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    Des profs s’inquiètent de la francisation

    Si des classes spéciales sont créées pour les réfugiés syriens, d’autres immigrants n’ont pas la même chance

    11 décembre 2015 | Isabelle Porter à Québec | Ville de Québec
    Les petits Syriens qui arriveront à Québec auront des places en classe d’accueil. Ci-dessus, une famille parrainée au privé est arrivée à l’aéroport de Toronto, jeudi.
    Photo: Chris Young La Presse canadienne Les petits Syriens qui arriveront à Québec auront des places en classe d’accueil. Ci-dessus, une famille parrainée au privé est arrivée à l’aéroport de Toronto, jeudi.

    La Commission scolaire de la Capitale à Québec s’apprête à créer de nouvelles classes d’accueil pour les réfugiés syriens. Malgré cela, les professeurs lui reprochent de ne pas en faire assez pour l’ensemble des élèves allophones.

     

    Lundi, la question a même rebondi jusqu’au conseil municipal quand une enseignante a interpellé le maire Régis Labeaume sur ce dossier. « Je suis ici parce que vous êtes quelqu’un de confiance et d’influence. Je suis enseignante de francisation dans la ville de Québec depuis 10 ans. J’ai fait 5 ans à Montréal et 5 ans à Québec, a déclaré l’enseignante du nom de Mélissa Dumontier. Présentement, la majorité des immigrants sont intégrés dans les classes ordinaires même s’ils ne parlent pas le français. […] Pensez-vous que c’est possible d’envisager que tous les nouveaux arrivants — non seulement les Syriens, mais tous les nouveaux arrivants — puissent atterrir dans une classe d’accueil où ils apprennent la langue de façon intensive ? »

     

    Pour l’heure, seulement 70 Syriens sont attendus à Québec d’ici le 31 décembre. La Commission scolaire estime que la moitié sont des enfants dont les trois quarts ont moins de 12 ans. On peut donc estimer qu’une vingtaine s’ajouteront aux groupes en janvier. Or, leur nombre risque de se multiplier dans les mois suivants.

     

    « Avec les enfants qui arrivent de la Syrie, on prévoit un passage en classe d’accueil fort probablement parce qu’on sait qu’ils n’ont pas eu de services formels de scolarisation depuis longtemps », explique la directrice des services éducatifs à la Commission scolaire de la Capitale (CSC), Mireille Dion. Elle ajoute que les réfugiés d’autres pays pourront bénéficier de ces nouvelles classes. « On parle beaucoup des Syriens, mais on a reçu une bonne vague d’élèves de Centrafrique au cours du dernier mois et demi. Il y a aussi quelques enfants népalais. »

     

    Mme Dion assure que la CSC fait au mieux. « Entre le monde idéal et ce qu’on fait de façon efficience avec les ressources dont on dispose, il peut y avoir une certaine marge. Mais en même temps, on n’a jamais été contre les classes d’accueil. […] C’est pas parce que c’est des Syriens qu’on en ouvre. S’ils venaient d’un autre pays, on ferait la même chose. »

     

    Au syndicat des professeurs, l’ajout de classes d’accueil est accueilli avec joie. « C’est sûr que pour nous, c’est la meilleure façon de procéder, explique Anne-Christine Tardif du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ). Ça enlève beaucoup, beaucoup d’inquiétude. »

     

    Le SERQ réclame depuis longtemps l’ajout de classes d’accueil dans le réseau. « Actuellement, on a des élèves qui ne parlent pas du tout français, qui auraient eu besoin d’une classe d’accueil et la commission scolaire persiste à les mettre en classe ordinaire. »

     

    Comme le révélait Le Devoir en janvier 2014, malgré l’arrivée massive de réfugiés népalais les années précédentes, la Commission scolaire n’avait pas créé de nouvelles classes d’accueil. Une situation déplorée à répétition par les enseignants.

     

    La CSC a deux classes d’accueil dans l’ensemble de ses 45 écoles primaires, et trois pour ses 11 écoles secondaires. Selon une compilation réalisée par Le Soleil il y a un an, 1600 élèves allophones y sont formés. Avec 17 élèves par classe, cela donne 85 élèves en classe d’accueil. Le service dessert donc 5 % des jeunes allophones.

     

    Insuffisant

     

    Ceux qui appartiennent au 95 % restant sont dans des classes ordinaires et ont droit à un nombre donné d’heures de francisation à l’extérieur. Selon les cas et les secteurs, ce nombre peut varier de 2 à 10 h par période de 10 jours.

     

    Or ce système est fortement critiqué. Selon une enseignante en francisation de la CSC qui a requis l’anonymat, c’est nettement insuffisant. « Il y a des élèves qui sont super débrouillards et apprennent vite la langue en classe ordinaire. Mais d’autres en pâtissent. L’enseignante en classe ordinaire, elle a déjà à s’occuper d’une vingtaine d’autres élèves, elle a un programme à passer. Elle n’a pas nécessairement le temps de trouver la petite feuille qui va lui apprendre les couleurs pendant que les autres élèves sont rendus à apprendre le passé composé. Ces élèves-là vont juste endurer, être là en tirant leur épingle du jeu de temps en temps. »

     

    Elle ajoute que seuls les cas très lourds aboutissent en classe d’accueil. « Ce sont des élèves qui ne seraient même pas capables de s’asseoir en classe et d’essayer d’écouter. […] Ce sont des élèves qui doivent apprendre à tenir un crayon. Tous les autres qui peuvent un tant soit peu fonctionner s’en vont directement au régulier. »

     

    Depuis octobre, le SERQ a reçu 34 plaintes de professeurs qui jugeaient que des élèves manquaient de services en francisation. Les plaintes ont été enregistrées parce que les enseignants avaient tenté en vain d’obtenir plus d’aide auprès de leur direction.

     

    L’enseignante citée plus haut dénonce aussi l’absence de classes d’accueil en maternelle. Interrogée là-dessus, Mme Dion explique que c’est une question d’âge. « Au préscolaire, comme les enfants sont jeunes et que le programme de préscolaire est un programme de développement global, on les met dans des classes ordinaires. […] On module ce qui se passe dans la classe pour leur arrivée, puis on voit un peu comment les choses se passent. »

     

    Elle ajoute que des précautions s’imposent. « La classe d’accueil, c’est un excellent service, il faut juste être prudents pour que l’enfant ne passe pas sa vie en classe d’accueil. »

     

    Au syndicat, Mme Tardif concède qu’au secondaire, « ils restent assez longtemps » dans les classes d’accueil. Or, selon elle, c’est « parce qu’ils ont pris beaucoup de retard au primaire ». Les représentants de la CSC et le Syndicat des enseignants doivent justement se rencontrer ce vendredi pour discuter de cet enjeu.













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