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    Morose

    C’est une chronique d’humeur. Celle de celui qui parle, mais peut-être plus encore celle des autres. Une humeur qui est comme une rumeur qui plane sur la ville, une vague de mécontentement qui se déroule lentement, sans trop faire de bruit, mais qui semble éroder les plus importants appuis que détenait jusqu’ici le maire de Québec.

     

    Oh, remarquez, Régis Labeaume serait encore élu avec une majorité république-de-bananière. Parce que l’opposition est, au mieux, risible. Parce que le mirage du retour des Nordiques hypnotise toujours les masses. Parce que le feuilleton du maire continue de faire la manchette, tandis que les quotidiens se sentent obligés de relayer la moindre de ses affirmations. Surtout les plus ridicules.

     

    Cette semaine, les deux principaux journaux de Québec titraient quelque chose comme : « Labeaume veut des ailes de poulet », ou son équivalent. On les remercie d’entretenir le détestable populisme du maire, qui signifiait par une de ses habituelles pirouettes de mononcle qu’il n’a aucun pouvoir concernant le choix ennuyeux de Québecor en ce qui concerne les concessions de nourriture dans l’amphithéâtre en devenir, aréna dont l’Empire détient les commandes. Le maire annonçait ainsi son impuissance. C’est peut-être celle-ci qui commence à en agacer plusieurs.

     

    À commencer par le milieu de la culture, qui a longtemps soutenu Labeaume. Il faut dire que ce dernier a rapidement compris l’étrange écartèlement idéologique qui existe au coeur de Québec, où les milieux des affaires et des arts détiennent un certain pouvoir, ou du moins de fortes voix, mais qui rarement se parlent. Le maire était parvenu à les réconcilier. À plaire à presque tous. Voilà maintenant qu’il s’aliène ces deux alliés de taille.

     

    Dont la culture, le plus récemment avec son silence devant l’éventuelle démission du gouvernement Couillard dans le projet du Diamant de Robert Lepage. Ce même silence dont il fait preuve tandis que les municipalités montent au front contre le ministre Moreau, et qui fait dire que le maire de Québec a les mains liées : son alliance avec le ministre des Affaires municipales afin de faire passer le projet de loi 3 à vitesse grand V le contraint sans doute à un devoir de réserve d’au moins quelques mois.

     

    Ajoutez à cela l’échec retentissant des écoquartiers, du projet de tramway, de l’usine de biométhanisation et la guerre de mots et d’avocats qu’il livre au centre commercial des Galeries de la Capitale (après avoir fait exploser son compte de taxes, et avoir été débouté une première fois en cour), sans parler de toutes les innovations qui se font attendre et que le maire promet depuis son premier mandat — dont celle de doter la ville d’un mobilier urbain extravagant qui la rende semblable à Chicago ou Barcelone —, et l’on constate que le désenchantement gagne peu à peu ses partisans.

     

    On dira que le maire gouverne. C’est vrai. Mais comme l’écrivait très justement Brigitte Breton dans Le Soleil plus tôt cette semaine : les entêtements du maire commencent à coûter cher au citoyen. Et ils ressemblent de plus en plus souvent à des abus de pouvoir.

     

    Son incapacité à prendre du recul et à parler autrement qu’avec ses émotions a longtemps été sa force. Mais comme on pouvait le deviner, son caractère bouillant est aussi sa principale faiblesse. En témoigne encore cette semaine sa sortie contre le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, dont Régis Labeaume a laissé entendre qu’il avait peut-être quelque chose à cacher, et que la municipalité qui se plaint de devoir verser à Québec des sommes prohibitives aurait dû y penser à deux fois avant d’investir dans un complexe sportif de plusieurs millions.

     

    Le maire se rend-il compte qu’il sert ainsi à tous ses détracteurs le plus efficace argument contre lui-même ? Et que la prochaine fois qu’il déchirera sa chemise en menaçant de surimposer toutes les autres entreprises de la ville parce que les Galeries de la Capitale refusent de payer un montant dont la justice les a déjà exemptées, tandis qu’une équipe de hockey junior majeur occupera son magnifique aréna, on pourra lui répondre la même chose ?

     

    On dira que le maire n’a pas le choix. C’est faux. Il a choisi la grande séduction. Puis la grande division. Se faire élire en promettant du hockey. Puis se faire élire en opposant les « gâtés pourris » syndiqués au reste de la population. Garrocher l’argent public par les fenêtres en promettant une équipe qui semble vouloir s’installer à Las Vegas plutôt qu’à Québec. Puis tenter d’en récupérer le plus possible en écrasant ses opposants dont il réclame qu’on déchire leur convention collective.

     

    Pendant ce temps, le maire marche main dans la main avec un gouvernement dont les politiques d’austérité risquent de paralyser de nombreux projets chez lui. Et Québec renoue tranquillement avec cette humeur que Labeaume avait pourtant chassée en reprenant les rênes de la ville au décès d’Andrée Boucher.













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