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Montréal se paie un nouveau logo de 400 000 $

L'emblème de l'ex-Ville de Montréal est logo non grata depuis la fusion des villes de l'île, en janvier dernier. La rosace, qui avait coûté près de 400 000 $ en 1981, sera éventuellement remplacée par un autre logo... qui, celui-là aussi, devrait coûter près de 400 000 $, selon ce qu'a appris Le Devoir.

D'ici là, tous les fonctionnaires sont invités à s'armer d'autocollants blancs afin de cacher cet emblème que l'on ne saurait voir.


L'été dernier, un processus avait été mis en branle pour qu'un emblème soit choisi avant même la création de la nouvelle ville. Frédéric Metz, professeur de design à l'UQAM, avait alors été sollicité par des employés de la Ville. Depuis, rien. Ou presque.


En février, on promettait que le processus d'adoption d'une nouvelle identité visuelle serait arrêté le mois suivant, en mars. Puis, on s'est ravisé. On pense maintenant se pencher sur la question lors du Sommet de Montréal, le mois prochain.


En attendant, une directive verbale a été donnée aux employés de la Ville: on leur a demandé de dissimuler autant que possible la rosace derrière un autocollant blanc ou brun, selon la papeterie visée. L'identification visuelle de la Ville est donc actuellement inexistante sur les envois officiels, les cartes d'affaires, les communiqués de presse, alouette.


«C'est complètement fou», estime le chef de l'opposition, Pierre Bourque. «Montréal n'a tout simplement plus de personnalité, plus d'âme.» L'ex-maire accorde beaucoup d'importance à cette question puisque, selon lui, il en va de l'appartenance à la nouvelle ville ainsi que du rayonnement international de Montréal.


«L'absence de logo est une erreur très grave. C'est toute l'identification de la ville à travers le monde qui en est affectée. Le sentiment d'appartenance à la ville en souffre également. Il faut d'ailleurs que le maire développe ça, le sentiment d'appartenance. Comment? En commençant à donner aux citoyens des symboles en partage.»


Devant un dossier qui semble vouloir traîner en longueur, le Service des communications n'a eu d'autre choix que de mettre en avant des mesures transitoires. Le 30 avril, il a donc fait parvenir à tous les services municipaux un communiqué interne de deux pages contenant ses recommandations, qui se résument en une phrase: «La signature "Ville de Montréal" en caractère Univers gras tient lieu d'identité visuelle et doit apparaître sur tous les imprimés de la Ville.»


Mais cela ne signifie nullement que ce dossier n'est pas prioritaire pour le comité exécutif, prétend la responsable du dossier, Francine Sénécal. C'est seulement que le dossier est complexe, dit-elle. «L'implantation d'un nouveau logo soulève beaucoup d'interrogations dans les arrondissements qui ont eux-même leur propre image. Donc, il faut non seulement concevoir un logo mais aussi concevoir une stratégie pour faire cohabiter les armoiries de Saint-Laurent, par exemple, avec la nouvelle image que l'on veut donner à Montréal.»


«De plus, a-t-elle ajouté, le premier constat qui a été fait lors de la discussion que nous avons eue à ce sujet concerne l'importance des coûts liés à une telle décision. Le comité de transition avait parlé de un million de dollars. Nos propres estimations, à l'interne, font état d'une facture de plus ou moins 350 000 $.»


Curieusement, c'est précisément le prix qu'avaient payé les Montréalais en 1981 lorsque le maire Jean Drapeau avait choisi la fameuse rosace. Et cela avait créé tout un tollé. Même qu'un conseiller du RCM, Michael Fainstat, avait déposé une plainte à la Commission municipale du Québec. En plus d'être démesuré, le contrat avait été octroyé sans soumission et sans concours, déplorait-il.


Un autre scandale avait terni la naissance du logo. Celui-ci était presque identique à au moins un autre logo que le concepteur Georges Huel avait précédemment réalisé. De plus, nombre d'organismes avaient une identité visuelle fort semblable, comme la Caisse populaire Saint-Alphonse-d'Youville et la station radiophonique CJMS...


Pour qu'un tel scandale n'éclate pas une seconde fois, plusieurs voix se font entendre, demandant le maintien de la rosace comme logo du nouveau Montréal, notamment celles du chef de l'opposition et du professeur de design Frédéric Metz. «Le logo que je n'aimais pas a fait ses preuves à long terme, a dit ce dernier. Et ça reviendrait pas mal moins cher de l'étendre à toute l'île plutôt que de tout recommencer. De plus, à Montréal, les gens connaissent ce logo, alors que personne ne connaît les logos des villes de banlieue. Donc, que ça plaise ou non aux ex-maires de banlieue, il vaut mieux aller dans le sens d'élargir cette chose-là à l'ensemble de l'île.»


Même son de cloche de la part de Pierre Bourque qui, depuis le 1er janvier, refuse de se plier aux directives des services. Pas un seul jour de 2002 n'a passé sans que l'ex-maire arbore l'épinglette rosacée au revers de son veston. «C'est M. Drapeau qui avait choisi ce logo à l'époque, et le résultat est extraordinaire. Partout dans le monde, c'est un des plus beaux logos qu'on ait jamais vus. Je le porterai tout le temps... »






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