Une ville à réinventer
Photo : Jacques Grenier
Festival Montréal en lumière
Montréal fut, à l'égal de New York et de Boston, une métropole américaine. Et cela semble aujourd'hui bien lointain. Peut-on faire renaître la deuxième ville francophone du monde? Des universitaires y réfléchissent.
Il y a près de deux siècles, Olmstead, l'architecte paysager alors en vedette en Amérique du Nord, était invité à Montréal pour concevoir, et réaliser, l'aménagement d'un futur parc sur les flancs du mont Royal. Cette invitation était lancée à la suite d'une autre déjà faite à James O'Donnell, celui qui a dessiné les plans de la présente basilique Notre-Dame. Ces architectes étaient les ténors de leur temps et, par de tels gestes, l'élite locale, qu'elle fût anglophone ou francophone, catholique ou protestante, signifiait sa volonté de faire de la ville une des grandes capitales mondiales. Même de 1843 à 1849, jusqu'à l'incendie de l'édifice du parlement, la ville ne fut-elle pas la capitale du Canada naissant?
Métropole de l'Amérique du Nord britannique, la ville se voyait alors l'égale de New York, et il était de mise de déclarer que son statut dépassait celui de Boston, cette autre ville de commerce et de culture. La construction ultérieure d'un double réseau ferroviaire, celui du Grand Tronc et du Canadien Pacifique d'un richissime Van Horne, allait consolider Montréal en tant que porte d'entrée de l'autre Amérique nordique, celle qui avait l'appui de tout un empire, le britannique, dont les postes rejoignaient aussi l'Asie, l'Europe et l'Afrique.
Avec les vagues migrantes de l'époque, qui s'ajoutaient à cette double colonisation, la française et l'anglaise, la ville aux «deux cultures» était sur sa lancée: l'industrialisation, couplée à une abondance de ressources naturelles et à de vastes espaces ouverts au développement, allait permettre tous les rêves. Et cela fut une réalité jusqu'à l'après-Seconde Guerre mondiale. S'opéra alors un glissement vers l'Ouest, comme cela fut aussi le cas aux États-Unis, et lentement Toronto devint la métropole canadienne.
Constat
L'Expo 67 puis la venue des Jeux olympiques en 1976 ont constitué les derniers gestes d'éclat de la ville sur la scène mondiale (dans une vision continentale, la mise à mort d'une équipe professionnelle de baseball signifiait la rétrogradation de la ville parmi les diverses métropoles nord-américaines). Et depuis lors, Montréal se cherche.
La ville a toujours des atouts: des universités, des secteurs de pointe (de l'aérospatiale à l'industrie pharmaceutique en passant par le commerce de la fourrure), un visage culturel fort et un quartier historique qui n'a d'égal sur ce continent que celui de Québec. De plus, dans le monde francophone, la ville s'enorgueillit de ne céder par la taille de sa population qu'à Paris, devançant aussi toutes les autres villes françaises.
Toutefois, qui a à coeur l'avenir de la ville pourra à la comparer se désoler. L'ancienne rue Saint-Jacques a tout perdu au profit de Bay Street, la Place Ville-Marie approche d'un 50e anniversaire. Le propos porte-t-il sur les projets publics qu'on ne peut que constater la dégradation des infrastructures, du réseau routier à celui de l'aqueduc, et jusqu'ici aucun nouveau projet de développement ne fait l'unanimité. À l'exception des pavillons universitaires, tout bloque. Deux hôpitaux universitaires, mais pour quand? Une maison de la danse, oubliée? Une salle pour l'orchestre, à l'étude? Un nouveau stade, pour quoi faire? La prolongation du métro, qui va payer? Et plus encore: un nouveau projet soutenu par les fonds de Loto-Québec, pas question! Initie-t-on d'ailleurs un nouveau festival qu'il faudra d'abord vaincre autant les résistances locales que les appréhensions des autres communautés québécoises.
Réflexion
L'immobilisme règne. Pourtant, on ne cesse de mettre de l'avant les avantages montréalais. La ville, historiquement et culturellement, demeure un point de rencontre entre l'ancien et le nouveau monde. Avec les années, elle est devenue multiethnique, le passage se faisant sans douleur, et ses institutions de savoir et de culture n'ont, dans plus d'un secteur, rien à envier à d'autres régions urbaines.
Il faut cependant combattre la morosité ambiante. Profitant d'ailleurs de l'occasion offerte par la célébration d'un 30e anniversaire, l'équipe réunie dans un département à double orientation, qui rassemble à l'UQAM les études urbaines et touristiques, propose, par le recours à la formule d'un colloque à venir en avril, de «réinventer Montréal». Et le défi est réel.
Il est loin le temps de la gloire. Et il est difficile de vivre ces années où l'État fédéral établit ses stratégies en fonction d'objectifs électoraux quand Québec n'en a que pour la santé, l'éducation ou les déficits, et que la Ville elle-même tente de survivre à cette période de fusion-défusion qui impose plus une décentralisation qu'une concertation.
Si les Montréalais sont fiers normalement de leur ville, ils sont toutefois nombreux à avancer que la ville doit renaître. Qui, du privé ou du public, aura l'audace de poser le premier geste? Dans cette attente, les universitaires réfléchissent...
Il y a près de deux siècles, Olmstead, l'architecte paysager alors en vedette en Amérique du Nord, était invité à Montréal pour concevoir, et réaliser, l'aménagement d'un futur parc sur les flancs du mont Royal. Cette invitation était lancée à la suite d'une autre déjà faite à James O'Donnell, celui qui a dessiné les plans de la présente basilique Notre-Dame. Ces architectes étaient les ténors de leur temps et, par de tels gestes, l'élite locale, qu'elle fût anglophone ou francophone, catholique ou protestante, signifiait sa volonté de faire de la ville une des grandes capitales mondiales. Même de 1843 à 1849, jusqu'à l'incendie de l'édifice du parlement, la ville ne fut-elle pas la capitale du Canada naissant?
Métropole de l'Amérique du Nord britannique, la ville se voyait alors l'égale de New York, et il était de mise de déclarer que son statut dépassait celui de Boston, cette autre ville de commerce et de culture. La construction ultérieure d'un double réseau ferroviaire, celui du Grand Tronc et du Canadien Pacifique d'un richissime Van Horne, allait consolider Montréal en tant que porte d'entrée de l'autre Amérique nordique, celle qui avait l'appui de tout un empire, le britannique, dont les postes rejoignaient aussi l'Asie, l'Europe et l'Afrique.
Avec les vagues migrantes de l'époque, qui s'ajoutaient à cette double colonisation, la française et l'anglaise, la ville aux «deux cultures» était sur sa lancée: l'industrialisation, couplée à une abondance de ressources naturelles et à de vastes espaces ouverts au développement, allait permettre tous les rêves. Et cela fut une réalité jusqu'à l'après-Seconde Guerre mondiale. S'opéra alors un glissement vers l'Ouest, comme cela fut aussi le cas aux États-Unis, et lentement Toronto devint la métropole canadienne.
Constat
L'Expo 67 puis la venue des Jeux olympiques en 1976 ont constitué les derniers gestes d'éclat de la ville sur la scène mondiale (dans une vision continentale, la mise à mort d'une équipe professionnelle de baseball signifiait la rétrogradation de la ville parmi les diverses métropoles nord-américaines). Et depuis lors, Montréal se cherche.
La ville a toujours des atouts: des universités, des secteurs de pointe (de l'aérospatiale à l'industrie pharmaceutique en passant par le commerce de la fourrure), un visage culturel fort et un quartier historique qui n'a d'égal sur ce continent que celui de Québec. De plus, dans le monde francophone, la ville s'enorgueillit de ne céder par la taille de sa population qu'à Paris, devançant aussi toutes les autres villes françaises.
Toutefois, qui a à coeur l'avenir de la ville pourra à la comparer se désoler. L'ancienne rue Saint-Jacques a tout perdu au profit de Bay Street, la Place Ville-Marie approche d'un 50e anniversaire. Le propos porte-t-il sur les projets publics qu'on ne peut que constater la dégradation des infrastructures, du réseau routier à celui de l'aqueduc, et jusqu'ici aucun nouveau projet de développement ne fait l'unanimité. À l'exception des pavillons universitaires, tout bloque. Deux hôpitaux universitaires, mais pour quand? Une maison de la danse, oubliée? Une salle pour l'orchestre, à l'étude? Un nouveau stade, pour quoi faire? La prolongation du métro, qui va payer? Et plus encore: un nouveau projet soutenu par les fonds de Loto-Québec, pas question! Initie-t-on d'ailleurs un nouveau festival qu'il faudra d'abord vaincre autant les résistances locales que les appréhensions des autres communautés québécoises.
Réflexion
L'immobilisme règne. Pourtant, on ne cesse de mettre de l'avant les avantages montréalais. La ville, historiquement et culturellement, demeure un point de rencontre entre l'ancien et le nouveau monde. Avec les années, elle est devenue multiethnique, le passage se faisant sans douleur, et ses institutions de savoir et de culture n'ont, dans plus d'un secteur, rien à envier à d'autres régions urbaines.
Il faut cependant combattre la morosité ambiante. Profitant d'ailleurs de l'occasion offerte par la célébration d'un 30e anniversaire, l'équipe réunie dans un département à double orientation, qui rassemble à l'UQAM les études urbaines et touristiques, propose, par le recours à la formule d'un colloque à venir en avril, de «réinventer Montréal». Et le défi est réel.
Il est loin le temps de la gloire. Et il est difficile de vivre ces années où l'État fédéral établit ses stratégies en fonction d'objectifs électoraux quand Québec n'en a que pour la santé, l'éducation ou les déficits, et que la Ville elle-même tente de survivre à cette période de fusion-défusion qui impose plus une décentralisation qu'une concertation.
Si les Montréalais sont fiers normalement de leur ville, ils sont toutefois nombreux à avancer que la ville doit renaître. Qui, du privé ou du public, aura l'audace de poser le premier geste? Dans cette attente, les universitaires réfléchissent...
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