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Le poids de Montréal diminue

Loin de simplifier les mécanismes décisionnels sur l'île de Montréal, le gouvernement de Jean Charest propose d'ajouter une structure qui s'additionnera au conseil d'agglomération tant décrié et qui accordera aux villes reconstituées un pouvoir accru.
Comme l'a appris Le Devoir de sources diverses, le projet de loi que déposera à l'Assemblée nationale ce matin la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, ajoutera une pierre à l'édifice déjà chancelant de la gouvernance montréalaise. La nouvelle structure prendra l'allure d'un secrétariat dédié au conseil d'agglomération, autonome par rapport à la Ville de Montréal et, surtout, paritaire.

Ainsi, les villes de banlieue qui estimaient que leur quote-part au sein de la défunte Communauté urbaine de Montréal (CUM) était toujours trop élevée, qui ont résisté par la suite au mouvement de fusion, qui ont exigé les défusions et qui ont réussi, pour quinze d'entre elles, à récupérer leur identité première, ces villes retrouveront également un poids politique face à Montréal. Représentant 13 % de la population de l'île de Montréal, ces dernières obtiendront une voix aussi forte que celle de Montréal au sein de ce secrétariat.

Cette structure ne serait pas décisionnelle mais aurait le pouvoir d'orienter les discussions lors des réunions du conseil d'agglomération. Elle pourrait également demander des avis, commander des études et exiger de Montréal, où la fonction publique détient une large part de l'expertise, de produire certaines analyses.

À l'hôtel de ville de Montréal, l'heure était hier à l'inquiétude et à une certaine irritation face à ces changements dont la facture sera payée à 80 % par les Montréalais. «Cela accentuera le climat de chicane. Cela ne trompe personne: le gouvernement Charest a un préjugé favorable envers la classe bien nantie anglophone de l'ouest de l'île», a-t-on fait valoir en coulisse. Une autre personne a fait valoir que «les libéraux ont besoin de mettre un peu de baume sur le coeur de la communauté anglophone» compte tenu du contexte de gouvernement minoritaire.

Le même projet de loi ouvrirait la porte à de nouveaux pouvoirs de taxation pour Montréal. Il s'agit notamment du retour de la taxe d'amusement (taxe sur les billets de spectacles) et d'une taxe sur les stationnements commerciaux. Mais les revenus que produiraient ces éventuelles taxes ne serviraient qu'à compenser les nouvelles dépenses reliées au secrétariat du conseil d'agglomération, croit-on à Montréal.

Si le poids politique de Montréal devait être réduit, de nombreux dossiers pourraient prendre une nouvelle direction. Les décisions concernant les infrastructures routières d'importance, les grands parcs ou les usines de filtration d'eau pourraient être colorées par les besoins des villes de banlieue qui diffèrent parfois de ceux des Montréalais.

Du côté des villes reconstituées, on avait peine hier à contenir un certain enthousiasme. La mairesse de Westmount et porte-parole de l'association des maires de banlieue, Karen Marks, s'est bornée à dire que ce serait positif. La mairesse de Mont-Royal, Vera Danyluk, n'a pas caché une certaine satisfaction. «C'est un pas dans la bonne direction. Il faut arriver à un modus vivendi. On a besoin d'une structure qui travaille pour toute l'île, indépendante et objective», a-t-elle souligné. Actuellement, le conseil d'agglomération s'appuie essentiellement sur Montréal.

En septembre dernier, l'association des maires des villes de banlieue avait officiellement réclamé un changement de structure. On évoquait notamment la possibilité que le conseil d'agglomération bénéficie d'un secrétariat indépendant comme c'était le cas pour la CUM.

L'association s'appuyait alors sur l'analyse commandée auprès du consultant Pierre Lortie. M. Lortie a présidé le comité de transition de Montréal lors des défusions. Une fois son mandat terminé, il a vendu ses services aux villes de banlieue qui l'ont rappelé à la rescousse au cours des derniers mois. Pierre Lortie est un proche du premier ministre Jean Charest et de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget. D'ailleurs, cette dernière a souligné lundi dernier en conférence de presse, concernant l'annonce du mode de PPP retenu pour la construction des deux méga-hôpitaux universitaires à Montréal, la rigueur de M. Lortie.

Le dossier préparé par M. Lortie pour les villes de banlieue, intitulé Pour assurer le succès et le développement harmonieux de l'île de Montréal, conclut que le conseil d'agglomération est «mal conçu et mal utilisé» et entraîne même des abus. «La structure et la gouvernance actuelles sont dysfonctionnelles et doivent être abolies», peut-on lire dans le rapport de M. Lortie.






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 21 juin 2007 07h17
    Puissants minoritaires
    « Donc, l'ouest anglophone de l'île, représentant seulement 13 % de la population de l'île de Montréal, obtiendra une voix aussi forte que celle de Montréal au sein du nouveau secrétariat proposé par nos chers Libéraux très provinciaux.

    Ce qui précède illustre bien que le gouvernement Charest a un préjugé favorable envers la classe bien nantie anglophone de l'ouest de l'île, bonne source d'entrées à sa caisse électorale de son parti.

    Ça montre aussi aux Québécois que l'on peut être minoritaire et en mener très large en politique à condition d'en avoir les moyens financiers.

    Montréal, qui va perdre son temps dans les structures compliquées, va se faire gruger encore plus vite par Toronto qui, fusionnée, va mieux se développer. Toronto n'était pas "poignée" avec un groupe de francophones qui voulaient s'en séparer. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 21 juin 2007 08h35
    Avançons en arrière!
    « C'était écrit dans le ciel que la suite des référendums sur les défusions mènerait à l'autonomie des villes défusionnées. Retour dans le passé! J'ai hâte d'entendre madame Marois sur ce dossier vital pour le Québec et fort inquiétant pour Montréal dans sa lutte perpétuel contre l'envahissement anglophone. Le PQ a fort mal défendu ce dossier en insistant sur les économies d'échelle farfelues pour ne pas dire mensongères plutôt que sur le partage du fardeau fiscal d'une aglomération, comme ça se fait partout au Canada. Toronto en est un bel exemple...

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Gabriel Deschambault
    Inscrit
    jeudi 21 juin 2007 10h09
    Incroyable mais vrai!
    « Ce gouvernement, qui s'est fait élire en promettant aux petites banlieues le retour à l'Eden, vient encore de sévir.

    Ces grands gestionnaires de l'État qui, d'une part, veulent faire de Montréal une ville internationale; l'équipent d'autre part de structures administratives comme un petit bled perdu au fond des bois.

    Quand une ville possède un poids démographique de 87% dans une région, comment se fait-il qu'on donne des bâtons pour les roues aux 13 autres %. Expliquez-moi quelqu'un où ce gouvernement s'en va! Où dorment les «lucides»? »

  • william morris
    Abonné
    jeudi 21 juin 2007 10h34
    Les gens refusent de ramer ensemble...
    « Bonjour,

    Cette nouvelle transformation envisagée par le gouvernement du Québec pour la gouvernance du Grand Montréal va, encore une fois, paralyser la Ville de Montréal au profit de petites villes de banlieue. C'est scandaleux. Le mot est faible. Tout se passe comme si le Parti libéral du Québec est, encore et toujours, prêt à affaiblir la Ville de Montréal, pour conserver des votes dans le West Island. Rien ne montre davantage la profonde décadence de ce parti et aussi les obatacles renouvelés dans le chemin de Montréal pour devenir une grande ville forte et compétitive.

    Comparons avec Toronto, ou bien Chicago, où les choses marchent, parce qu'il n'existe pas de structures bureaucratiques inutiles.

    Il faut mettre dehors ce parti à la première occasion.

    Humblement soumis.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com »

  • Thierry Larrivée
    Abonné
    jeudi 21 juin 2007 11h15
    PLQuoi déjà?
    « Après le Suroît, les écoles juïves, le mont Orford,le conseil d'agglomération de la Rive-Sud taillé sur mesure pour permettre aux défusionnés biens nantis de foutre le bordel dans une ville-région qui avait tous les atouts pour réussir, voilà que le Parti Libéral du Québec vient mettre des bâtons dans les roues de la métropole des Québécois... On commence vraiment à se demander si le PLQ est un parti qui s'adresse vraiment à TOUS les Québécois, peu importe la grandeur et la teinte de leur pelouse... »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    jeudi 21 juin 2007 12h42
    L'agonie de la "vache à lait"
    « Imaginons simplement pareille décision sous l'ère Drapeau! Impensable! Montréal à cette était aussi prestigieuse qu'une province et "occupait" réellement, et même plus, la place qui lui revient: celui d'une métropole! Lorsqu'une ville d'une telle envergure en est réduite à devoir se battre avec ses banlieues sans plus d'influence, le déclin est véritablement amorçé et la "vache à lait" du Québec s'éteint de plus en plus, au profit des roitelets dodus! »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    jeudi 21 juin 2007 13h14
    Attention ! Une nouvelle attaque de la «structuratite» aigue
    « Dès le début du projet des fusions municipale, le gouvernement n'a pas essayé de faire reposer ce projet sur une amélioration des règles de gouvernance, notamment sur le fait que les élus (et les hauts fonctionnaires) soient pleinement responsables de gérer la production d'un ensemble de services (de la taxation, en passant par la production et la livraison et à la reddition de compte). Les municipalités avaient peu d'autonomie ; en ne réalisant pas des économies d'échelle lors des fusions, elles en n'ont encore moins. Le gouvernement voulait que les municipalités fusionnées puissent mieux gérer de grands dossiers ; mais plus les projets sont gros et coûteux, moins elles sont autonomes. Le gouvernement a même refusé de discuter de la possibilité que les fusions génèrent des déséconomies d'échelle ; aujourd'hui on nage dans celles-ci.

    Quand on ne recherche pas à réaliser des économies d'échelle, on donne le message que l'efficience ce n'est pas important. Quand un système encourage l'esprit de clocher il ne faut pas se surprendre qu'il soit florissant. Je dirais que l'on n'a pas créé les conditions pour faire en sorte que les citoyens comprennent qu'il leur est profitable de mettre en commun des ressources et de prendre ensemble des décisions pour réaliser des économies d'échelle. En fait, quand les fusions font l'inverse, il est tout à fait prévisible de voir une montée de l'esprit de clocher.

    Montréal n'a pu réaliser en 2006 son plan de renouvellement de l'infrastructure des services d'eau et d'égout parce que les subventions n'étaient pas au rendez-vous. Bienvenue au monde de la déresponsabilisation. Comment explique-t-on que peu de jour avant l'ouverture de la station de métro de Laval, on n'avait pas déterminé la répartition des tâches et des coûts annuels d'entretien ? Ceci aurait dû être fait avant la levée de la première pelletée de terre... Quand on ne solutionne pas le problème des cols bleus de la ville de Montréal avant la fusion, le problème s'étend par la suite à toute l'île.

    Face aux problèmes et aux critiques, le gouvernement alourdi de plus en plus les structures de décisions. Plus on tente d'uniformiser, plus il y a de mécontents et plus on met des représentants de tous et chacun dans le processus décisionnel. On souffre d'une «structuratite» aigue.

    Jean-Pierre Aubry
    économiste »

  • Jean-Marc Chevalier
    Abonné
    jeudi 21 juin 2007 17h14
    Ces villes doivent contribuer à la ville centre qui les fait vivre.
    « Le gouvernement ne devrait pas légiférer contre l'intérêt de la majorité en faveur d'une minorité qui ne manque déjà de rien. J'espère que l'ADQ et le PQ n'accepteront jamais de donner leur appui à ce projet de loi. »

  • Daniel Valiquette
    Inscrit
    jeudi 21 juin 2007 18h50
    Je n'y crois pas encore !
    « Quelle invraisemblance ! Je suis tellement déçu. Mais il faut comprendre que cette mesure, qui deviendra loi, est purement électoraliste comme ce gouvernement l'admet bien depuis sa réélection. Il faut faire face à la machine adéquiste, et celle-ci est purement classe moyenne. Ces gens veulent payer des taxes qui les mettront à l'abris de la grosse méchante ville, assoiffée de banlieusards. »

  • Pierre Purenne
    Abonné
    vendredi 22 juin 2007 10h17
    La CUM
    « Il est plutôt ironique de constater que les villes de banlieu qui ne pensaient qu'à démanteler la CUM avant les fusions, réclament aujourd'hui une structure semblable à la CUM. "La misère des riches". »

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