Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Exode canadien pour les réfugiés de Québec

    Plus du tiers des familles d’origine népalaise sont parties pour l’Ontario

    30 octobre 2015 | Isabelle Porter à Québec | Ville de Québec
    Les familles justifient souvent leur départ par la nécessité pour les enfants d’apprendre l’anglais.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les familles justifient souvent leur départ par la nécessité pour les enfants d’apprendre l’anglais.

    La communauté de réfugiés népalais de Québec est en train de se vider, et tout indique que l’hémorragie n’est pas terminée. Au-delà des difficultés linguistiques, beaucoup partent pour l’Ontario parce qu’ils échouent à passer leur permis de conduire au Québec.

     

    Plusieurs sources au sein de la communauté estiment qu’au moins 40 familles ont quitté la ville l’été dernier, en plus des 25 qui étaient parties l’année précédente, sur environ 200 familles. La plupart s’établissent dans la grande région de Toronto, à Windsor, London, Hamilton, Kitchener ou Waterloo.

     

    Pour ceux qui restent, c’est décourageant, dit Bhima Maya Chhetri derrière le comptoir de son épicerie dans Limoilou. La communauté avait entrepris des démarches auprès de la Ville pour faire reconnaître son association. Or elle se demande maintenant si ça vaut la peine. « Pourquoi faire ça si tout le monde s’en va ? » dit-elle. « Cette année, pendant les fêtes de Dashara [une célébration traditionnelle très festive dans la communauté], ça a été vraiment tranquille. On n’a pas fêté beaucoup parce que tout le monde a déménagé. »

     

    Sa famille s’en ira-t-elle à son tour ? « Il faut y penser. On a besoin de notre communauté. On ne peut pas vivre tout seuls », dit-elle. « On a toutes sortes de clients. Des Indiens, des Québécois, mais 75 % sont des clients népalais. »

     

    La communauté népalaise est le plus grand groupe de réfugiés à s’être établi dans la capitale ces dernières années. Depuis 2008, entre 1000 et 1500 personnes en provenance des camps de réfugiés du Népal sont arrivées. À l’échelle du Canada, Québec est la ville à avoir accueilli le plus grand nombre de réfugiés de ces camps. Encore l’été dernier, de nouvelles familles sont arrivées.

     

    Dans ses dernières prévisions, dévoilées jeudi, le gouvernement québécois a annoncé qu’il accueillerait cette année entre 6000 et 6600 réfugiés, dont un grand nombre de Syriens.

     

    Le problème du permis de conduire

     

    Selon l’époux de Mme Cheetri, les familles sont d’abord parties parce qu’elles ne parvenaient pas à obtenir leur permis de conduire. Au moins 20 familles étaient selon lui dans cette situation. « Ils arrivent à passer leur examen pratique, mais pas leur examen théorique », explique-t-il tandis que son épouse traduit ses propos en français. « L’examen théorique, c’est difficile, parce qu’ils sont analphabètes. Mais ils conduisent bien. Ils ont conduit pendant 20 ans dans leur pays. »

     

    Saroj Kumar Chhetri est moins habile en français que son épouse, mais il se débrouille et a son permis. Il a accompagné une famille à la Société de l’assurance automobile pour demander l’aide d’un traducteur. En vain. « Ils ont dit non, que ce n’est pas possible. Plein de fois. »

     

    À la SAAQ, la porte-parole s’est d’abord montrée étonnée par ces propos. « Ça m’étonne parce qu’il est possible d’avoir un interprète pour l’examen théorique », a expliqué Mme Audrey Chaput. Vérification faite, la SAAQ offre même une version en népali de l’examen. Le hic, c’est qu’il n’est offert qu’aux immigrants qui ont été reçus depuis moins de trois ans, en vertu de la Politique linguistique.

     

    Chhali Gajmer, une jeune népalaise très engagée dans la communauté, confirme que l’obtention des permis est un gros enjeu. « Ici, l’examen de permis de conduire, c’est tellement difficile par rapport aux autres provinces. […] Surtout pour les personnes adultes qui ne sont jamais allées à l’école au Népal. [Même] après cinq ans de cours de français ici, elles ne sont jamais capables de passer leur examen. » Elle signale que la voiture est « importante » pour aller au travail et que, pour beaucoup, « conduire est un rêve ».

     

    Mme Gajmer signale que beaucoup de familles partent aussi en Ontario parce que les parents tiennent à ce que leurs enfants maîtrisent l’anglais. « Ils pensent que la langue anglaise, c’est une langue internationale. Qu’il faut absolument enseigner l’anglais aux enfants. […] La famille est partout dans le monde, et ils se disent que ça va être difficile plus tard pour eux de communiquer s’ils apprennent juste le français. »

     

    Des départs à contrecoeur

     

    Ceux qui sont partis sont donc des gens qui étaient établis à Québec depuis un certain temps. Beaucoup travaillaient à l’usine de production de poulet Avico, précise M. Chhetri.

     

    Son épouse craint que le reste de la communauté finisse par les suivre dans le but de réunir les familles. « Ça ne va pas s’arrêter », dit-elle. Le pire, ajoute-t-elle, est que ces familles s’ennuient beaucoup de Québec. « Ici, c’est comme un paradis. Il y a du travail social, de l’aide, des bureaux. Mais là-bas, il y a moins de services. Personne n’était content de déménager. Ils s’ennuient de Québec. Tout le monde est triste là-bas. »

     

    Son mari est d’ailleurs allé visiter les familles installées autour de Toronto récemment. « Il a trouvé une seule famille qui était contente. »

     

    Chhali Gajmer tient le même discours. « À part ça [le permis et la langue], ils disent toujours que la vie est mieux ici. Ils ne vont jamais dire que la vie est meilleure ailleurs qu’à Québec. Il y en a beaucoup qui disent qu’ils vont revenir plus tard au Québec ou à Québec. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.