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Des îlots de réflexion

Bernard Lamarche   30 novembre 2002  Villes et régions
Les deux oeuvres prévues dans le programme d'intégration de l'art à l'architecture du nouveau Palais des congrès sont peut-être à voir comme des oasis. Comme en rupture avec leur environnement immédiat, elles procurent un autre niveau de réalité. Tant les oeuvres Translucide, à la façade de la rue de Bleury, du groupe réunissant Michel Lemieux, Victor Pilon, Jean-François Cantin et l'architecte Martin Leblanc, que La poussée vers le haut de Francine Larrivée, découpent la continuité de l'architecture et proposent, pour le regard, une sorte de halte.

Dans la façade de la rue de Bleury, Translucide se veut une fenêtre en presque noir et blanc dans l'effusion de couleurs de la verrière. Une imagerie simple et considérée par ses auteurs comme porteuse d'un message chargé de symbolique.

Depuis plus de 15 ans, Michel Lemieux et Victor Pilon collaborent à des oeuvres éphémères. La collaboration avec les deux autres comparses est toutefois nouvelle. Selon Michel Lemieux, «c'est Jean-François Cantin qui nous demandé si ça nous intéressait. On a inclus Martin dans le groupe en raison de la composante architecturale importante.» Lemieux explique que la commande était extrêmement précise. La nature de l'oeuvre — une verrière intégrée à la verrière prévue par les plans —, et des dimensions prédéterminées — même les couleurs étaient déjà décidées, a-t-il expliqué. «C'est intéressant d'avoir un canevas précis. Personne dans l'équipe n'avait fait de verrière.»

Pour le quatuor, le Palais des congrès est considéré comme un lieu de rencontre, où les idées s'échangent. Dès le départ, il a été décidé que l'oeuvre allait être figurative, et comprendrait un «élément humain, anthropologique».

«Le choix de la photo s'est imposé rapidement dans le processus», révèle Lemieux. Cette image représente une main semblant se rapprocher d'un visage. «L'image parle des sens. C'est un homme, les yeux fermés, dans une attitude introvertie. Une main — qui n'est pas sa main parce que, anatomiquement, ce serait impossible — est tendue. À la fois, elle invite, mais elle est aussi tendue, comme lorsqu'on donne la main à quelqu'un.» Ce montage photographique, Lemieux en parle comme d'un «toucher intérieur». L'image est pixellisée, comme les écrans d'ordinateurs, comme la vidéo, comme la télévision.

Cette image devait cependant se distinguer des nombreux panneaux publicitaires gigantesques qui nous entourent. Les verriers qui ont participé à la réfection du vitrail de Marcelle Ferron, à la station de métro Champ-de-Mars, ont contribué à la réalisation du projet. Plutôt que de privilégier une image imprimée, l'oeuvre est faite de verre. Comme un vitrail, chacun des pixels est fait de verre et est fabriqué à la main, thermofusionné.

Le camaïeu de bleu de l'image tranche avec les coloris de la verrière, que Lemieux apprécie pour son côté ludique. Le soir, la surface de l'image est de plus animée d'un mouvement d'ombres. Des senseurs vont capter les mouvements des passants pour modifier la séquence d'éclairage. De plus, des capteurs vont enregistrer les ombres des usagers, qui seront ensuite projetées sur la paroi, selon que les gens montent dans les escaliers mobiles ou qu'ils se déplacent dans l'espace. L'oeuvre sera comme un témoin de l'intensité de l'activité à l'intérieur des lieux.

Sur les origines

Si la pièce du quatuor est entièrement tournée vers le mouvement et les technologies actuelles, La poussée vers le haut de Francine Larrivée, sur le toit de l'édifice, est davantage tournée vers les origines. Sorte d'oeuvre paysagère urbaine juché dans les hauteurs, celle-ci fait référence autant à l'environnement actuel qu'au paysage anciennement dessiné par la nature.

Cette «pousséet» fait écho à l'ancienne rivière qui coulait tout près de la rue Saint-Antoine, pratiquement sous le palais. Larrivée a donc été tentée de rappeler cet ancien cours d'eau tout en créant un effet miroir avec le ciel. «J'ai été chercher des cartes anciennes. L'ancrage du projet est essentiellement thématique, les repères sont thématiques.» Reprenant un motif qu'elle a déjà utilisé pour une autre oeuvre publique — au Centre d'archives de Montréal — Larrivée a fait sculpter une série de prèles de bronze patiné, hautes de deux mètres et reposant dans les caissons de la toiture. «J'ai pensé ramener une mémoire antérieure, même antérieure à la présence des Européens sur le territoire américain. La topographie du terrain est composée d'une rivière. De plus, une des pointes de la forteresse est presque à l'emplacement actuel du Palais des congrès. À l'intérieur des murs, des jardins étaient subdivisés en carrés.» Ainsi, Larrivée a voulu faire pousser symboliquement «à travers le plafond» des prèles, cette plante archaïque, dans les caissons de la toiture de l'édifice, à partir de laquelle est évoqué l'ancien plan d'eau.

La surface du toit est recouverte de gravier de verre bleu recyclé, mélangé à du verre bouteille foncé en moins grande quantité. «Le plan d'eau est symbolisé par le gravier de verre bleu de cobalt et vert transparent», souligne l'artiste. «L'alignement est classique», fait-elle remarquer.

Des écrans de laiton couvrant des évacuateurs de fumée. «C'est un langage contemporain, mais ces éléments rappellent les murets de verdure des jardins de l'époque, qui délimitaient des endroits où les gens pouvaient échanger», poursuit Larrivée. Ainsi, le projet convoque la mémoire de l'histoire du jardin et le geste d'un sculpteur contemporain.

Une terrasse longe la toiture et permet de goûter l'environnement. «Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que ce paysage urbain pourra être visible des édifices environnants. Avec le miroitement du verre, l'effet ressemblera à celui des plans d'eau.» De plus, le soir, l'oeuvre sera pourvue de son propre système d'éclairage. «Chacun y voit ce qu'il veut. Idéalement, c'est ainsi que les choses devraient être.»
 
 
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