La banlieue se cherche un nouveau visage
Cinq agglomérations du 450 veulent redéfinir leur paysage architectural
L'ère des bungalows assortis en rangée dans des rues sans arbres et sans trottoirs, des interminables boulevards commerciaux sans âme où se succèdent stations-service, Burger King, Canadian Tire et steak houses, ou encore des agrégats de maisons démesurées au style architectural néo-douteux, serait-elle sur le point de disparaître du 450?
Cinq agglomérations de la rive sud de Montréal en rêvent. Et pour améliorer un peu leur image et davantage leur cadre de vie et leur environnement visuel, elles cherchent désormais à définir, avec l'aide d'architectes, d'urbanistes, de designers, de paysagistes ou d'ingénieurs, ce que pourraient bien être les nouveaux paysages de la banlieue. Une tâche complexe mais nécessaire pour le «branding» de ces municipalités et le bien-être des résidants, estiment désormais quelques élus et fonctionnaires locaux.
«Le développement de la banlieue dans les dernières années a été très rapide et pas toujours bien orchestré», résume Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la chaire Unesco en paysage et environnement de l'Université de Montréal et l'homme derrière cette idée de repenser les paysages publics du 450. «Conséquence: nous avons assisté à une certaine banalisation et même à une dégradation de la qualité des paysages et de l'environnement dans ces coins. Et forcément, aujourd'hui, une réflexion s'impose.»
À Longueuil, à Boucherville, à Saint-Bruno, à Brossard et à Saint-Lambert, la chose semble avoir été entendue. Au cours des prochains jours, ces cinq villes vont devenir en effet le terrain d'ateliers, planifiés par la chaire, d'«idéation en design urbain» et d'«invention de nouvelles qualités paysagères». Le ministère des Affaires municipales et des Régions, celui de la Culture et la Conférence régionale des élus de Longueuil sont aussi dans le coup.
La quête d'une identité
Dans les grandes lignes, le projet consiste à donner à cinq groupes d'experts en développement urbain cinq endroits du 450, actuellement bâtis ou en cours de construction. L'objectif est clair: repenser ces secteurs de manière à résoudre les problèmes du moment dans plusieurs paysages de la couronne Sud de Montréal qui peinent à revendiquer une véritable identité culturelle et offrent du même coup un cadre de vie déficient. «Ces paysages sont construits par des promoteurs qui ne mettent pas ce genre de considération dans leurs projets de développement», dit M. Poullaouec-Gonidec.
À ce titre, le cas de Brossard est flagrant. Là, les escouades du paysage vont devoir, par exemple, se pencher sur le corridor de la rivière Saint-Jacques, un secteur de 10 km2 où nature et ville se côtoient... sans se voir vraiment. Pis, plusieurs «quartiers résidentiels et industriels tournent le dos au milieu naturel», peut-on lire dans le document de présentation des espaces à valoriser, qui souligne au passage que ladite rivière n'a jamais été au coeur des préoccupations.
L'anecdote est étonnante, surtout quand on sait qu'ailleurs sur le territoire de la ville un lotissement s'est récemment imposé en vendant aux acheteurs de maison un cadre de vie reposant justement sur le thème de la rivière. Ironiquement, ce développement résidentiel pour la classe moyenne exploite pour les besoins de la cause... un vulgaire drain agricole.
Loin de ce paradoxe, l'équipe d'experts va donc être invitée, dans ce cadre, à «retisser la nature dans la ville» et à tirer profit des espaces verts existants de manière à induire un développement cohérent du secteur et surtout une «interaction positive entre le cadre bâti et le cadre naturel», indique le document. Le défi est lancé.
Une histoire de coeur
Cette cohérence, Boucherville la recherche aussi pour le centre-ville, qu'elle aimerait bien voir apparaître autour des boulevards d'Avaugour et Lionel-Daunais, une zone sur laquelle le projet paysager de la chaire Unesco va se pencher. Histoire de dégager des lignes paysagères distinctives.
«Nous cherchons à caractériser un centre urbain dans lequel les gens vont pouvoir se retrouver et auquel ils pourront s'identifier, dit l'architecte Pierre Pion, directeur du développement urbain dans cette municipalité du 450. L'objectif est bien sûr de sortir de cette logique de banlieue-ville dortoir et d'offrir dans ce centre-ville un cadre de vie fonctionnel et agréable en même temps.»
Dans ce monde, l'architecture contemporaine sera reine, annonce-t-il. Les constructions s'affichant par mimétisme dans des styles loin d'être propres à la région (le style napoléonien de certaines monster houses est ici montré du doigt) y seront bannies, contrairement aux trottoirs larges avec terrasse ou aux réseaux piétonniers et cyclables. L'équipe de penseurs du quotidien paysager de Boucherville va d'ailleurs devoir prendre cela en compte pour imaginer ce coeur urbain.
À cet endroit mais aussi à Brossard, à Saint-Bruno, où la construction d'un paysage emblématique autour de la montagne est à l'honneur, à Longueuil, sur le boulevard Jacques-Cartier, ou encore dans le secteur de la gare de Saint-Lambert, ces penseurs devront d'ailleurs faire vite pour accoucher d'un projet et imaginer le paysage idéal pour le 450 de demain. L'exercice se déroule en effet sur six jours seulement du 7 au 12 mai prochain. Les propositions feront l'objet d'un forum public 12 jours plus tard.
«Tout ça peut rester très théorique et finalement ne jamais voir le jour, dit M. Poullaouec-Gonidec. Mais j'en doute. Dans ces municipalités, le paysage est vraiment en train de devenir une préoccupation, car c'est quelque chose qui peut donner de la valeur ajoutée à une ville. Les élus en sont de plus en plus conscients.»
Pierre Pion le confirme. «L'exercice d'idéation va nous donner de très bonnes orientations pour la planification de notre centre, dit-il. Et avec un conseil [municipal] qui a de la volonté et qui veut résister aux pressions extérieures [comprendre: les promoteurs], on peut être sûr que ces projets vont dépasser le cadre des tables à dessin.»
Le spectre du centre-ville manqué de Laval — un projet dont les élus du coin ont rêvé avant de céder aux pressions des promoteurs de centres... commerciaux — risque toutefois de planer un peu au-dessus de Boucherville. Mais pour cette ville, la pression risque toutefois d'être plus forte qu'elle ne l'a été pour sa cousine de la couronne Nord.
C'est que le projet de construction des paysages du 450 de la chaire Unesco s'inscrit en effet dans une réflexion internationale plus large sur les banlieues et le développement durable, qui touche 14 villes dans neuf pays. «Et l'idée d'une réflexion sur le terrain, dit M. Poullaouec-Gonidec, c'est justement de voir émerger des solutions concrètes qui vont par la suite devenir des exemples.» Des exemples de réussite ou d'échec, qui sait?
Cinq agglomérations de la rive sud de Montréal en rêvent. Et pour améliorer un peu leur image et davantage leur cadre de vie et leur environnement visuel, elles cherchent désormais à définir, avec l'aide d'architectes, d'urbanistes, de designers, de paysagistes ou d'ingénieurs, ce que pourraient bien être les nouveaux paysages de la banlieue. Une tâche complexe mais nécessaire pour le «branding» de ces municipalités et le bien-être des résidants, estiment désormais quelques élus et fonctionnaires locaux.
«Le développement de la banlieue dans les dernières années a été très rapide et pas toujours bien orchestré», résume Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la chaire Unesco en paysage et environnement de l'Université de Montréal et l'homme derrière cette idée de repenser les paysages publics du 450. «Conséquence: nous avons assisté à une certaine banalisation et même à une dégradation de la qualité des paysages et de l'environnement dans ces coins. Et forcément, aujourd'hui, une réflexion s'impose.»
À Longueuil, à Boucherville, à Saint-Bruno, à Brossard et à Saint-Lambert, la chose semble avoir été entendue. Au cours des prochains jours, ces cinq villes vont devenir en effet le terrain d'ateliers, planifiés par la chaire, d'«idéation en design urbain» et d'«invention de nouvelles qualités paysagères». Le ministère des Affaires municipales et des Régions, celui de la Culture et la Conférence régionale des élus de Longueuil sont aussi dans le coup.
La quête d'une identité
Dans les grandes lignes, le projet consiste à donner à cinq groupes d'experts en développement urbain cinq endroits du 450, actuellement bâtis ou en cours de construction. L'objectif est clair: repenser ces secteurs de manière à résoudre les problèmes du moment dans plusieurs paysages de la couronne Sud de Montréal qui peinent à revendiquer une véritable identité culturelle et offrent du même coup un cadre de vie déficient. «Ces paysages sont construits par des promoteurs qui ne mettent pas ce genre de considération dans leurs projets de développement», dit M. Poullaouec-Gonidec.
À ce titre, le cas de Brossard est flagrant. Là, les escouades du paysage vont devoir, par exemple, se pencher sur le corridor de la rivière Saint-Jacques, un secteur de 10 km2 où nature et ville se côtoient... sans se voir vraiment. Pis, plusieurs «quartiers résidentiels et industriels tournent le dos au milieu naturel», peut-on lire dans le document de présentation des espaces à valoriser, qui souligne au passage que ladite rivière n'a jamais été au coeur des préoccupations.
L'anecdote est étonnante, surtout quand on sait qu'ailleurs sur le territoire de la ville un lotissement s'est récemment imposé en vendant aux acheteurs de maison un cadre de vie reposant justement sur le thème de la rivière. Ironiquement, ce développement résidentiel pour la classe moyenne exploite pour les besoins de la cause... un vulgaire drain agricole.
Loin de ce paradoxe, l'équipe d'experts va donc être invitée, dans ce cadre, à «retisser la nature dans la ville» et à tirer profit des espaces verts existants de manière à induire un développement cohérent du secteur et surtout une «interaction positive entre le cadre bâti et le cadre naturel», indique le document. Le défi est lancé.
Une histoire de coeur
Cette cohérence, Boucherville la recherche aussi pour le centre-ville, qu'elle aimerait bien voir apparaître autour des boulevards d'Avaugour et Lionel-Daunais, une zone sur laquelle le projet paysager de la chaire Unesco va se pencher. Histoire de dégager des lignes paysagères distinctives.
«Nous cherchons à caractériser un centre urbain dans lequel les gens vont pouvoir se retrouver et auquel ils pourront s'identifier, dit l'architecte Pierre Pion, directeur du développement urbain dans cette municipalité du 450. L'objectif est bien sûr de sortir de cette logique de banlieue-ville dortoir et d'offrir dans ce centre-ville un cadre de vie fonctionnel et agréable en même temps.»
Dans ce monde, l'architecture contemporaine sera reine, annonce-t-il. Les constructions s'affichant par mimétisme dans des styles loin d'être propres à la région (le style napoléonien de certaines monster houses est ici montré du doigt) y seront bannies, contrairement aux trottoirs larges avec terrasse ou aux réseaux piétonniers et cyclables. L'équipe de penseurs du quotidien paysager de Boucherville va d'ailleurs devoir prendre cela en compte pour imaginer ce coeur urbain.
À cet endroit mais aussi à Brossard, à Saint-Bruno, où la construction d'un paysage emblématique autour de la montagne est à l'honneur, à Longueuil, sur le boulevard Jacques-Cartier, ou encore dans le secteur de la gare de Saint-Lambert, ces penseurs devront d'ailleurs faire vite pour accoucher d'un projet et imaginer le paysage idéal pour le 450 de demain. L'exercice se déroule en effet sur six jours seulement du 7 au 12 mai prochain. Les propositions feront l'objet d'un forum public 12 jours plus tard.
«Tout ça peut rester très théorique et finalement ne jamais voir le jour, dit M. Poullaouec-Gonidec. Mais j'en doute. Dans ces municipalités, le paysage est vraiment en train de devenir une préoccupation, car c'est quelque chose qui peut donner de la valeur ajoutée à une ville. Les élus en sont de plus en plus conscients.»
Pierre Pion le confirme. «L'exercice d'idéation va nous donner de très bonnes orientations pour la planification de notre centre, dit-il. Et avec un conseil [municipal] qui a de la volonté et qui veut résister aux pressions extérieures [comprendre: les promoteurs], on peut être sûr que ces projets vont dépasser le cadre des tables à dessin.»
Le spectre du centre-ville manqué de Laval — un projet dont les élus du coin ont rêvé avant de céder aux pressions des promoteurs de centres... commerciaux — risque toutefois de planer un peu au-dessus de Boucherville. Mais pour cette ville, la pression risque toutefois d'être plus forte qu'elle ne l'a été pour sa cousine de la couronne Nord.
C'est que le projet de construction des paysages du 450 de la chaire Unesco s'inscrit en effet dans une réflexion internationale plus large sur les banlieues et le développement durable, qui touche 14 villes dans neuf pays. «Et l'idée d'une réflexion sur le terrain, dit M. Poullaouec-Gonidec, c'est justement de voir émerger des solutions concrètes qui vont par la suite devenir des exemples.» Des exemples de réussite ou d'échec, qui sait?
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