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    Une banlieue multiethnique à Sainte-Foy

    4 décembre 2017 | Isabelle Porter à Québec | Ville de Québec
    Cécile, à gauche sur la photo, et Germine se sont rencontrées à un arrêt d'autobus de Notre-Dame-de-Foy. 
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Cécile, à gauche sur la photo, et Germine se sont rencontrées à un arrêt d'autobus de Notre-Dame-de-Foy. 

    Dans les villes, plusieurs quartiers se distinguent par leur diversité et l’histoire des gens qui y ont élu domicile. Dans le troisième texte de cette série, Le Devoir vous présente la carte postale de Notre-Dame-de-Foy, à Québec, terre d’accueil de milliers de nouveaux Québécois.


    On connaît le quartier Notre-Dame-de-Foy sans le savoir. Bordé par l’autoroute Henri IV, le chemin Sainte-Foy et le boulevard du Versant-Nord, ce quartier s’est retrouvé malgré lui sous les projecteurs, l’an dernier, dans le contexte tragique de l’attentat à la mosquée.

     

    Pour le reste, c’est un secteur plutôt confidentiel bordé de quelques rares commerces, dont une épicerie asiatique et un café très fréquenté par les étudiants. Bref, en apparence un quartier de banlieue comme les autres.

     

    Or Notre-Dame-de-Foy est l’un des secteurs les plus multiethniques de Québec. À l’école, le taux d’élèves issus de l’extérieur du Canada « oscille entre 60 et 70 % », résume la directrice de l’École du Versant Notre-Dame-de-Foy, Manon Fortin. L’équivalent de 115 élèves sur 192. De ce groupe 38 enfants sont des réfugiés, dont 23 originaires de la Syrie. L’équivalent de 31 nationalités et 12 langues différentes.

     

    Rencontre à l’arrêt de bus

     

    Au comptoir alimentaire de l’autre côté de la rue, les gens dans la file viennent des quatre coins du monde : Pérou, Chine, Égypte, Cameroun, Mauritanie, etc. La plupart sont des travailleurs qualifiés qui n’ont pas encore trouvé d’emploi.

     

    Pourquoi se sont-ils établis ici plutôt qu’ailleurs ? « Un pur hasard », répond Germine, qui est venue du Cameroun il y a trois ans et a ciblé le quartier en faisant des recherches sur le Web. Elle dit avoir été attirée par la présence de l’Université Laval pas trop loin, de commerces à grande surface à la Plaza, des quelques immeubles résidentiels à bon marché ou encore des arrêts de bus qui mènent directement au cours de francisation au Cégep Sainte-Foy.

     

    C’est d’ailleurs à un arrêt d’autobus qu’elle a rencontré son amie Cécile, qui l’accompagne aujourd’hui avec sacs et poussette. « Ça faisait deux, trois fois qu’on se croisait, alors on s’est présentées et on a découvert qu’on était Camerounaises et tout, et tout ! » racontent-elles en riant.

     

    Pour le reste, les lieux de socialisation sont rares. Seul le parc sert de lieu d’animation durant la belle saison, mais l’hiver, c’est beaucoup plus tranquille. Fatima, une mère de famille d’origine mauritanienne, dit sortir peu. « Pendant l’hiver, nous sommes prisonniers. On n’a pas envie de sortir », souligne cette ancienne professeure d’anglais établie ici depuis trois ans.

     

    Écarts de revenus

     

    Renaud Blais fait partie du Cercle citoyen au coeur de Sainte-Foy. Il est aussi du groupe qui a relancé le comptoir alimentaire qui se trouve en face de l’école.

     

    Deux fois par mois, près d’une centaine de personnes viennent y chercher de quoi manger Situé en plein milieu du parc, le centre des loisirs où se tient l’événement est toutefois bien petit, selon M. Blais.

     

    À son avis, le quartier aurait besoin d’un centre communautaire en bonne et due forme pour organiser notamment des cuisines collectives. « Il y a une mauvaise compréhension de la part de la Ville », déplore-t-il. Dans le passé, on lui a fait remarquer que les gens avaient la possibilité de fréquenter un autre centre, qui a ouvert ses portes ailleurs à Sainte-Foy.

    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Louise Hudon, intervenante communautaire dans le quartier, tente d’y créer du lien social pour les personnes plus isolées.
     

    Or il se trouve de l’autre côté de l’autoroute Henri IV, lance-t-il. « Pensez-vous que les femmes vont partir avec un enfant dans les bras et l’autre dans la poussette traverser l’autoroute ? »

     

    Au-delà des différentes nationalités, le quartier est caractérisé par de grands écarts de revenus, fait remarquer Sylvie, une native du secteur qui, elle aussi, fait la queue à la banque alimentaire. « Il y a une minorité qui sont plus à faibles revenus et une grande majorité à plus gros revenus », dit-elle en parlant de « gros écarts ».

     

    Louise Hudon, intervenante communautaire, renchérit. « Les gens pensent que Sainte-Foy, c’est seulement des gens nantis. Mais le portrait a énormément changé ces dernières années. Les gens seraient surpris de rentrer dans certaines habitations et voir à quoi ça peut ressembler », raconte-t-elle. « Tu peux avoir une maison avec un revenu très élevé et à côté, un immeuble où c’est la grosse misère. »

     

    Un isolement persistant

     

    Sur l’immigration dans le quartier, Renaud Blais note qu’elle est relativement « récente » et que ce n’est pas « évident » de faire participer les gens. À cet égard, la directrice de l’école se demande si l’ajout d’un centre communautaire saurait faire la différence.

     

    Avec son groupe de maternelle 4 ans, elle cherche à tisser des liens avec les parents. Souvent en vain. « J’offre régulièrement aux parents de venir prendre un café à l’école, de venir faire des ateliers d’intégration et je dirais que c’est difficile de les mobiliser, de les faire sortir de chez eux. »

     

    Mme Hudon essaie elle aussi de créer du lien social dans le coin. Elle tiendra bientôt « un café-rencontre » pour les aînés dans le centre des loisirs. Contrairement à d’autres quartiers plus multiethniques, comme Saint-Roch, le secteur a « beaucoup moins d’aide », note-t-elle.

     

    Or les principaux intéressés ne s’en plaignent pas pour autant. Dans la file du comptoir alimentaire, on se désole du manque d’accès aux emplois, mais pour le reste, le quartier est très apprécié. « Tout est près, mon école c’est proche d’ici, prendre le bus c’est aussi facile », dit Cécile. Quand on lui fait remarquer qu’il n’y a pas beaucoup de vie de quartier, elle s’étonne et rétorque qu’elle n’en a pas besoin.

     

    Qui sait de toute façon si elle restera quand elle aura trouvé du travail ? Comme le fait remarquer Manon Fortin, il y a beaucoup de « mobilité » dans le secteur. « Au bout de deux, trois ans, il n’est pas rare qu’on voie les familles déménager. »

     













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