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    Ville de Québec

    Lacunes et confusion dans l'accueil des réfugiés

    19 février 2013 |Isabelle Porter | Ville de Québec
    En visite chez la famille Khatiwada, la bénévole Denise Blouin montre à une jeune fille le Château Frontenac sur un calendrier. Mme Blouin veille au sort des réfugiés népalais de son quartier de Québec.
    Photo: Renaud Philippe - Le Devoir En visite chez la famille Khatiwada, la bénévole Denise Blouin montre à une jeune fille le Château Frontenac sur un calendrier. Mme Blouin veille au sort des réfugiés népalais de son quartier de Québec.
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    Depuis 2009, Québec est la ville qui a accueilli le plus gros contingent de réfugiés népalais au Canada, soit plus de 1000 personnes. Malgré leur volonté de réussir, ces réfugiés éprouvent des difficultés d’adaptation majeures. En fait-on assez pour les aider ? Dernier texte d’une série de trois.

     

    Retraitée de l’enseignement, Denise Blouin veille au sort des réfugiés népalais de son quartier. La plupart d’entre eux hochent la tête lorsqu’on leur dit « Denise ». Souvent, c’est la première personne qui les a visités à leur arrivée. Avec sous le bras des calendriers, quelques vêtements et des dessins… de sécheuses.

     

    La scène a quelque chose de surréaliste. Dans un petit appartement de Vanier, trois Népalais incrédules se font expliquer par mimes la programmation du Carnaval de Québec. « Ça, c’est Bonhomme Carnaval », « festival », « sculptures dans la neige »…

     

    Denise Blouin fait partie de l’équipe de bénévoles de l’organisme La Ruche de Vanier. Cette femme énergique consacre un temps fou à faciliter la vie des réfugiés. Elle les aide à trouver des meubles, leur organise des activités et, souvent, s’attache à eux.

     

    Dans son sac, Denise a une petite fiche verte pour chacune de « ses familles » avec leurs noms, leur âge, leur date d’arrivée et leurs besoins. « Namaste », dit-elle en arrivant. Vite, elle lance une blague à la petite fille à l’air espiègle qui ouvre la porte.

     

    « Moi, ce que j’emploie, c’est le langage du coeur. Il faut les aimer, et je les aime beaucoup. On se comprend avec le langage du coeur et puis des dessins. » Des dessins de la sécheuse qu’elle va leur magasiner. Du chemin à prendre pour se rendre jusqu’au centre la Ruche. De la case du calendrier où elle leur a donné rendez-vous.

     

    « Ils sont tellement accueillants. Si j’avais bu toutes les tasses de thé qu’ils m’ont offertes, j’aurais le système nerveux pas mal ébranlé ! »

     

    Pivots, mais précaires

     

    Ce jour-là, une autre dame l’accompagne pour leur parler de cours de français offerts non loin chez une voisine. Une fois installés, les Népalais sont un peu perdus. À Vanier, Denise et ses amies viennent combler les trous du système, mais qu’en est-il dans d’autres secteurs ? Que font les familles qui n’ont pas de Denise ?

     

    Le Centre multiethnique est bien conscient de l’ampleur des besoins. L’organisme est responsable de l’accueil des réfugiés pour les premiers jours. Il leur trouve un appartement, les loge dans un motel en attendant, met de l’ordre dans leurs papiers, leur fournit des services de base.

     

    Pour la suite, beaucoup d’organismes peuvent intervenir, mais il est difficile de s’y retrouver. De savoir où s’arrête le rôle des uns et commence celui des autres. Pour faire le suivi, le Centre a créé le poste d’intervenant pivot. Une personne dont le rôle est de servir de référence aux familles, de les visiter et les diriger vers les bons services. Dans le milieu, tout le monde s’entend pour dire qu’ils sont indispensables. Or le poste est précaire et le financement non garanti.

     

    L’intervenante dans Vanier, Audrey Deschênes, a quitté son emploi en décembre pour un métier plus stable. Elle adorait son travail et la communauté l’appréciait énormément. Lorsqu’elle était en poste, elle s’occupait de 107 familles. Quand on lui demande si elle était débordée, elle éclate de rire. « Tu ne fournis pas à la tâche. Il y a tellement de besoins. Tu rentres dans une famille pour régler un truc et tu en trouves un millier ! »

     

    L’intervenante pivot de Limoilou, Véronique Gagné-Bergeron, explique que, lors de la remise des paniers de Noël, elle a dû passer « au minimum une heure avec chaque famille pour leur expliquer comment utiliser la nourriture ».

     

    Au surplus, les réfugiés du Népal ont des besoins particuliers parce que beaucoup ont des problèmes de santé lourds. Lors d’une visite chez une famille dont le fils est handicapé, Véronique explique au père comment lire le bulletin quotidien des éducatrices qui s’en occupent pour savoir ce qu’il a fait dans la journée, s’il y a eu des problèmes.

     

    Après avoir lu une lettre envoyée par l’école, elle essaie de lui expliquer qu’il faut appeler la direction si son fils a de la fièvre et reste à la maison. « Il faut laisser un message sur la boîte vocale avant 8 h 30. Ça va ? Vous avez compris ? »

     

    L’employeur des pivots, le Centre multiethnique, concède qu’il en faudrait deux fois plus. « Mais on a de la misère à financer leur salaire et pérenniser ce qu’on a », explique la directrice.

     

    Contrairement à Montréal, Québec attire peu d’immigrés volontaires. Le ministère de l’Immigration a donc pris l’habitude d’y envoyer des groupes importants de réfugiés de Bosnie, de Colombie… Pour justifier l’arrivée massive de Népalais à Québec, sa porte-parole souligne que la ville a une bonne « capacité d’accueil » et une « expertise ».

     

    Mais cet avis n’est pas partagé par tous. Andrée Juneau a passé sa vie à s’occuper des réfugiés de Québec par l’entremise du Service d’accueil des réfugiés, un organisme de réunification familiale. Elle connaît bien le milieu, et son travail lui a valu un prix québécois de la Citoyenneté du ministère de l’Immigration.

     

    Elle se demande s’il ne faudrait pas tout reprendre depuis le début dans l’accueil des réfugiés. « Le système ne s’est pas arrêté à faire la liste des besoins des réfugiés qu’on accueille, dit-elle. Il faudrait prendre le temps de réfléchir à la structure d’accueil qu’on a. Regarder les trous qu’on a et travailler à les remplir. »

     

    Guichet unique

     

    À son avis, on gagnerait à créer une sorte de guichet unique dans la capitale. « Même moi, j’aurais de la misère à diriger des gens là-dedans. […] C’est trop morcelé. Ça prendrait un organisme pivot qui gère l’ensemble. […] Un endroit où les réfugiés développeraient le réflexe d’aller. »

     

    Il y a quelques années, la Ville avait un projet de maison interculturelle, mais le projet a avorté. Le Centre multiethnique a toujours été opposé à ce projet, mais Dominique Lachance reconnaît que le réseau actuel est chaotique. « Ce n’est pas organisé. Il y a plein de monde qui fait plein de choses. Plein de bonne volonté, mais il n’y a pas d’organisation. Pas de leadership. Chacun travaille en silos. »

     

    Selon elle, une stratégie s’impose. « On a un engagement humanitaire, un engagement international. On les accueille ces gens-là, mais il faut qu’on aille jusqu’au bout de cet engagement-là, de s’assurer qu’ils deviennent des citoyens à part entière », ajoute-t-elle.

     

    En attendant, paradoxalement, Mme Lachance s’inquiète de la baisse du nombre de réfugiés envoyés à Québec par le ministère. Cette année, leur nombre est passé de 410 à 388. « On augmente le nombre d’arrivées, mais on réduit les prévisions. Moi, ça m’enrage parce que ça prend une masse critique pour développer des services. »

    En visite chez la famille Khatiwada, la bénévole Denise Blouin montre à une jeune fille le Château Frontenac sur un calendrier. Mme Blouin veille au sort des réfugiés népalais de son quartier de Québec. Mme Blouin offre un chapeau à Mme Monmaya Khatiwada, sous le regard amusé de ses petites-filles. Denise Blouin rigole avec la cadette de la famille Khatiwada, Joëlle. Fraîchement débarqué au Québec, M. Kherka Sing Monger pose dans l'une des pièces vides de son appartement. Une fillette népalaise traverse la voie ferrée pour se rendre au cours de français offert par une voisine bénévole. Visite à l'Épicerie népalaise dans le quartier Les Saules. Le propriétaire de l'Épicerie népalaise, Saroj Kumar Chhetri, derrière un plat de desserts traditionnels Pabitra Poudel fait partie des réfugiés népalo-bouthanais installés à Québec. Elle pose ici avec deux de ses petits-enfants. Yamuna Poudel a conservé les souvenirs du camps de réfugiés dans un album. Elle le feuillette ici avec sa nièce. Pabitra Poudel, avec les membres de sa famille, dans leur appartement de Vanier Des dizaines de réfugiés népalais travaillent dans la même entreprise d'emballage de volaille, Avico. Les réfugiés se sont présentés par dizaines à l'usine pour avoir du travail. Aruna Chhetri, 20 ans, avec sa grand-mère en arrière plan Aruna en train de préparer les épices pour le thé. Portrait de la grand-mère d'Aruna âgée de 91 ans À Limoilou, l'intervenante-pivot accompagne un réfugié pour l'aider à trouver des appareils électriques et des aliments à prix abordable. À Limoilou, l'intervenante-pivot accompagne un réfugié pour l'aider à trouver des appareils électriques et des aliments à prix abordable.












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