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    Révélations

    C’était comme un soir de spectacle. La lumière d’un midi d’automne entrait par les fenêtres pour venir se répandre en grandes flaques jaunes sur l’entrée principale du théâtre Capitole, mais près des portes de la salle, au fond du couloir, une foule superbement sapée attendait dans la pénombre et les velours pour prendre place à l’une des grandes tables rondes disposées au parterre. Dans quelques minutes allait débuter l’unique débat de cette campagne électorale.

     

    Gageons que les membres de la Chambre de commerce de Québec qui organisait l’événement s’en sont arraché les billets, vu la rareté de l’exercice. Petit jeu dont on a rapidement saisi qu’il agaçait le maire sortant bien plus encore que son adversaire, David Lemelin.

     

    C’est que, pour tout dire, Régis Labeaume paraît nettement plus malin en one man show.

     

    Pas qu’il fût totalement nul lors de cet affrontement, tant s’en faut. Mais ne disposant pas de la liberté de cabotiner ou d’aligner les formules aussi efficaces que létales qui émaillent ses rencontres avec les journalistes, il semblait soudainement moins redoutable. En guise de comparaison, la conférence de presse de la semaine précédente - qui lui a valu, ce lundi, une poursuite en règle du Syndicat canadien des travailleurs de la fonction publique - s’était avérée la démonstration d’une indiscutable maîtrise.

     

    Après avoir haché menu le plancher d’emplois des cols bleus (dont ces derniers contestent l’existence) lors d’un laïus livré avec son aplomb tranquille des meilleurs jours, le maire sortant avait procédé à la minutieuse démolition de chacune des attaques du jour de l’opposition. Et pas uniquement en fanfaronnant, mais en allant aussi dans le détail, chiffres et arguments valides à l’appui.

     

    Une semaine plus tard, le contraste avec la scène était frappant. D’autant qu’on s’attendait à une entreprise de destruction dont le chef de Démocratie Québec ferait les frais. Peu convaincant lors de son discours d’ouverture et peinant parfois à faire comprendre clairement les nuances de sa vision de la gestion de la ville (Labeaume a eu raison de railler quelques-unes de ses formules qui sonnent creux), David Lemelin s’est cependant révélé un adversaire agile, capable de prendre le maire en défaut, de lui renvoyer la balle, et même de compter plusieurs points.

     

    Résultat : un match nul. Certains diront plutôt une victoire technique pour Labeaume, qui a réussi à y vendre son bilan. Peut-être. Mais je crois plutôt à un gain moral pour Lemelin dont on n’attendait rien, et qui est parvenu à éclairer quelques failles dans les fondations de l’édifice municipal.

     

    Ma collègue Isabelle Porter a déjà rapporté dans le détail les sujets dont il a été question, et qui portaient essentiellement sur l’économie, le transport, l’immigration, la main-d’oeuvre, etc. Ce qui m’intéresse plus encore, c’est ce que révèle ce débat. Soit la nécessité d’une véritable opposition à l’hôtel de ville.

     

    Une idée qui doit évidemment déplaire à Régis Labeaume. Depuis le début de cette campagne, il affiche des airs d’estivant blasé. Comme ces types que leurs épouses traînent en croisière, et qui, affalés sur le pont d’un géant de la mer, se laissent périr d’ennui.

     

    Il était même parvenu à ignorer David Lemelin, jusqu’à ce que le chef de Démocratie Québec l’attaque sur le front de l’éthique et du financement. Mais juste à voir son expression lors du débat, on devinait que, pour Labeaume, cette élection est un contretemps. Sauf peut-être dans la mesure où il souhaite qu’elle soit un plébiscite qui légitime la partie de bras de fer qu’il a entamée avec les syndicats.

     

    Je reviens à cette idée d’opposition, parce que soudainement, sur la scène du Capitole, on a vu Labeaume perdre un peu de sa superbe. Ou du moins, il a prêté le flanc, comme lorsque Lemelin a déjoué la manie du maire sortant de faire passer les investissements du gouvernement québécois dans la capitale comme de l’argent qui tombe du ciel. « Ça vient aussi de mes poches », a rappelé Lemelin.

     

    Régis Labeaume a un peu confirmé ce qu’avançait son adversaire dans son livre, La dictature amicale : au rayon de la discussion, le maire est assez mauvais joueur, inutilement tranchant. Lemelin a quant à lui fait preuve de son inexpérience. Mais le premier a trouvé sur sa route quelqu’un capable de jouer avec lui lorsqu’il transforme la politique en numéro de variétés.

     

    Sur la scène du Capitole, on a pu imaginer la dynamique qui pourrait s’installer à l’hôtel de ville si le chef de Démocratie Québec y obtient un siège. Le grand perdant serait Labeaume. Parce qu’il aurait désormais devant lui un interlocuteur à sa hauteur, possédant la force de caractère pour lui mettre le nez dans ses erreurs.

     

    À part lui-même, personne ne s’en plaindra.













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