Le Plateau sur les traces de Porto Alegre
Élus et citoyens improvisent un budget participatif
Les citoyens peuvent-ils définir eux-mêmes comment sera dépensé le budget municipal? Les élus de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal ont fait le pari que oui et se sont lancés dans la confection d'un budget participatif, inspirés par la Mecque de l'altermondialisme, Porto Alegre, au Brésil.
Quelque 200 citoyens étaient réunis mercredi soir près du métro Laurier pour indiquer à un comité composé principalement d'élus comment ils souhaiteraient voir dépensée la portion du budget allouée aux immobilisations (Plan triennal d'immobilisation ou PTI), soit 4,7 millions de dollars sur un budget total de 52 millions.
Une vingtaine de ces citoyens ont pris le micro pour étayer en cinq minutes leurs propositions. Une éducatrice en petite enfance a rappelé l'importance des terrains de jeu, clôturés pour les tout-petits svp, dans la vie du quartier. «Le parc [Saint-Pierre-Claver] devient un atout majeur pour le secteur et contribue à freiner l'exode des familles vers les banlieues», a fait valoir Marie-Josée Bélanger.
Un comité de citoyens de la rue Christophe-Colomb a plaidé pour des ressources plus importantes afin de ralentir et de diminuer la circulation automobile: «On craint qu'on ne prenne des mesures pour apaiser la circulation seulement sur les petites rues tranquilles. Il faut que le PTI prévoie aussi des fonds pour les rues résidentielles les plus fréquentées», a affirmé le citoyen Gabriel Deschambault.
Tous ne s'accordent cependant pas sur les priorités. «Il y a assez de nids de poule dans nos rues, je ne vois pas la nécessité d'y ajouter des dos d'âne. Nous sommes en ville, il est donc normal qu'il y ait de la circulation. [...] Nous ne sommes plus à l'ère des chevaux», écrivent Thérèse et Clément Courchesne, dans un des mémoires acheminés au comité. Déjà, 23 mémoires sont en ligne sur le site, et les citoyens ont jusqu'au 22 juin pour en faire parvenir d'autres.
Pour le moment, les mesures d'apaisement de la circulation, les parcs et l'agrandissement ainsi que la réfection de trottoirs ont la cote. Des propositions plus originales sont aussi mises au jeu, tels la création d'une plage urbaine en plein coeur du Plateau ou l'aménagement de zones ombragées dans l'aire canine du parc Laurier, comme l'a défendu avec beaucoup d'humour un propriétaire de chien en proie à la calvitie.
Une décision des citoyens?
L'exercice se répétera mercredi prochain et les citoyens seront invités le 23 août à se prononcer sur la proposition de l'arrondissement pour le PTI 2007-09. Si leur participation consiste principalement à donner leur avis sur les grandes orientations déjà définies par les élus, les citoyens pourront aussi carrément décider de la façon dont sera affectée une petite portion de l'enveloppe, pouvant aller jusqu'à quelques centaines de milliers de dollars.
La formule est encore floue. On ne sait pas comment les citoyens décideront, quelle part du budget sera effectivement soumise à la volonté citoyenne, comment cette dernière s'exprimera. Un vote tenu lors d'une assemblée publique, un coupon-réponse publié dans un journal local où les citoyens exprimeraient leurs priorités, des prises de position sur un cyberforum: le processus n'est pas encore coulé dans le béton. L'arrondissement jongle avec toutes ces possibilités et n'a pas encore convenu du dosage.
La mairesse de l'arrondissement, Helen Fotopulos, ne cache pas que l'exercice comprend une bonne part d'improvisation. «Pour nous, c'est un incubateur cette année. [...] C'est un work in progress», avoue-t-elle d'emblée au Devoir. Si le projet de budget participatif atterrit correctement, une part plus importante du PTI pourrait être ainsi décidée l'an prochain.
Au bout du compte, les élus demeurent cependant imputables du budget. «Il y a un cadre juridique, une loi. Ce sont les élus qui sont responsables du budget. Ils ont une plate-forme pour laquelle les gens ont voté», précise Mme Fotopulos.
Le fait qu'une portion du budget soit décidée par les citoyens a cependant le mérite d'intéresser davantage les résidants du Plateau à la gouverne municipale. «La responsabilisation de la population vient par la participation directe», croit Mme Fotopulos.
Au terme de la soirée, quelques participants déploraient le caractère un peu statique de la soirée, au cours de laquelle des personnes se sont succédé au micro, ce qui rappelle les séances du conseil d'arrondissement. Mais la plupart disaient être conscients que la formule évolue au fil de l'expérience. «Ce n'est pas encore rodé. [...] Il y a une ouverture, même si ce n'est pas parfait. C'est à surveiller de près», a affirmé Francine Boucher au terme de la soirée.
Auteur d'une thèse de maîtrise sur les enseignements de Porto Alegre, Luc Rabouin a quant à lui félicité la mairesse d'arrondissement de s'être lancée dans l'aventure même si «tous les fils n'étaient pas attachés». Membre d'un groupe de travail sur la démocratie municipale et la citoyenneté, il avait contribué à mobiliser des gens pour l'événement. «C'est intéressant, il y a plus de groupes de citoyens que de groupes communautaires ou de lobbys», a-t-il fait remarquer.
Il espère cependant que la formule ne se résumera pas en une vaste consultation. «Il y a un danger que les élus arrivent et disent qu'ils doivent trancher sur les enjeux individuels. Je veux qu'on tranche ensemble, qu'il y ait de vraies délibérations. On ne sait pas encore comment cela va se faire», a déclaré le jeune homme, qui a vécu pendant sept mois au Brésil pour étudier le cas de Porto Alegre.
Depuis 1989, Porto Alegre soumet à la volonté de ses citoyens entre 10 et 17 % de son budget, soit les dépenses d'immobilisation. Jusqu'à 100 000 personnes prennent part au processus qui s'étend sur toute l'année. Quelque 250 villes latino-américaines et européennes se sont inspirées de l'expérience.
Le Plateau fait cependant figure de pionnier en Amérique du Nord. D'autres arrondissements ainsi que la Ville de Beaconsfield suivent l'expérience de près. Une conseillère de Westmount prenait studieusement des notes lors de l'assemblée de mercredi... Qui sait, l'improvisation sympathique du Plateau pourra peut-être faire des petits.
Quelque 200 citoyens étaient réunis mercredi soir près du métro Laurier pour indiquer à un comité composé principalement d'élus comment ils souhaiteraient voir dépensée la portion du budget allouée aux immobilisations (Plan triennal d'immobilisation ou PTI), soit 4,7 millions de dollars sur un budget total de 52 millions.
Une vingtaine de ces citoyens ont pris le micro pour étayer en cinq minutes leurs propositions. Une éducatrice en petite enfance a rappelé l'importance des terrains de jeu, clôturés pour les tout-petits svp, dans la vie du quartier. «Le parc [Saint-Pierre-Claver] devient un atout majeur pour le secteur et contribue à freiner l'exode des familles vers les banlieues», a fait valoir Marie-Josée Bélanger.
Un comité de citoyens de la rue Christophe-Colomb a plaidé pour des ressources plus importantes afin de ralentir et de diminuer la circulation automobile: «On craint qu'on ne prenne des mesures pour apaiser la circulation seulement sur les petites rues tranquilles. Il faut que le PTI prévoie aussi des fonds pour les rues résidentielles les plus fréquentées», a affirmé le citoyen Gabriel Deschambault.
Tous ne s'accordent cependant pas sur les priorités. «Il y a assez de nids de poule dans nos rues, je ne vois pas la nécessité d'y ajouter des dos d'âne. Nous sommes en ville, il est donc normal qu'il y ait de la circulation. [...] Nous ne sommes plus à l'ère des chevaux», écrivent Thérèse et Clément Courchesne, dans un des mémoires acheminés au comité. Déjà, 23 mémoires sont en ligne sur le site, et les citoyens ont jusqu'au 22 juin pour en faire parvenir d'autres.
Pour le moment, les mesures d'apaisement de la circulation, les parcs et l'agrandissement ainsi que la réfection de trottoirs ont la cote. Des propositions plus originales sont aussi mises au jeu, tels la création d'une plage urbaine en plein coeur du Plateau ou l'aménagement de zones ombragées dans l'aire canine du parc Laurier, comme l'a défendu avec beaucoup d'humour un propriétaire de chien en proie à la calvitie.
Une décision des citoyens?
L'exercice se répétera mercredi prochain et les citoyens seront invités le 23 août à se prononcer sur la proposition de l'arrondissement pour le PTI 2007-09. Si leur participation consiste principalement à donner leur avis sur les grandes orientations déjà définies par les élus, les citoyens pourront aussi carrément décider de la façon dont sera affectée une petite portion de l'enveloppe, pouvant aller jusqu'à quelques centaines de milliers de dollars.
La formule est encore floue. On ne sait pas comment les citoyens décideront, quelle part du budget sera effectivement soumise à la volonté citoyenne, comment cette dernière s'exprimera. Un vote tenu lors d'une assemblée publique, un coupon-réponse publié dans un journal local où les citoyens exprimeraient leurs priorités, des prises de position sur un cyberforum: le processus n'est pas encore coulé dans le béton. L'arrondissement jongle avec toutes ces possibilités et n'a pas encore convenu du dosage.
La mairesse de l'arrondissement, Helen Fotopulos, ne cache pas que l'exercice comprend une bonne part d'improvisation. «Pour nous, c'est un incubateur cette année. [...] C'est un work in progress», avoue-t-elle d'emblée au Devoir. Si le projet de budget participatif atterrit correctement, une part plus importante du PTI pourrait être ainsi décidée l'an prochain.
Au bout du compte, les élus demeurent cependant imputables du budget. «Il y a un cadre juridique, une loi. Ce sont les élus qui sont responsables du budget. Ils ont une plate-forme pour laquelle les gens ont voté», précise Mme Fotopulos.
Le fait qu'une portion du budget soit décidée par les citoyens a cependant le mérite d'intéresser davantage les résidants du Plateau à la gouverne municipale. «La responsabilisation de la population vient par la participation directe», croit Mme Fotopulos.
Au terme de la soirée, quelques participants déploraient le caractère un peu statique de la soirée, au cours de laquelle des personnes se sont succédé au micro, ce qui rappelle les séances du conseil d'arrondissement. Mais la plupart disaient être conscients que la formule évolue au fil de l'expérience. «Ce n'est pas encore rodé. [...] Il y a une ouverture, même si ce n'est pas parfait. C'est à surveiller de près», a affirmé Francine Boucher au terme de la soirée.
Auteur d'une thèse de maîtrise sur les enseignements de Porto Alegre, Luc Rabouin a quant à lui félicité la mairesse d'arrondissement de s'être lancée dans l'aventure même si «tous les fils n'étaient pas attachés». Membre d'un groupe de travail sur la démocratie municipale et la citoyenneté, il avait contribué à mobiliser des gens pour l'événement. «C'est intéressant, il y a plus de groupes de citoyens que de groupes communautaires ou de lobbys», a-t-il fait remarquer.
Il espère cependant que la formule ne se résumera pas en une vaste consultation. «Il y a un danger que les élus arrivent et disent qu'ils doivent trancher sur les enjeux individuels. Je veux qu'on tranche ensemble, qu'il y ait de vraies délibérations. On ne sait pas encore comment cela va se faire», a déclaré le jeune homme, qui a vécu pendant sept mois au Brésil pour étudier le cas de Porto Alegre.
Depuis 1989, Porto Alegre soumet à la volonté de ses citoyens entre 10 et 17 % de son budget, soit les dépenses d'immobilisation. Jusqu'à 100 000 personnes prennent part au processus qui s'étend sur toute l'année. Quelque 250 villes latino-américaines et européennes se sont inspirées de l'expérience.
Le Plateau fait cependant figure de pionnier en Amérique du Nord. D'autres arrondissements ainsi que la Ville de Beaconsfield suivent l'expérience de près. Une conseillère de Westmount prenait studieusement des notes lors de l'assemblée de mercredi... Qui sait, l'improvisation sympathique du Plateau pourra peut-être faire des petits.
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