle-là. Tout le monde reconnaît le jardin, mais dans un contexte complètement dénaturé.» Les arbres roses vont contribuer à l'animation des vitrines des boutiques, et aux activités des commerçants et des passants de ce lieu de transition.
Un jardin sur l'esplanade
Pour sa seconde contribution, à l'extérieur de l'édifice — un projet qu'il qualifie, tout sourire, de «moins féroce» —, l'architecte de la place d'Youville à Montréal a repris certains des paramètres du Jardin de Montréal qu'il a réalisé à Shanghai. Alors que le premier projet ne retient des arbres que leur tronc, le jardin extérieur conserve leur couronne, celle des pommetiers décoratifs — emblèmes de la ville — qui entreront, en mai, en résonance avec le rose de Nature légère/Lipstick Forest, en proposant une symphonie de rose.
L'aménagement poursuit des réflexions déjà entamées à Shanghai, où Cormier a aménagé un jardin «moderne», «canadien», une sorte de réponse au Jardin chinois de Montréal, composé de petites buttes qui représentent, pour son concepteur, «le multiculturalisme canadien». Les pommetiers ont remplacé à Montréal les peupliers de Shanghai. Le petit jardin se présente comme «une cellule mère» qui contient une trentaine de monticules sur lesquels des arbres ont pu être plantés, sans avoir eu à construire de lourdes infrastructures de béton. Au sol, le pavé — une pierre de calcaire — est parcouru par des stries s'entrecroisant, qui peuvent faire penser à des tissus musculaires et donnent au jardin son caractère organique. Depuis qu'il est construit, remarque Cormier, le jardin est constamment habité par ses utilisateurs. Il pourrait s'agir là d'une manière de faire en sorte que les gens s'arrêtent dans un lieu essentiellement pensé en fonction de la circulation.
Pour réaliser le jardin spectaculaire qui occupe le hall de Bleury, Claude Cormier a transposé des éléments connus du paysage urbain montréalais. Les 52 arbres d'un rose soutenu qui rythmeront les pas des usagers de cette portion de l'édifice sont calqués sur les grands arbres de l'avenue du Parc. Les silhouettes et les volumes des arbres se retrouvent transposés à l'intérieur. Réalisés par les sculpteurs du groupe Aquanov, reconnus pour leurs créations d'environnements artificiels et naturels tels que les décors du Biodôme, ces arbres, comme dans la nature, possèdent des formes uniques. Tous dissemblables, ces greffons artificiels participent, pour l'architecte paysagiste, du «vrai faux».
Ce vrai faux, Cormier le distingue du «faux vrai», de cette propension qu'ont plusieurs décorateurs ou designers d'intérieur à utiliser des matériaux artificiels pour simuler la nature. Plutôt que de privilégier la simulation ou le trompe-l'oeil, Cormier a choisi de rendre apparent le recours à des matériaux étrangers aux éléments repiqués à la nature. Aussi, les arbres ne touchent-ils ni le sol ni le plafond, ce qui renforce l'idée de l'artifice.
Construite sur une dalle de béton au-dessus d'une autoroute, cette forêt factice n'a besoin ni des coûteux bacs destinés à recevoir des arbres naturels, ni des complexes systèmes de ventilation nécessaires à la survie d'un boisé intérieur. «On a décidé de construire une nature morte, explique Cormier, tout en faisant référence à quelque chose de montréalais. Le Palais des congrès est une vitrine sur Montréal. Ce sont les gens d'ailleurs qui fréquentent le lieu.» Cormier soutient que notre rapport aux arbres a pu changer depuis le verglas qui a frappé la région il y a quelques années. «Les arbres parfaits, ce n'est peut-être pas aussi intéressant qu'un arbre sculpté, transformé par la vie», estime-t-il. Aussi, les arbres de Cormier présentent-ils des silhouettes singulièrement ciselées, unies par une couleur unique «pour que ça ne fasse pas trop "décoration". Plusieurs teintes de rose auraient amoindri la qualité spatiale de l'effet fort que le jardin présente à l'heure actuelle.»
«On a pris un élément que tout le monde reconnaîtrait, mais en s'assurant qu'il soit faux»: la formule de l'architecte résume la portée du projet. L'écorce retirée, puis les arbres coulés en béton, les formes ont pris la couleur rose. «Le rose est apparu au début à cause d'une contrainte budgétaire. Je voulais qu'on s'associe à une compagnie de produits cosmétiques, laquelle aurait contribué par sa palette de couleurs.» Le rose renvoie de la même manière au logo de Tourisme Montréal, où de grosses lèvres charnues remplacent le «o» de Montréal. «On a accentué les éléments de sculpture qui existent dans le paysage montréalais», souligne l'architecte.
«C'est sûr que ça ne plaira pas à tous», Cormier en est parfaitement conscient. La dissension est positive selon lui, l'unanimité dans le jugement esthétique étant à éviter. «On essaie aussi de faire évoluer le champ de pratique qu'est l'architecture de paysages. Il y a de la place pour pousser les limites établies de ce que l'on entend par le terme "paysage". Nature légère/Lipstick Forest joue ce rôle-là. Tout le monde reconnaît le jardin, mais dans un contexte complètement dénaturé.» Les arbres roses vont contribuer à l'animation des vitrines des boutiques, et aux activités des commerçants et des passants de ce lieu de transition.
Un jardin sur l'esplanade
Pour sa seconde contribution, à l'extérieur de l'édifice — un projet qu'il qualifie, tout sourire, de «moins féroce» —, l'architecte de la place d'Youville à Montréal a repris certains des paramètres du Jardin de Montréal qu'il a réalisé à Shanghai. Alors que le premier projet ne retient des arbres que leur tronc, le jardin extérieur conserve leur couronne, celle des pommetiers décoratifs — emblèmes de la ville — qui entreront, en mai, en résonance avec le rose de Nature légère/Lipstick Forest, en proposant une symphonie de rose.
L'aménagement poursuit des réflexions déjà entamées à Shanghai, où Cormier a aménagé un jardin «moderne», «canadien», une sorte de réponse au Jardin chinois de Montréal, composé de petites buttes qui représentent, pour son concepteur, «le multiculturalisme canadien». Les pommetiers ont remplacé à Montréal les peupliers de Shanghai. Le petit jardin se présente comme «une cellule mère» qui contient une trentaine de monticules sur lesquels des arbres ont pu être plantés, sans avoir eu à construire de lourdes infrastructures de béton. Au sol, le pavé — une pierre de calcaire — est parcouru par des stries s'entrecroisant, qui peuvent faire penser à des tissus musculaires et donnent au jardin son caractère organique. Depuis qu'il est construit, remarque Cormier, le jardin est constamment habité par ses utilisateurs. Il pourrait s'agir là d'une manière de faire en sorte que les gens s'arrêtent dans un lieu essentiellement pensé en fonction de la circulation.
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