Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Réfugiés népalais à Québec

    La francisation de 7 à 77 ans

    Des réfugiés poursuivent leur apprentissage au travail

    4 décembre 2013 |Isabelle Porter | Ville de Québec
    Karna Bahadur Rai suit des cours de français depuis l’an dernier chez Lis-moi tout Limoilou.
    Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Karna Bahadur Rai suit des cours de français depuis l’an dernier chez Lis-moi tout Limoilou.
    Consultez le premier texte de notre série et sa galerie photo

    Souvent analphabètes dans leur propre langue, les réfugiés népalais sont particulièrement difficiles à franciser. Second et dernier texte sur la vie de ces nouveaux arrivants à Québec.
     

     

    Le Cégep de Sainte-Foy pense avoir trouvé comment améliorer le français des Népalais : les pousser plus vite sur le marché de l’emploi. On ferait ainsi d’une pierre deux coups en palliant le manque de travailleurs manuels dans la région.

     

    L’atmosphère est électrique dans la classe de francisation de Frédéric Villeneuve au Cégep de Sainte-Foy. Avec un jeu-questionnaire digne de The Price is Right, il habitue ses élèves à décrire ce qui peut se briser dans une maison. « Alors, c’est pour 500 $ dans la chambre à coucher ! », lance-t-il devant une image de bris. « La vitre cassée ! », hurle une jeune Népalaise.

     

    Malgré la tempête de verglas de ce matin-là, ils avaient tous pris le bus pour assister à leur cours, certains nus pieds dans les souliers d’une autre saison. Les réfugiés népalais ne manquent pas de motivation. Après un an de francisation au cégep, beaucoup poursuivent une année de plus au Centre Louis-Jolliet.

     

    Résultats en demi-teinte

     

    Le centre n’a jamais eu autant d’élèves (450), mais les résultats des dernières années ont déçu. « Les gens venaient en francisation et très peu allaient sur le marché du travail », explique la directrice du Centre à la Commission scolaire de la capitale, Sylvie Côté.

     

    Pour s’ajuster, ils leur donnent des outils en classe pour se trouver un emploi. « On essaie de travailler à la connaissance de soi », explique la professeure Julie Damien, car la vie dans les camps les a plutôt habitués à se définir en tant que groupe.

     

    Le cégep va encore plus loin. L’école de francisation a lancé lundi un projet pour les insérer sur le marché du travail après seulement un an de cours. « On commence par des activités de connaissance desoi, ses forces, ses expériences antérieures, ses qualités, explique la conseillère pédagogique Mariève Labbé. Puis on les amène tranquillement vers la connaissance du monde du travail, les parcours possibles à partir d’où ils sont. »

     

    Emploi-Québec est emballé. Avec un taux de chômage sous la barre des 5 %, la région manque de travailleurs dans les cuisines des restaurants, en couture, dans les entreprises de nettoyage… Une fois engagés, les employés pourraient poursuivre la francisation, mais en milieu de travail.

     


    À la petite école à 77 ans

     

    Or certains trouvent qu’on met trop l’accent sur l’emploi et qu’on abandonne les plus vieux et les analphabètes. Nicole Landry dirige l’organisme d’alphabétisation Lis-moi tout Limoilou. Elle est préoccupée. « La francisation que fait le ministère, c’est bien [celle donnée au Cégep de Sainte-Foy]. Mais ça ne rejoint pas les personnes immigrantes analphabètes. Ça ne répond pas à leurs besoins, dit-elle. Les personnes analphabètes n’ont pas la notion des nombres. Avant de leur montrer l’heure, le calendrier ou comment écrire leur numéro de téléphone, il faut leur expliquer la valeur de “ 1 ”, il faut leur expliquer le système de l’heure. »

     

    Dans le cadre d’un projet-pilote, son organisme a pris en charge la francisation d’une poignée de groupes dès la première année, ce qui leur permet de poursuivre dans un environnement familier.

     

    Dans le corridor, les élèves ont fait des bricolages avec des feuilles d’automne, et écrit leur nom en grosses lettres. On se croirait dans une école primaire, mais les élèves sont pour la plupart des grands-parents.

     

    Karna Bahadur Rai, 77 ans, n’était jamais allé à l’école avant d’entrer chez Lis-moi tout Limoilou. Après un an, il peut dire son nom et combien il a de petits-enfants. Ce matin, la professeure Mylène Bussières lui a montré comment lire la météo. « Je vois mon garçon de trois ans et ici, et c’est la même structure de phrases, dit-elle. Ils n’ont pas de référence de grammaire, d’ordre de mots. Il faut faire preuve de beaucoup de créativité et s’imaginer à leur place. » En même temps, la jeune enseignante est très optimiste. « Ils sont curieux, intéressés, assidus. »


    Apprentissage à haute vitesse

     

    À l’inverse, les jeunes Népalais apprennent à une vitesse impressionnante. Rashami Ganjer, sept ans, n’a presque pas d’accent. Quand elle parle de l’hiver, elle dit qu’il fait « frette ». C’est beaucoup plus facile pour les élèves qui arrivent avant la quatrième année, note la conseillère pédagogique Émélie Morin de la Commission scolaire de la capitale. Dans un de ses groupes, une jeune Népalaise est même première de classe.

     

    Souvent, les élèves commencent dans des classes dites « fermées » dédiées uniquement à la francisation. Lorsqu’ils sont plus avancés, on les intègre progressivement au régulier. À l’école des Jeunes-du-Monde, Julie Francis a un jeune Népalais dans sa classe de 6e année. « Cette semaine, je lui ai donné pour la première fois un plan de travail. C’était à remettre pour demain et il était déjà fait aujourd’hui. Il était vraiment très fier. »

     

     

    Karna Bahadur Rai suit des cours de français depuis l’an dernier chez Lis-moi tout Limoilou. Mylène Bussières se sert de dessins pour montrer à ses élèves à présenter une tierce personne Dans une classe de niveau 4, Frédéric Villeneuve teste les connaissances de ses étudiants avec un jeu-questionnaire. Élèves débutants dans un cours de francisation au Cégep de Sainte-Foy. Élèves débutants dans un cours de francisation au Cégep de Sainte-Foy.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.