Les lieux secrets de Québec - Le long coma des nouvelles casernes
Un imposant héritage des Augustines cherche une vocation
Photo : Yan Doublet - Le Devoir
À retenir
Le Devoir lance aujourd’hui une série estivale de reportages sur des lieux méconnus de la ville de Québec. Pour commencer: les nouvelles casernes, un imposant édifice du régime français auquel on cherche en vain une vocation depuis plus de 40 ans...
Québec — C’est pour des endroits comme les nouvelles casernes que l’expression «secret bien gardé» a été inventée. Rares sont les gens de Québec qui connaissent leur existence et, pourtant, ce lieu historique d’importance ne fait pas moins de 160 mètres de long et est situé en plein cœur du Vieux-Québec!
Construites vers 1750 pour loger les soldats français et pour protéger la ville contre les attaques, les nouvelles casernes ont servi de rempart à l’invasion américaine et d’usine à munitions pour finalement abriter les vélos des travailleurs de la santé du Vieux-Québec.
Situées entre l’hôpital l’Hôtel-Dieu et le parc de l’Artillerie, les nouvelles casernes longent les remparts de la ville du côté nord sur trois étages. «Ça fait partie du système des fortifications», explique l’historien David Mendell. «La falaise de ce côté de la ville était beaucoup moins élevée que du côté du fleuve. La ville étant beaucoup plus vulnérable de ce côté, on a donc construit les casernes.»
Fermée au public, l’imposante structure de pierre est située juste au-dessus du palais de l’Intendant, un autre vestige du régime français qui n’a pas été mis en valeur. Or contrairement au reste des fortifications qui sont gérées par Parcs Canada, les casernes appartiennent aujourd’hui... à un hôpital, son voisin l’Hôtel-Dieu. C’est donc le ministère de la Santé qui paie la facture de l’entretien de ce site patrimonial de grande valeur!
«L’Hôtel-Dieu a acheté les nouvelles casernes du gouvernement en 1966 à l’époque où il était administré encore par les sœurs augustines», explique Richard Fournier le directeur des communications du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) dont fait partie l’hôpital. «C’est donc un héritage des Augustines. Le projet qu’elles avaient était d’y construire une école d’infirmières et un stationnement.» L’acte de vente parlait même d’une possible démolition du site, ce qui serait impensable aujourd’hui en raison de la protection que l’on donne aux lieux historiques. Le projet, lui, ne s’est pas concrétisé.
Pour la énième fois cette année, l’hôpital a dû donc débourser des sommes importantes (plus d’un million sur cinq ans) pour consolider le mur est qui menace de s’effondrer le long de la côte du Palais. À défaut d’avoir trouvé un usage à ce lieu patrimonial, on s’en tient aux soins de base et, en attendant, on y loge les vélos du personnel de l’hôpital.
L’Hôtel-Dieu n’a pas non plus trouvé comment l’intégrer à son actuel projet d’agrandissement. Mais ce n’est pas faute d’avoir voulu, explique M. Fournier. «On a essayé d’élaborer différents projets pour utiliser le bâtiment, mais les coûts sont toujours extrêmement importants à cause de l’aspect conservation du patrimoine», souligne-t-il. «L’autre problème, c’est que c’est un bâtiment extrêmement long et peu profond, alors c’est difficile de trouver un concept d’aménagement à caractère clinique. Ça va donc faire 40 ans et on n’a pas réussi à trouver un projet qui soit réalisable.»
Le dernier en date était le transfert dans les nouvelles casernes des activités de dialyse ambulatoires pour les gens qui souffrent de maladies rénales. Or, il en aurait coûté à l’hôpital trois fois plus que ce qu’on a finalement payé ailleurs pour une superficie supérieure.
Alors, les nouvelles casernes restent dans le coma. À l’intérieur, on a empilé les portes et des structures portant encore les fiches descriptives jaunies de l’équipe d’historiens qui en a fait l’inventaire au début des années 1970. Sur le côté nord, on a construit des murets de briques supplémentaires pour empêcher des squatteurs de pénétrer à l’intérieur en passant par les meurtrières. Ces meurtrières ont d’ailleurs leur importance historique, raconte David Mendell. «Quand les Américains ont attaqué en 1775, Benedict Arnold [le général à la tête de l’insurrection américaine] a trouvé refuge dans le palais de l’Intendant en bas et on a tiré des boulets de canon à partir des nouvelles casernes pour le déloger.»
Lieu de mémoire
Dans un article publié dans la revue Cap-aux-Diamants, l’historien André Charbonneau explique pour sa part que les casernes ont plus ou moins été abandonnées vers 1871, après le départ de la garnison britannique, pour servir dix ans plus tard de fabrique de cartouches. À la fin de l’article, il signale que leur présence a «contribué à la nomination de Québec comme ville du patrimoine mondial de l’UNESCO» et dit souhaiter «une restauration prochaine de ce précieux lieu de mémoire collective».
C’était il y a plus de dix ans. Outre le projet du centre de dialyse, on a cherché à les associer à un centre de généalogie en vue du 400e anniversaire de la ville ainsi qu’à un musée de l’Amérique française et à une école des métiers. «Il y a eu plusieurs rêves et plusieurs idées, explique M. Mendell, mais, pour l’instant, pas de résultats.»
On ne perd cependant pas espoir, selon M. Fournier. «On est en démarches régulièrement avec le ministère de la Culture et la ville de Québec. On essaie toujours. Peut-être qu’à un moment donné, il y aura un contexte politique ou autre qui va faire en sorte que ça pourra vraiment fonctionner.»
Québec — C’est pour des endroits comme les nouvelles casernes que l’expression «secret bien gardé» a été inventée. Rares sont les gens de Québec qui connaissent leur existence et, pourtant, ce lieu historique d’importance ne fait pas moins de 160 mètres de long et est situé en plein cœur du Vieux-Québec!
Construites vers 1750 pour loger les soldats français et pour protéger la ville contre les attaques, les nouvelles casernes ont servi de rempart à l’invasion américaine et d’usine à munitions pour finalement abriter les vélos des travailleurs de la santé du Vieux-Québec.
Situées entre l’hôpital l’Hôtel-Dieu et le parc de l’Artillerie, les nouvelles casernes longent les remparts de la ville du côté nord sur trois étages. «Ça fait partie du système des fortifications», explique l’historien David Mendell. «La falaise de ce côté de la ville était beaucoup moins élevée que du côté du fleuve. La ville étant beaucoup plus vulnérable de ce côté, on a donc construit les casernes.»
Fermée au public, l’imposante structure de pierre est située juste au-dessus du palais de l’Intendant, un autre vestige du régime français qui n’a pas été mis en valeur. Or contrairement au reste des fortifications qui sont gérées par Parcs Canada, les casernes appartiennent aujourd’hui... à un hôpital, son voisin l’Hôtel-Dieu. C’est donc le ministère de la Santé qui paie la facture de l’entretien de ce site patrimonial de grande valeur!
«L’Hôtel-Dieu a acheté les nouvelles casernes du gouvernement en 1966 à l’époque où il était administré encore par les sœurs augustines», explique Richard Fournier le directeur des communications du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) dont fait partie l’hôpital. «C’est donc un héritage des Augustines. Le projet qu’elles avaient était d’y construire une école d’infirmières et un stationnement.» L’acte de vente parlait même d’une possible démolition du site, ce qui serait impensable aujourd’hui en raison de la protection que l’on donne aux lieux historiques. Le projet, lui, ne s’est pas concrétisé.
Pour la énième fois cette année, l’hôpital a dû donc débourser des sommes importantes (plus d’un million sur cinq ans) pour consolider le mur est qui menace de s’effondrer le long de la côte du Palais. À défaut d’avoir trouvé un usage à ce lieu patrimonial, on s’en tient aux soins de base et, en attendant, on y loge les vélos du personnel de l’hôpital.
L’Hôtel-Dieu n’a pas non plus trouvé comment l’intégrer à son actuel projet d’agrandissement. Mais ce n’est pas faute d’avoir voulu, explique M. Fournier. «On a essayé d’élaborer différents projets pour utiliser le bâtiment, mais les coûts sont toujours extrêmement importants à cause de l’aspect conservation du patrimoine», souligne-t-il. «L’autre problème, c’est que c’est un bâtiment extrêmement long et peu profond, alors c’est difficile de trouver un concept d’aménagement à caractère clinique. Ça va donc faire 40 ans et on n’a pas réussi à trouver un projet qui soit réalisable.»
Le dernier en date était le transfert dans les nouvelles casernes des activités de dialyse ambulatoires pour les gens qui souffrent de maladies rénales. Or, il en aurait coûté à l’hôpital trois fois plus que ce qu’on a finalement payé ailleurs pour une superficie supérieure.
Alors, les nouvelles casernes restent dans le coma. À l’intérieur, on a empilé les portes et des structures portant encore les fiches descriptives jaunies de l’équipe d’historiens qui en a fait l’inventaire au début des années 1970. Sur le côté nord, on a construit des murets de briques supplémentaires pour empêcher des squatteurs de pénétrer à l’intérieur en passant par les meurtrières. Ces meurtrières ont d’ailleurs leur importance historique, raconte David Mendell. «Quand les Américains ont attaqué en 1775, Benedict Arnold [le général à la tête de l’insurrection américaine] a trouvé refuge dans le palais de l’Intendant en bas et on a tiré des boulets de canon à partir des nouvelles casernes pour le déloger.»
Lieu de mémoire
Dans un article publié dans la revue Cap-aux-Diamants, l’historien André Charbonneau explique pour sa part que les casernes ont plus ou moins été abandonnées vers 1871, après le départ de la garnison britannique, pour servir dix ans plus tard de fabrique de cartouches. À la fin de l’article, il signale que leur présence a «contribué à la nomination de Québec comme ville du patrimoine mondial de l’UNESCO» et dit souhaiter «une restauration prochaine de ce précieux lieu de mémoire collective».
C’était il y a plus de dix ans. Outre le projet du centre de dialyse, on a cherché à les associer à un centre de généalogie en vue du 400e anniversaire de la ville ainsi qu’à un musée de l’Amérique française et à une école des métiers. «Il y a eu plusieurs rêves et plusieurs idées, explique M. Mendell, mais, pour l’instant, pas de résultats.»
On ne perd cependant pas espoir, selon M. Fournier. «On est en démarches régulièrement avec le ministère de la Culture et la ville de Québec. On essaie toujours. Peut-être qu’à un moment donné, il y aura un contexte politique ou autre qui va faire en sorte que ça pourra vraiment fonctionner.»
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