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Rue Notre-Dame: cette fois, Québec se passera du BAPE

François Cardinal   27 septembre 2002  Villes et régions
La transformation de la rue Notre-Dame en un vaste boulevard urbain a franchi une étape cruciale, hier, alors que le gouvernement permettait aux promoteurs d'aller de l'avant avec son projet. L'ennui, c'est que la population est bâillonnée, clame-t-on. Des munitions suffisantes pour que les opposants stoppent le projet?

Québec a donné le feu vert, hier, au projet de modernisation de la rue Notre-Dame tel que présenté au début de l'été par la Ville de Montréal et le ministère des Transports. Mais, bien que cette dernière version du projet soit différente de celle présentée au BAPE, elle ne passera devant aucune instance indépendante de consultation publique.

Selon un procureur environnemental bien au fait de ce genre de question, cette «omission» pourrait être suffisante pour que les tribunaux mettent un holà à ce projet qui a suscité un énorme débat public à Montréal. «Si les opposants trouvent des gens pour les représenter, il est certain qu'ils pourraient faire bien du millage», a indiqué au Devoir cet avocat qui refuse d'être identifié pour des raisons professionnelles.

Au cabinet du ministre de l'Environnement, André Boisclair, on indique qu'il n'est pas de coutume de demander au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement d'étudier deux versions d'un projet similaire. «C'est un projet qui est essentiellement de même nature [que celui qui a été battu en brèche par le BAPE], a précisé le porte-parole, Jean-Louis Laplante. C'est le même tracé, le même nombre de voies.»

Ainsi, on estime qu'il est suffisant de demander aux promoteurs, la Ville et le ministère des Transports (MTQ), de tenir leurs propres consultations, même si un tel exercice n'a rien à voir avec l'idée d'une consultation publique indépendante.

Le Conseil régional de l'environnement, un opposant au projet, a l'intention de boycotter cet exercice qu'il juge «bidon». «On croyait que le projet allait repasser devant le BAPE ou à tout le moins devant l'Office de consultation de Montréal, explique le directeur, Robert Perreault. Au lieu de ça, on invente une nouvelle mécanique où les promoteurs nomment ceux qui présideront la consultation! Le processus est entaché avant même qu'il ne commence. Nous ne pensons donc pas y participer.»

Pour justifier sa décision, André Boisclair avance que les fonctionnaires de son ministère ont procédé à une analyse environnementale qui conclut que le nouveau projet (mi-autoroute, mi-boulevard urbain) est acceptable. Ainsi, hier, Québec a délivré par décret un certificat d'autorisation de réalisation qui permet aux promoteurs de poursuivre la démarche. La prochaine et dernière étape est l'obtention, probablement à l'automne, d'un certificat d'autorisation de construction. D'ici là, «la Ville peut tenir des consultations rigoureuses, qui permettront à la population de donner son opinion», croit l'attaché de presse du ministre, Jean-Louis Laplante.

Le son de cloche est le même au comité exécutif de Montréal. Le responsable du transport, Claude Dauphin, estime que le nouveau projet répond aux recommandations formulées par le BAPE en mars dernier, ce qui permet aux promoteurs, selon lui, de tenir des consultations moins larges que celles qui ont déjà eu lieu.

«Une des hypothèses auxquelles on songe, a-t-il précisé, c'est de faire la consultation au conseil d'arrondissement [de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve]. Il n'y a rien de plus près des citoyens que cette instance.»

Soulignons que le décret prévoit que le ministère des Transports, conjointement avec la Ville, a la responsabilité des consultations pour le projet à l'ouest de la rue Dickson (seront étudiés les aménagements des parcs et les éléments patrimoniaux). À l'est, cependant, le MTQ est plutôt tenu de consulter la Ville et les citoyens concernés par le projet (seront étudiés les aménagements et la piste multifonctionelle).

La première pelletée de terre pourrait avoir lieu au printemps prochain.






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