L'économie sociale financera le Quartier des spectacles
Au carrefour des cultures populaire, underground et avec un grand C, là où se croisent la rue Sainte-Catherine et le boulevard Saint-Laurent, Montréal projette d’ériger un édifice dédié à la culture montréalaise. L’immeuble construit selon l
La perception d'immobilisme au Québec risque d'être sérieusement ébranlée alors qu'une tornade culturelle se prépare au centre-ville de Montréal. La Ville a en effet entre les mains une proposition détaillée du très attendu Quartier des spectacles, qui pourrait prendre son élan dès 2007 avec des partenaires d'économie sociale.
Comme l'a appris Le Devoir, le dossier, dont le projet principal est un édifice appelé symboliquement Red Light et qui s'élèvera au croisement des deux Mains de Montréal, a fait l'objet d'une présentation officielle hier devant les membres de l'organisme Partenariat du Quartier des spectacles. C'est un organisme à but non lucratif (OBNL), la Société de développement Angus (SDA), qui agit à titre de promoteur du projet en collaboration avec Montréal et des acteurs de l'économie sociale, dont le fonds des travailleurs de la CSN, Fondaction.
Le Quartier des spectacles se déclinerait en deux pôles majeurs, l'un à l'intersection de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, l'autre à proximité de la Place des Arts, sur un quadrilatère connu comme l'îlot Balmoral. Pour l'instant, le premier pôle prend une forme concrète à travers un plan de revitalisation du boulevard Saint-Laurent, sur un tronçon délimité au sud par le boulevard René-Lévesque et au nord par la rue Sainte-Catherine.
La revitalisation proposée par la SDA, qui a été mandatée conjointement par la Ville de Montréal et l'arrondissement de Ville-Marie en mai dernier, prévoit trois phases de développement pouvant s'étaler sur les cinq prochaines années et nécessiter quelque 100 millions de dollars en investissement. Contrairement à d'autres grands projets qui ont achoppé au cours des derniers mois, celui-ci tente d'intégrer ou du moins d'informer la communauté. Les organismes Cactus et Stella ainsi que le Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance ont été rencontrés.
La construction d'un immeuble à l'angle Sainte-Catherine et Saint-Laurent constitue la première phase de la proposition. Si le projet d'érection de ce bâtiment est déjà connue puisque Montréal a entrepris les démarches d'expropriation du peep-show sur le site visé (1,9 million), son ampleur était tenue jusque-là dans le secret. L'immeuble de huit étages s'articulerait autour de trois fonctions culturelles, dont une billetterie centrale pour tous les spectacles, les expositions, les divertissements à Montréal, la Maison de l'image et de la photographie, des espaces locatifs, ainsi qu'un lieu pour des lancements culturels (voir autre texte en page B 8).
Cet immeuble nommé le Red Light apparaît comme l'impulsion que souhaite donner Montréal au Quartier des spectacles. Le maire de l'arrondissement de Ville-Marie, Benoît Labonté, s'enthousiasme pour le projet, donnant l'assurance qu'il franchit ainsi l'étape de la mise en oeuvre. «Ça va en droite ligne avec la vision développée par le Partenariat. Je suis extrêmement satisfait», dit M. Labonté.
Il ajoute qu'il est hors de question d'aseptiser le quartier où s'entrechoquent diverses réalités culturelles et problématiques sociales (prostitution, drogue, itinérance, par exemple). «La mixité culturelle est très importante. L'idée n'est surtout pas d'éloigner les petites salles ou les arts et artistes émergents. Au contraire, c'est de s'assurer qu'ils aient leur place. Le Montréal culturel, c'est aussi le Montréal Pool Room. Vous ne trouverez pas chez moi un partisan de la démolition à tout prix», affirme M. Labonté.
Pour ce seul immeuble, le promoteur prévoit un investissement de 20 millions, dont 11 millions seraient investis par le privé. Le promoteur est donc aussi un des investisseurs. «Il n'y a pas un individu qui va faire de l'argent sur le projet. Personne ne va profiter de la plus-value que donnerait une éventuelle subvention. Il y a une rentabilité, oui, mais pour un OBNL, pour un fonds de travailleurs, pour la Caisse d'économie solidaire. C'est ça, l'économie sociale», explique Christian Yaccarini, p.-d.g. de la Société de développement Angus.
Pour la SDA, il s'agit d'un premier projet hors de son périmètre habituel qu'est le parc industriel Angus. «Nous sommes intéressés à exporter notre expertise qui est triple: revitalisation urbaine, montage de projets et construction de bâtiments écologiques sans dépassement de coûts», ajoute M. Yaccarini.
Le plan qu'il propose prévoit également la conversion des chambres pour étudiants situées dans la Maison du prêt d'honneur, située à l'angle de René-Lévesque et de Saint-Laurent, en des résidences pour artistes, techniciens ou autres travailleurs de l'industrie culturelle de passage à Montréal. L'hypothèse a fait l'objet de discussions préliminaires et doit être soumise au ministre de l'Éducation puisque l'immeuble est actuellement sous la responsabilité du Cégep du Vieux-Montréal.
Aussi, la revitalisation vise le site de la station de métro Saint-Laurent, actuellement sur un terrain désolé. L'hypothèse actuellement étudiée est d'y construire un immeuble (investissement privé) afin d'y loger la mairie de Ville-Marie. L'arrondissement est actuellement locataire à la Place Dupuis. Pourrait également s'y installer le département d'urbanisme de l'UQAM.
Outre ces trois phases, le Quartier des spectacles souhaite étendre ses tentacules à l'îlot Balmoral longtemps identifié comme emplacement pour la future salle de l'Orchestre symphonique de Montréal. Or Québec a annoncé en juin dernier que la salle de l'OSM sera érigée sur l'esplanade de la Place des Arts.
Mardi dernier, l'arrondissement de Ville-Marie a consacré la vocation culturelle de l'îlot Balmoral. Le maire Labonté espère ainsi y développer un projet. Deux immeubles actuellement vides pourraient être transformés en atelier d'artistes. Aussi, l'immense terrain adjacent pourrait avoir une vocation mixte: bureaux et commerces culturels, souligne Charles Lapointe, président du conseil d'administration du Partenariat. «On sait que les Grands Ballets canadiens ont besoin d'espace. Je pense en particulier aux terrains avant. Il y a peut-être quelque chose à faire sur cet îlot-là pour la danse», ajoute-t-il.
Mais rien n'est ficelé. D'ailleurs, le maire Labonté ne cache pas qu'il reste encore beaucoup à faire. La tenue à Montréal en 2007 du sommet de la culture pourrait favoriser la concrétisation du Quartier des spectacles. Les gouvernements fédéral et provincial seront sollicités au cours des prochaines semaines.
***
Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux-Soucy
Comme l'a appris Le Devoir, le dossier, dont le projet principal est un édifice appelé symboliquement Red Light et qui s'élèvera au croisement des deux Mains de Montréal, a fait l'objet d'une présentation officielle hier devant les membres de l'organisme Partenariat du Quartier des spectacles. C'est un organisme à but non lucratif (OBNL), la Société de développement Angus (SDA), qui agit à titre de promoteur du projet en collaboration avec Montréal et des acteurs de l'économie sociale, dont le fonds des travailleurs de la CSN, Fondaction.
Le Quartier des spectacles se déclinerait en deux pôles majeurs, l'un à l'intersection de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, l'autre à proximité de la Place des Arts, sur un quadrilatère connu comme l'îlot Balmoral. Pour l'instant, le premier pôle prend une forme concrète à travers un plan de revitalisation du boulevard Saint-Laurent, sur un tronçon délimité au sud par le boulevard René-Lévesque et au nord par la rue Sainte-Catherine.
La revitalisation proposée par la SDA, qui a été mandatée conjointement par la Ville de Montréal et l'arrondissement de Ville-Marie en mai dernier, prévoit trois phases de développement pouvant s'étaler sur les cinq prochaines années et nécessiter quelque 100 millions de dollars en investissement. Contrairement à d'autres grands projets qui ont achoppé au cours des derniers mois, celui-ci tente d'intégrer ou du moins d'informer la communauté. Les organismes Cactus et Stella ainsi que le Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance ont été rencontrés.
La construction d'un immeuble à l'angle Sainte-Catherine et Saint-Laurent constitue la première phase de la proposition. Si le projet d'érection de ce bâtiment est déjà connue puisque Montréal a entrepris les démarches d'expropriation du peep-show sur le site visé (1,9 million), son ampleur était tenue jusque-là dans le secret. L'immeuble de huit étages s'articulerait autour de trois fonctions culturelles, dont une billetterie centrale pour tous les spectacles, les expositions, les divertissements à Montréal, la Maison de l'image et de la photographie, des espaces locatifs, ainsi qu'un lieu pour des lancements culturels (voir autre texte en page B 8).
Cet immeuble nommé le Red Light apparaît comme l'impulsion que souhaite donner Montréal au Quartier des spectacles. Le maire de l'arrondissement de Ville-Marie, Benoît Labonté, s'enthousiasme pour le projet, donnant l'assurance qu'il franchit ainsi l'étape de la mise en oeuvre. «Ça va en droite ligne avec la vision développée par le Partenariat. Je suis extrêmement satisfait», dit M. Labonté.
Il ajoute qu'il est hors de question d'aseptiser le quartier où s'entrechoquent diverses réalités culturelles et problématiques sociales (prostitution, drogue, itinérance, par exemple). «La mixité culturelle est très importante. L'idée n'est surtout pas d'éloigner les petites salles ou les arts et artistes émergents. Au contraire, c'est de s'assurer qu'ils aient leur place. Le Montréal culturel, c'est aussi le Montréal Pool Room. Vous ne trouverez pas chez moi un partisan de la démolition à tout prix», affirme M. Labonté.
Pour ce seul immeuble, le promoteur prévoit un investissement de 20 millions, dont 11 millions seraient investis par le privé. Le promoteur est donc aussi un des investisseurs. «Il n'y a pas un individu qui va faire de l'argent sur le projet. Personne ne va profiter de la plus-value que donnerait une éventuelle subvention. Il y a une rentabilité, oui, mais pour un OBNL, pour un fonds de travailleurs, pour la Caisse d'économie solidaire. C'est ça, l'économie sociale», explique Christian Yaccarini, p.-d.g. de la Société de développement Angus.
Pour la SDA, il s'agit d'un premier projet hors de son périmètre habituel qu'est le parc industriel Angus. «Nous sommes intéressés à exporter notre expertise qui est triple: revitalisation urbaine, montage de projets et construction de bâtiments écologiques sans dépassement de coûts», ajoute M. Yaccarini.
Le plan qu'il propose prévoit également la conversion des chambres pour étudiants situées dans la Maison du prêt d'honneur, située à l'angle de René-Lévesque et de Saint-Laurent, en des résidences pour artistes, techniciens ou autres travailleurs de l'industrie culturelle de passage à Montréal. L'hypothèse a fait l'objet de discussions préliminaires et doit être soumise au ministre de l'Éducation puisque l'immeuble est actuellement sous la responsabilité du Cégep du Vieux-Montréal.
Aussi, la revitalisation vise le site de la station de métro Saint-Laurent, actuellement sur un terrain désolé. L'hypothèse actuellement étudiée est d'y construire un immeuble (investissement privé) afin d'y loger la mairie de Ville-Marie. L'arrondissement est actuellement locataire à la Place Dupuis. Pourrait également s'y installer le département d'urbanisme de l'UQAM.
Outre ces trois phases, le Quartier des spectacles souhaite étendre ses tentacules à l'îlot Balmoral longtemps identifié comme emplacement pour la future salle de l'Orchestre symphonique de Montréal. Or Québec a annoncé en juin dernier que la salle de l'OSM sera érigée sur l'esplanade de la Place des Arts.
Mardi dernier, l'arrondissement de Ville-Marie a consacré la vocation culturelle de l'îlot Balmoral. Le maire Labonté espère ainsi y développer un projet. Deux immeubles actuellement vides pourraient être transformés en atelier d'artistes. Aussi, l'immense terrain adjacent pourrait avoir une vocation mixte: bureaux et commerces culturels, souligne Charles Lapointe, président du conseil d'administration du Partenariat. «On sait que les Grands Ballets canadiens ont besoin d'espace. Je pense en particulier aux terrains avant. Il y a peut-être quelque chose à faire sur cet îlot-là pour la danse», ajoute-t-il.
Mais rien n'est ficelé. D'ailleurs, le maire Labonté ne cache pas qu'il reste encore beaucoup à faire. La tenue à Montréal en 2007 du sommet de la culture pourrait favoriser la concrétisation du Quartier des spectacles. Les gouvernements fédéral et provincial seront sollicités au cours des prochaines semaines.
***
Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux-Soucy
Haut de la page

