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La banlieue se cherche un nouveau visage

Cinq agglomérations du 450 veulent redéfinir leur paysage architectural

Fabien Deglise   21 avril 2007  Villes et régions
L'ère des bungalows assortis en rangée dans des rues sans arbres et sans trottoirs, des interminables boulevards commerciaux sans âme où se succèdent stations-service, Burger King, Canadian Tire et steak houses, ou encore des agrégats de maisons démesurées au style architectural néo-douteux, serait-elle sur le point de disparaître du 450?

Cinq agglomérations de la rive sud de Montréal en rêvent. Et pour améliorer un peu leur image et davantage leur cadre de vie et leur environnement visuel, elles cherchent désormais à définir, avec l'aide d'architectes, d'urbanistes, de designers, de paysagistes ou d'ingénieurs, ce que pourraient bien être les nouveaux paysages de la banlieue. Une tâche complexe mais nécessaire pour le «branding» de ces municipalités et le bien-être des résidants, estiment désormais quelques élus et fonctionnaires locaux.

«Le développement de la banlieue dans les dernières années a été très rapide et pas toujours bien orchestré», résume Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la chaire Unesco en paysage et environnement de l'Université de Montréal et l'homme derrière cette idée de repenser les paysages publics du 450. «Conséquence: nous avons assisté à une certaine banalisation et même à une dégradation de la qualité des paysages et de l'environnement dans ces coins. Et forcément, aujourd'hui, une réflexion s'impose.»

À Longueuil, à Boucherville, à Saint-Bruno, à Brossard et à Saint-Lambert, la chose semble avoir été entendue. Au cours des prochains jours, ces cinq villes vont devenir en effet le terrain d'ateliers, planifiés par la chaire, d'«idéation en design urbain» et d'«invention de nouvelles qualités paysagères». Le ministère des Affaires municipales et des Régions, celui de la Culture et la Conférence régionale des élus de Longueuil sont aussi dans le coup.

La quête d'une identité

Dans les grandes lignes, le projet consiste à donner à cinq groupes d'experts en développement urbain cinq endroits du 450, actuellement bâtis ou en cours de construction. L'objectif est clair: repenser ces secteurs de manière à résoudre les problèmes du moment dans plusieurs paysages de la couronne Sud de Montréal qui peinent à revendiquer une véritable identité culturelle et offrent du même coup un cadre de vie déficient. «Ces paysages sont construits par des promoteurs qui ne mettent pas ce genre de considération dans leurs projets de développement», dit M. Poullaouec-Gonidec.

À ce titre, le cas de Brossard est flagrant. Là, les escouades du paysage vont devoir, par exemple, se pencher sur le corridor de la rivière Saint-Jacques, un secteur de 10 km2 où nature et ville se côtoient... sans se voir vraiment. Pis, plusieurs «quartiers résidentiels et industriels tournent le dos au milieu naturel», peut-on lire dans le document de présentation des espaces à valoriser, qui souligne au passage que ladite rivière n'a jamais été au coeur des préoccupations.

L'anecdote est étonnante, surtout quand on sait qu'ailleurs sur le territoire de la ville un lotissement s'est récemment imposé en vendant aux acheteurs de maison un cadre de vie reposant justement sur le thème de la rivière. Ironiquement, ce développement résidentiel pour la classe moyenne exploite pour les besoins de la cause... un vulgaire drain agricole.

Loin de ce paradoxe, l'équipe d'experts va donc être invitée, dans ce cadre, à «retisser la nature dans la ville» et à tirer profit des espaces verts existants de manière à induire un développement cohérent du secteur et surtout une «interaction positive entre le cadre bâti et le cadre naturel», indique le document. Le défi est lancé.

Une histoire de coeur

Cette cohérence, Boucherville la recherche aussi pour le centre-ville, qu'elle aimerait bien voir apparaître autour des boulevards d'Avaugour et Lionel-Daunais, une zone sur laquelle le projet paysager de la chaire Unesco va se pencher. Histoire de dégager des lignes paysagères distinctives.

«Nous cherchons à caractériser un centre urbain dans lequel les gens vont pouvoir se retrouver et auquel ils pourront s'identifier, dit l'architecte Pierre Pion, directeur du développement urbain dans cette municipalité du 450. L'objectif est bien sûr de sortir de cette logique de banlieue-ville dortoir et d'offrir dans ce centre-ville un cadre de vie fonctionnel et agréable en même temps.»

Dans ce monde, l'architecture contemporaine sera reine, annonce-t-il. Les constructions s'affichant par mimétisme dans des styles loin d'être propres à la région (le style napoléonien de certaines monster houses est ici montré du doigt) y seront bannies, contrairement aux trottoirs larges avec terrasse ou aux réseaux piétonniers et cyclables. L'équipe de penseurs du quotidien paysager de Boucherville va d'ailleurs devoir prendre cela en compte pour imaginer ce coeur urbain.

À cet endroit mais aussi à Brossard, à Saint-Bruno, où la construction d'un paysage emblématique autour de la montagne est à l'honneur, à Longueuil, sur le boulevard Jacques-Cartier, ou encore dans le secteur de la gare de Saint-Lambert, ces penseurs devront d'ailleurs faire vite pour accoucher d'un projet et imaginer le paysage idéal pour le 450 de demain. L'exercice se déroule en effet sur six jours seulement du 7 au 12 mai prochain. Les propositions feront l'objet d'un forum public 12 jours plus tard.

«Tout ça peut rester très théorique et finalement ne jamais voir le jour, dit M. Poullaouec-Gonidec. Mais j'en doute. Dans ces municipalités, le paysage est vraiment en train de devenir une préoccupation, car c'est quelque chose qui peut donner de la valeur ajoutée à une ville. Les élus en sont de plus en plus conscients.»

Pierre Pion le confirme. «L'exercice d'idéation va nous donner de très bonnes orientations pour la planification de notre centre, dit-il. Et avec un conseil [municipal] qui a de la volonté et qui veut résister aux pressions extérieures [comprendre: les promoteurs], on peut être sûr que ces projets vont dépasser le cadre des tables à dessin.»

Le spectre du centre-ville manqué de Laval — un projet dont les élus du coin ont rêvé avant de céder aux pressions des promoteurs de centres... commerciaux — risque toutefois de planer un peu au-dessus de Boucherville. Mais pour cette ville, la pression risque toutefois d'être plus forte qu'elle ne l'a été pour sa cousine de la couronne Nord.

C'est que le projet de construction des paysages du 450 de la chaire Unesco s'inscrit en effet dans une réflexion internationale plus large sur les banlieues et le développement durable, qui touche 14 villes dans neuf pays. «Et l'idée d'une réflexion sur le terrain, dit M. Poullaouec-Gonidec, c'est justement de voir émerger des solutions concrètes qui vont par la suite devenir des exemples.» Des exemples de réussite ou d'échec, qui sait?
 
 
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  • LeRévoltéTranquille - Abonné
    26 avril 2007 18 h 01
    Inventivité... quand on en a les moyens !
    La recherche d'une identité propre aux banlieues semble découler d'une propension (malsaine ou pas, ça reste à voir) à vouloir se démarquer à tout prix non seulement de ses voisines (la fusion de ces municipalité n'est plus qu'un lointain souvenir) mais aussi de Montréal où la pauvreté galopante résulte en bonne partie par son abandon progressif par la classe moyenne et le transport de ses ressources (financières et intellectuelles) vers le mirage banlieusard (terrains et infrastructures pas chères, mais de qualité discutable).

    Le (non-)aménagement criant des années soixante doit être contrecarré de toute urgence, mais cela résultera en un patchwork indigeste de quartiers de maisons (très) modestes, de développements de bungalows de qualité potable construits depuis 1955 environ, d'autres de monster homes hors-proportion, hors-goût, hors-tout, et enfin de lubies constructivistes de nos urbanistes d'aujourd'hui et de demain.

    Des solutions si simples et peu coûteuses sont pourtant à portée de la main:

    - reconstruire les rues résidentielles avec un trottoir seulement (pourquoi toujours deux ? deux fois plus de béton, deux fois plus de paiements aux entrepreneurs ??);

    - rétrécir celles-çi pour qu'elles soient carrossables par une voiture seulement à la fois (trois voies au total), principe de traffic calming de base;

    - optimiser et intensifier l'offre de transport en commun vers et entre les points d'intérêt de ces municipalités, ainsi qu'entre celles-çi et MTL;

    - Offrir des programmes de subventions en rénovation résidentielle pour retaper les maisons des quartiers devenus "populaires" avec le temps (maisons datant d'avant 1980 environ);

    - interdire un fois pour toutes le développement des berges, des rives et des littoraux par la colonisation des nouveaux-riches et de leurs monster homes décadentes et d'un goût hideux, et expropriation de toute maison située en rive irrécupérable à la fin de sa vie utile;

    - interdire le rachat et le remembrement de terrains contigus aux monster homes existants des terrains ce ces maisons en fin de vie utile pour limiter le potentiel de privatisation des rives et des milieux humides ou forestiers;

    - Se faire immédiatement une réserve foncière par règlement municipal de tout terrain vacant d'intérêt écologique ou paysager, en rives notamment (on pense par exemple à la perte imminente du domaine du restaurant La Saulaie au bord du fleuve à Boucherville, ou encore les rives en général des rivières Des Prairies et Des Mille-îles à Laval);

    - repenser le développement de ces zones en mettant en valeur leur potentiel naturel, écologique et paysager et en permettant le développement résidentiel et insitutitionnel léger, mais pas commercial ou industriel, en interdisant notamment qu'une maison ou un aménagement fasse dos à la rivière, au lac ou bloque la vue à un site d'enjeu paysager de qualité (montagne, vallée, falaise, etc.).

    Quoi de mieux que ces simples règles pour revitaliser la fréquentation d'un petit centre-ville touristique (Longueuil, St-Bruno et Boucherville, notamment) et assurer une qualité de vie optimale pour tous.

    Il ne faut pas cependant succomber à certaines visions d'aménagistes exaltés qui nous proposent des solutions dans un cadre bâti architectural qui gagne des prix mais qui rime sans raison à un idéal impossible à atteindre pour les ressources relativement limitées de la classe moyenne.

    P.S.:
    Cet article éminemment intéressant est passé inaperçu par les intéressé(e)s au premier chef, c'-à-d les citoyens du 450-Nord-et-Sud, et c'est dommage car on gagnerait à articuler collectivement un discours sur la qualité de vie qui dépasse celui du nombre de pieds carrés de la maison, de la vigueur du gazon, la profondeur de la piscine, de la longueur du driveway ou du nombre de BTU que dégage notre turbo-barbecue dernier cri...
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  • anabelle cadieux - Inscrit
    10 février 2010 14 h 59
    architecture de paysage
    Je suis seulement un peu déçu que vous mentionné M.Poullaouec-Gonidec sans mentionner les architectes paysagistes dans votre énumération' d'architectes, d'urbanistes, de designers, de paysagistes ou d'ingénieurs'. Ceux-ci sont en quelques sortent des planificateurs qui conçoivent en tenant compte de tout les aspect d'un lieu. Triste aussi qu'il ne sont pas consulté avant l'orchestration de ces banlieues sans vie....
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