La première source d’eau potable dans un état dramatique

Le lac Saint-Charles
Photo: Cathybrie Wikicommons Le lac Saint-Charles

La principale source en eau potable de la ville de Québec, le lac Saint-Charles est dans un état alarmant selon des documents rendus publics dimanche. En l’espace de cinq ans, le lac aurait pris l’équivalent de 25 ans d’âge et le couvert de plantes aquatiques a augmenté de 40 %.

 

« Nous n’avons plus le luxe de reporter cet enjeu à plus tard. Il faut agir maintenant et ensemble puisque nos décisions et nos choix ont un impact direct sur nos sources d’eau potable », a déclaré le maire de Québec Régis Labeaume lors d’une rencontre avec tous les élus de la Communauté métropolitaine ainsi que leurs directeurs généraux.

 

La dégradation accélérée du lac Saint-Charles découle notamment de la pollution causée par les sels de déglaçage du nouveau tronçon de la route 175 qui mène à Stoneham, soit 1000 tonnes par année.

 

Dans certains cours d’eau du bassin versant, l’eau est devenue tellement salée qu’on est presque dans une situation maritime (à 75 %), a expliqué la porte-parole de la ville Émilie Bruneau.

 

L’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL) estime que ce tronçon n’aurait jamais dû être construit. Or maintenant qu’on « est pris avec », on peut contrer le phénomène en imperméabilisant les bordures d’autoroute, en changeant le drainage ou encore en remplaçant le sel par d’autres produits, signale la directrice, Mélanie Deslongchamps.

 

Or le sel est une cause parmi tant d’autres de la dégradation, dont la déforestation, l’exploitation d’immenses sablières et l’étalement urbain dans son ensemble.

 

La situation du lac Saint-Charles est-elle plus dramatique qu’ailleurs au Québec ? « Ça se compare à ce qu’on retrouve dans d’autres régions avec des lacs-réservoirs en Estrie et dans les Laurentides, d’autres secteurs en périphérie des grands centres », précise-t-elle.

 

Trop de compromis

 

Le maire Labeaume avait pourtant déjà agi sur ce front en 2010 en convainquant ses collègues des MRC voisines de limiter le développement immobilier le long du bassin versant. Or le Règlement de contrôle intérimaire adopté à l’époque a souffert beaucoup de concessions depuis, note la directrice de l’APEL. « Il y a eu beaucoup de politique, de lobbyisme… On a assoupli, on a modifié, on a fait beaucoup de compromis. »

 

Pour donner l’exemple, la Ville de Québec a fait savoir qu’elle empêcherait la réalisation de 15 projets de développements immobiliers le long du bassin versant, ce qui la privera de 2 millions de dollars en revenus de taxes. La Ville a aussi fait savoir qu’elle allait procéder à l’acquisition de terrains pour en faire des lots protégés.

 

Pas moins de 300 000 résidants de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) consomment l’eau potable en provenance du lac Saint-Charles. Les autres dépendent de celle du fleuve Saint-Laurent (20 %), de la rivière Montmorency (20 %) ou encore de systèmes privés.

 

Dans un message diffusé sur sa page Facebook, le maire a invité la population à contribuer à l’effort. « Les élus ont répondu présents, nous comptons maintenant sur la population pour en faire autant », a-t-il écrit.

 

Pour contribuer, les résidants de Québec peuvent notamment réduire leur consommation d’engrais et de pesticides le long du bassin versant. Et tous devraient faire plus attention à leur consommation, plaide Mme Deslonchamps. « Nous sommes de gros consommateurs d’eau. En Allemagne, la consommation moyenne par personne chaque jour est de 125 litres, ici c’est 400. »

 

Étant donné que les solutions varient d’un secteur à l’autre, la CMQ va tenir des rencontres d’information sur mesure pour chaque milieu au cours des prochaines semaines. Mardi, la Ville organise en outre une opération médiatique en hélicoptère au-dessus du lac pour sensibiliser encore davantage la population au problème.

4 commentaires
  • Gilles Gagné - Abonné 22 novembre 2015 17 h 52

    Avec la dégradation des médias parlés de Québec faut-il être surpris que des sujets vitaux prennent aussi la voie d'évitement? absolument pas, la dégradation de la prise d'eau demande une implication plus réfléchie qu'un préjugé.

  • Ronald Houde - Abonné 23 novembre 2015 03 h 46

    L'exemple à suivre

    Quelle bande de clowns pathétique nous sommes. La ville de New York ont compris il y a longtemps l'importance des sources d'eau potable et ont fait un travail tellement impressionnant pour protéger le bassin versant des Catskills qu'aujourd'hui ils consomment une eau potable qui ne requiert AUCUN traitement.

  • Yvon Bureau - Abonné 23 novembre 2015 10 h 50

    Il y a de ces tristesses

    Ce matin,elle est de taille.

    À diriger en eaux troubles, proches de «l'éthique environnementale» et si loin de l'intégrité, on récolte ce que l'on a déversé loin du généreux à venir, proches du petit à économiser.

    Difficile à voir dans Le DeVoir; difficile à boire dans LeDéboire.

  • Jean Menetrier - Abonné 23 novembre 2015 13 h 34

    "Eau secours"

    La moitié de la ville boit de la bonne eau du lac et 20% des citoyens à l'Ouest savourent celle du St-Laurent assaisonnée par Montréal et avec bien d'autres choses que du sel. Vivement le partage de nos "sources" et la remise en marche de nos compteurs rouillés pour une prise de conscience de nos ressources!
    Jean Ménétrier
    abonné