Légionellose: personne ne veut porter le blâme
À qui incombe la responsabilité de l’éclosion de légionellose qui a fait 13 morts cet été à Québec ? Pour l’heure, la Santé publique et la CSQ imputent le drame à un funeste mélange d’ignorance et de malchance.
Malgré les reproches qui lui ont été faits, la Direction de la santé publique (DSP) ne prend aucun blâme dans le volumineux rapport qu’elle a rendu public jeudi.
En entrevue, son directeur François Desbiens jure qu’il a fait le maximum… contrairement aux propriétaires de tours de refroidissement. « On ne pense pas [qu’on aurait pu agir plus rapidement] », dit-il en rappelant que peu de propriétaires avaient répondu au questionnaire que la DSP leur avait transmis pendant la crise.
L’ignorance des uns et des autres en matière de tours semble avoir joué un rôle indéniable. « L’expertise sur la légionelle dans les [tours] est rare au Québec », souligne le rapport. Pour cela, il faut compter sur des « firmes privées » dont il est « difficile d’évaluer la qualité et la rigueur ».
Le premier cas de légionellose est apparu le 18 juillet et l’éclosion a pris fin officiellement le 29 août. Pas moins de 181 personnes ont été malades et 13 sont mortes, surtout dans le quartier Saint-Roch.
Le 19 septembre, on apprenait que la tour de refroidissement à l’origine de la bactérie se trouvait sur le toit de l’immeuble de la Centrale des syndicats du Québec (Québec), en plein coeur du quartier.
Or, pendant ses inspections, la DSP a découvert un grand nombre de tours en piteux état à d’autres endroits.
Du Capitole, en passant par l’hôtel Palace Royal et un immeuble de Services Canada, les tours de nombreux bâtiments sont jugées « problématiques » dans le rapport. Même la Ville de Québec a dû s’expliquer jeudi sur l’état d’une de ses installations. Parlant d’un « résultat surprenant » et d’un « épisode isolé », elle souligne que ce n’est pas ce qui a rendu les gens malades.
Le rapport recommande donc au gouvernement d’imposer des normes strictes de contrôle et un registre des tours de refroidissement, effort que Québec s’était déjà engagé à fournir de toute façon.
Victime d’une «mauvaise loterie»
Mais si l’absence de normes prévaut partout, pourquoi l’éclosion est-elle survenue à Québec et pas ailleurs ? « C’est une malchance », répond du tac au tac le Dr Desbiens.
« Chaque bactérie a la capacité de développer une virulence particulière. La tour au 320, Saint-Joseph a été ensemencée par une légionelle qui avait cette virulence-là, et elle [y] a trouvé les conditions pour se multiplier. »
La CSQ n’est pas prête non plus à porter le blâme dans cette affaire. « On a fait tout ce que les spécialistes autour conseillaient de faire », a répondu l’une de ses responsables jeudi, alors que les médias la bombardaient de questions.
« C’est une mauvaise loterie à laquelle on a gagné », a déclaré pour sa part le porte-parole de la centrale, Daniel B. Lafrenière. Il a même suggéré que sa tour n’était peut-être pas seule en cause parce que la DSP avait identifié la souche responsable sur un petit échantillon de malades. « Je vous rappelle qu’il y a 88 % des cas qui n’ont pas été testés. Il y a 22 cas qui sont reliés à chez nous sur 12 %, et un cas qui vient d’ailleurs. Ça fait que l’échantillonnage… »
Du côté des familles des défunts, il y a « beaucoup de colère », selon l’avocat Jean-Pierre Ménard, qui représente huit d’entre elles. « Il y a beaucoup de questions auxquelles le rapport ne répond pas sur la gestion de la crise, les délais à faire les tests, l’information donnée au public », dit-il. « On fait des recommandations qu’on avait déjà il y a dix ans. »
Le groupe représenté par Me Ménard n’exclut pas un recours collectif. Or, il attend d’en savoir plus avec le début de l’enquête du coroner, le 4 mars prochain.








