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Cure minceur pour Montréal

L'administration Tremblay-Zampino se lance dans une vaste réingénierie de ses activités. Tous les programmes et services seront scrutés à la loupe d'ici la fin de l'été pour évaluer s'ils correspondent à la «mission» de la Ville, s'ils peuvent être dispensés à moindre coût ou si la facture peut être assumée par un autre palier de gouvernement.

Aux prises avec un déficit anticipé de 400 millions pour le prochain budget et liée par une promesse de ne pas hausser les taxes, l'administration Tremblay-Zampino espère trouver dans cette opération dégraissage les marges de manoeuvre nécessaires pour maintenir ses activités essentielles. Un comité formé d'élus et de fonctionnaires a déjà commencé à passer en revue l'ensemble des postes budgétaires et devrait formuler ses recommandations d'ici la fin de l'été.

«Il est plus que temps de nous interroger sur ce que nous sommes et surtout sur ce que nous avons les moyens d'être. [...] Nous devons nous recentrer sur les missions essentielles d'une ville, ou d'une métropole si les revenus le permettent», a déclaré le maire de Montréal, Gérald Tremblay, en lançant l'exercice inusité sous son administration.

On analysera si les services sont d'intérêt public, s'ils relèvent bien d'une administration municipale, s'ils sont efficaces et correspondent à la capacité financière des contribuables montréalais.

«Tout sera sur la table», a insisté le maire Tremblay en avouant que les efforts pour aller chercher de nouveaux fonds aux différents paliers de gouvernement n'ont pas donné de résultats suffisants.

«On a souvent reproché à Montréal de ne pas avoir fait ses devoirs, d'être gras dur, d'avoir une machine trop lourde et trop coûteuse et de manquer d'efficacité. Cet exercice nous permettra aussi, ainsi qu'à toute la population, de voir ce qu'il en est en toute transparence», a fait valoir le président du Conseil exécutif, Frank Zampino, qui supervisera l'exercice.

Les arrondissements sont invités à participer à l'exercice et on pourrait leur demander de mettre en commun certaines activités pour réaliser des économies.

Les sociétés para-municipales seront aussi dans le collimateur, plus particulièrement la Société du Parc-des-Îles. La Ville a aussi dans ses cartons un projet de fusion entre la Société de développement de Montréal et la Société d'habitation de Montréal, «qui se croisent dans des missions parfois très similaires», a précisé M. Zampino.

Refiler des factures

Outre les compressions pures et simples ainsi que les réaménagements pour accroître l'efficacité et diminuer les coûts, Montréal met aussi la table pour de nouvelles demandes financières à Québec.

Il y a à peine un mois, le maire Gérald Tremblay accueillait comme un bon départ la conclusion du pacte fiscal entre Québec et les municipalités en vertu duquel Montréal recevra 177 millions supplémentaires à partir de 2013. L'an dernier, il saluait aussi le transfert d'une partie de la taxe sur l'essence aux municipalités.

Force est de constater que ces mesures ne suffisent pas aux yeux de Montréal. «Tant qu'on demandera aux Montréalais d'assumer des coûts qui ailleurs au Québec sont assumés par l'ensemble de la population et pour lesquels nous Montréalais payons deux fois, une par nos impôts, l'autre par nos taxes foncières, je ne pourrai cesser de réclamer l'équité», a affirmé le maire.

Il ne tarissait pas d'exemples sur les activités assumées par les Montréalais qui relèvent ailleurs au Québec d'autres paliers de gouvernement. Par exemple, Montréal assume les coûts de la police spécialisée, alors que ces services sont dispensés par la Sûreté du Québec partout ailleurs. Les dossiers de violence conjugale sont traités devant la Cour municipale, alors qu'ailleurs ils relèvent de la Cour du Québec. La Société de Transport de Montréal et la Ville fournissent les autobus et les brigadiers scolaires, alors que Québec et les commissions scolaires s'en chargent dans le reste de la province.

Le milieu de la culture pourrait aussi passer sous le couperet montréalais. «La culture, cela profite à tout le monde. Est-ce que c'est juste aux Montréalais de payer pour les festivals, par exemple, alors que la très grande majorité des personnes qui y participent viennent de l'ensemble du Québec?» a lancé le maire, ébahi d'avoir rencontré nombre de citoyens des différentes villes du Québec lors de la Journée des musées en fin de semaine dernière.

La cure minceur apparaît comme un prélude à de nouvelles négociations avec Québec. «Avant, il faut démontrer hors de tout doute que nous sommes des gestionnaires responsables, imputables, et que nous allons prendre les décisions qui s'imposent pour assurer des services de qualité en fonction de la capacité de payer des contribuables», a dit M. Tremblay.

Du côté de Québec, c'est avec un certain stoïcisme qu'on observait hier la démarche de Montréal. «C'est un signe que M. Tremblay et son administration gèrent la Ville de façon responsable», a déclaré l'attaché de presse de la ministre des Affaires municipales, Jonathan Trudeau, précisant que d'éventuelles demandes seront étudiées en temps et lieu.

Un constat d'échec selon l'Opposition

Le branle-bas de combat de la Ville a tout l'air d'un constat d'échec du maire Tremblay dans sa volonté de régler les problèmes structurels de financement de la métropole, selon la porte-parole de Vision Montréal, Noushig Eloyan. «Cet un aveu que les négociations sur le pacte fiscal étaient un pur échec [...], que leur décentralisation à outrance lancée en grande pompe il y a quelques années n'a pas donné les résultats escomptés»

Elle juge que l'exercice survient tardivement, après cinq ans de mandat, alors qu'on déniche un déficit anticipé de 400 millions. «Cela démontre à quel point l'administration a fait de l'improvisation ces cinq dernières années», a argué Mme Eloyan, redoutant que la révision des programmes ne serve à justifier d'éventuelles hausse du fardeau fiscal.

Du côté syndical, on ne s'inquiète pas trop pour le moment de l'annonce de cet exercice. «C'est sûr qu'on reste très vigilant. On n'est pas encore en mesure de savoir de quoi il s'agit. On espère qu'ils vont nous consulter», a affirmé la présidente du syndicat des fonctionnaires municipaux, Monique Côté, après avoir appris la nouvelle par les médias. Pour l'heure, le maire Tremblay a fait valoir qu'il était «prématuré» de parler de réduction de personnel.






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