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    Colère et consternation à Québec

    La mort violente d’un cycliste dans Saint-Roch expose les tensions entre citoyens et policiers

    5 septembre 2014 | Isabelle Porter - à Québec | Ville de Québec
    Des citoyens ont déposé jeudi des fleurs non loin des lieux l’accident.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Des citoyens ont déposé jeudi des fleurs non loin des lieux l’accident.

    La mort violente d’un cycliste écrasé mercredi par une autopatrouille ramène les projecteurs sur les tensions entre policiers et citoyens dans le quartier Saint-Roch, à Québec.

     

    En fin de journée jeudi, plus d’une centaine de personnes se sont réunies sur le parvis de l’église Saint-Roch pour une vigile. Assis dans les marches de l’église, ils ont chanté Si Dieu existe et fait une minute de silence pour le disparu. « Aux voleurs — la police vole des vies », pouvait-on lire sur leurs affiches.

     

    En matinée, la Sûreté du Québec avait confirmé le décès du cycliste blessé là la veille après qu’une voiture de police a reculé sur lui. Il s’appelait Guy Blouin, vivait à Québec et était âgé de 48 ans. Plusieurs témoins ont rapporté que la voiture avait reculé à toute allure sur l’homme et que les policiers avaient retiré le vélo des lieux après l’accident au lieu de préserver la scène de crime. Un témoin a même raconté à un journaliste du FM 93 qu’il avait vu la voiture reculer à deux reprises sur M. Blouin.

     

    Carlo Bel Monte, lui, est arrivé juste après l’impact. « Une fois que tu frappes quelqu’un, t’es censé le laisser là, pas y toucher. Mais là, ils sautaient dessus, le maîtrisaient, l’écrasaient par terre. Je pense que ce n’est pas dans les normes », a-t-il raconté jeudi au Devoir.

     

    La SQ enquête

     

    Au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), on s’est refusé à tout commentaire jeudi, nous dirigeant vers la Sûreté du Québec (SQ), chargée de l’enquête. Quant aux deux policiers en cause, Le Devoir a appris qu’ils n’avaient pas été suspendus, mais sont en congé de maladie.

     

    À la Sûreté du Québec, on n’a pas voulu faire de commentaire sur le fait que la scène de crime a été modifiée. « Les enquêteurs sont retournés sur les lieux pour rencontrer d’autres témoins potentiels », a toutefois signalé la porte-parole Ann Mathieu, en ajoutant qu’ils y retourneraient ce vendredi pour reconstituer la collision. Sur le défunt, elle a signalé que « c’était un individu connu des policiers, mais pas de façon récente ». Mme Mathieu a également déclaré à Radio-Canada que l’homme avait pu se relever avant de monter dans l’ambulance.

     

    Un lieu symbolique

     

    Le drame a suscité d’autant plus de réactions qu’il est survenu dans un lieu où les tensions sont monnaie courante. « C’est un lieu symbolique au niveau de la répression », a expliqué Françoise La force de la Ligue des droits et libertés.

     

    La Ligue dénonce depuis des années le comportement des policiers à cet endroit. « C’est l’attitude des policiers qui crée de l’irritation », poursuit-elle en racontant que des voitures de patrouille arrivent en groupe ou montent sur le parvis pour des infractions pourtant « mineures ».

     

    Carlo Bel Monte a dit y avoir reçu trois constats d’infraction dans le passé : pour avoir roulé à vélo sur le trottoir, pour avoir refusé de s’identifier et parce qu’il circulait à vélo sans lumière avant. « Ils font toujours leur tour à toutes les demi-heures et ils harcèlent le monde », dit-il.

     

    Depuis la destruction du Mail Saint-Roch, la place du Parvis est devenue un lieu de rassemblement pour les marginaux de tous âges dans le quartier. « Les gens du parvis ne sont pas très riches, plusieurs sont sur le bien-être social », expliquait jeudi Serge Lanctôt qui vit juste à côté. « Ça les a affectés beaucoup », a-t-il dit en parlant du drame de la veille.

     

    En matinée, Caroline (nom fictif) a été la première à venir porter des fleurs à l’endroit de l’accident. La jeune femme n’a pas voulu être identifiée de peur, disait-elle, d’être retrouvée par un ex-conjoint violent. Mais elle était fière de dire qu’elle avait volé les fleurs aux terrains voisins de la caserne de police, au parc Victoria. « À matin, quand j’ai su qu’il était décédé, je suis allée chercher des belles petites fleurs au parc Victoria, gracieuseté d’eux autres ! », a-t-elle lancé.

     

    Paradoxalement, les habitués du parvis ne connaissaient pas ou peu le défunt. « Je l’ai jamais vu auparavant », de dire Carlo Bel Monte, rencontré en matinée en vélo avec sa perruche sur l’épaule. « Je viens ici deux, trois fois par jour prendre un café, prendre un break. »

     

    Scène de crime

     

    Selon l’expert en affaires policières Stéphane Berthomet, c’est surtout la question de la scène de crime qui pose problème à première vue dans cette affaire. « Il est évident qu’en soi, le fait de déplacer les éléments de cette scène d’accident est une faute en tant que telle. […] En modifiant la scène de l’accident, je ne comprends pas comment les policiers pouvaient penser que ça n’allait pas jouer sur la suite de l’enquête. »

     

    Prié de dire s’il s’agissait à ses yeux d’une « bavure », il a ajouté que « le terme “ bavure ” ne veut rien dire. […] On a affaire soit à un acte d’incompétence, soit à un dérapage dû à de mauvaises pratiques ou à une très très mauvaise évaluation de la situation. »

     

    Concernant les autres éléments de l’incident, M. Berthomet préfère ne pas commenter, faute de renseignements complets. Toutefois, il estime que la SQ gagnerait à être plus transparente. « La seule information qu’elle a laissée filtré, c’est une information qui a l’air plus favorable aux policiers qu’autre chose », dit-il concernant les propos de Mme Mathieu sur le fait que l’homme se serait relevé après l’impact.

     

    Invitée à réagir, Mme Mathieu a rétorqué qu’elle n’avait pas le choix. « Quand on est en enquête, on n’est jamais très volubile. Il faut quand même prendre le temps devérifier les informations qu’on possède et de laisser les policiers faire leur travail. »

     

    Jeudi, la Ligue des droits et libertés de Québec a réitéré que les enquêtes sur les policiers ne devaient pas être menées par d’autres policiers. Elle réclame qu’on crée une instance civile transitoire pour mener cette enquête-ci.

     

    « Nous, on pense que tant qu’il n’y aura pas d’enquêtes crédibles dans les cas comme ça, c’est juste les rumeurs et la méfiance naturelle des gens envers les policiers qui va prédominer, a fait valoir son responsable Sébastien Harvey. Ce serait vraiment dans l’intérêt des policiers autant que de la population. »

     

    Le gouvernement péquiste a modifié la Loi sur la police en 2012 pour permettre la création d’un bureau d’enquête indépendant dans pareilles situations. Mais cette loi n’est pas encore entrée en application. Selon le gouvernement libéral, il faudra pour cela attendre à 2015.













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