2009: une autre année chanceuse pour Québec
Rien ne semble vouloir arrêter Québec. Même la crise financière semble transformer les faiblesses de son économie en avantages. Dès lors, pendant que d'autres cherchent à sauver les meubles, la capitale attaque 2009 avec rien de moins que le projet d'un nouveau Colisée, d'une candidature olympique et d'un TGV!
Québec — «La région de Québec sera probablement la moins touchée par le ralentissement en 2009», avance François DesRosiers, professeur de gestion urbaine et immobilière à l'Université Laval, en rappelant que la capitale affiche le taux de chômage le plus faible de la province à 3,6 %. «C'est dû à un ensemble de facteurs, dont la structure de l'économie de la région. La fonction publique demeure très forte. Il y a aussi tout ce qui touche les services, les produits financiers comme l'assurance, l'éducation. Tous ces secteurs sont relativement stables. Donc, ce qui pourrait en temps normal être un inconvénient devient un avantage important dans le contexte actuel.»
Le promoteur du projet d'un nouveau Colisée, Mario Bédard, abonde dans le même sens. «Je crois qu'il n'y aura pas vraiment de ralentissement à Québec», plaide ce comptable respecté qui a été notamment trésorier de la Société du 400e. «Je travaille dans une firme importante et on vient de finir notre meilleure année à vie. À Québec, notre économie est axée sur le gouvernement, les services, et est moins forte du côté des exportations et du manufacturier. [...] Les gens se sont souvent plaints du fait que Québec est une ville gouvernementale, mais quand il y a un ralentissement, on est moins touchés.»
Certes, mais de là à investir 300 millions dans un nouvel amphithéâtre, n'y a-t-il pas une marge? M. Bédard se montre confiant. «Notre avantage, c'est que dans un contexte difficile, les gouvernements cherchent à investir dans des projets d'infrastructures et c'est exactement ce que nous avons.»
Lors de la dernière campagne, Jean Charest s'est d'ailleurs engagé à investir 50 millions dans l'aventure d'un nouveau Colisée. Pour M. Bédard, «il n'est plus question de reculer».
La crise, un atout pour l'achat d'une équipe
Lancé cet automne, le projet d'amphithéâtre vise à recueillir 50 millions au sein de la population, un autre 50 millions de la Ville et 100 millions de chacun des gouvernements. Les sièges se vendent 1500, 3000 ou 5000 $, somme qui sera remboursée en cas d'échec du projet. Pour l'instant, le groupe en a vendu 1229 sur 13 000. En comptant les salons vendus, il a récolté cet automne un peu plus du dixième de la somme requise (5,7 millions).
Le promoteur reconnaît que la crise peut nuire à la vente de sièges à court terme. «C'est sûr que ce n'est pas facile d'amener les gens à dépenser 5000 $ pour un amphithéâtre dans cinq ans.» Or ajoute-t-il, une nouvelle entente avec Desjardins permettra bientôt aux gens d'étaler leur paiement sur plusieurs mois. «Si on leur offre de payer 31 $ par mois pendant 60 mois, c'est plus vendeur.» Quant à la vente de salons corporatifs au coût de 25 000 $ au secteur privé, elle ne l'inquiète pas du tout puisqu'au moins 36 des 50 salons disponibles ont déjà trouvé preneur.
Selon Mario Bédard, la crise financière place même Québec dans une position enviable pour acquérir une équipe de hockey. «Il y a une dizaine de clubs dans le sud des États-Unis qui ont des difficultés; en Caroline, en Floride... En Arizona, les places dans les loges se vendent aujourd'hui à 20 $. Si leurs revenus continuent de tomber, ces clubs vont devenir précaires et on peut devenir intéressants.»
Et ce n'est pas tout. Les dernières listes d'épicerie du maire Labeaume visent des centaines de millions d'investissements dans la capitale: agrandissement du PEPS de l'Université Laval, agrandissement du Musée national des beaux-arts, centre de diffusion d'Ex Machina sous l'autoroute Dufferin (le «Diamant»), nouveau Centre de foires, modernisation de l'anneau de glace Gaétan-Boucher, prolongement de la promenade Samuel-De Champlain, développement du projet de la Neurocité avec l'Université Laval, nouveau centre de dédouanement à l'aéroport, transformation du monastère des Augustines en un centre de ressourcement, modernisation de la maison Dauphine pour les jeunes de la rue, reconstruction du Manège militaire...
Enfin, Québec a dans ses plans trois grands projets particulièrement coûteux. Le maire vient de lancer un plan d'infrastructures de 7 milliards sur 15 ans (égouts, trottoirs, routes, etc.) et on parle toujours d'une ligne de TGV Québec-Chicago, ainsi que d'une candidature olympique pour 2018 ou 2022.
Peut-on vraiment penser rassembler à la fois les milliards du TGV, les centaines de millions des Olympiques et ceux de l'amphithéâtre? François DesRosiers rappelle que ces projets s'inscrivent dans «le long terme».
«Quand Québec parle des Jeux, ce n'est pas pour tout de suite», fait-il valoir en ajoutant que le projet du TGV en est quant à lui à sa huitième étude de faisabilité. Or, le maire Labeaume et le premier ministre Jean Charest semblent résolus à pousser le projet de train à grande vitesse et, aux dernières nouvelles, ils prévoyaient faire des annonces dans ce dossier dès le retour des Fêtes.
Mais ces projets ne risquent-ils pas de se retrouver en concurrence? «Les Olympiques ont besoin d'un amphithéâtre de toute façon», répond M. Bédard, qui rêve aussi de voir passer le TGV près de son amphithéâtre.
«En ce qui concerne le TGV, pour moi, ce serait juste une bonne nouvelle et une plus value pour mon projet.»
Québec veut la première place du podium
On l'aura compris, Québec baigne depuis quelques mois dans la confiance et la fierté retrouvées. Lors d'un discours récent devant la Chambre de commerce, le maire, Régis Labeaume, a déclaré qu'il souhaitait faire de la capitale «la ville la plus attrayante et la plus performante du Canada». Rien de moins. À près d'un an du prochain scrutin municipal, les parfums de campagne électorale se font déjà bien sentir. «Et je réponds immédiatement aux sceptiques, s'il y en avait: quelle a été la ville la plus attrayante au pays en 2008? Et pourquoi ne pourrait-elle pas le demeurer dans l'avenir?»
Or, s'il est un secteur où Québec la toute puissante pourrait être vulnérable en 2009, c'est bien le tourisme, fait remarquer l'économiste François DesRosiers. «Les millions du 400e ne seront pas là en 2009. Les agences de voyages vont réduire le nombre de vols, le tourisme de congrès risque de diminuer.» Quand au tourisme en provenance des États-Unis, il décline depuis déjà plusieurs années. Dès lors, l'aéroport qui connaît un regain d'activité depuis quelques mois va être exposé à de nouvelles tempêtes...
Mais ce ne sont pas les milieux d'affaires qui vont décourager le maire Labeaume. «Nous comme gens d'affaires, c'est justement dans des situations économiques difficiles qu'on va pousser pour aller de l'avant», nous disait la présidente de la Jeune chambre de commerce, Viviane Lyrette, lors d'une entrevue début décembre. «Quand on met la main à la pâte, les élus n'ont pas le choix de suivre. Si on veut que les choses changent, c'est à nous de mettre la table. C'est un peu le principe du nouvel amphithéâtre: est-ce qu'on aura ou pas une nouvelle équipe de hockey, ce n'est pas ça la question. Ce qui est sûr, c'est que si on ne fait rien on n'en aura pas.»
N'empêche que Québec disposait de près de 100 millions à investir dans ses fêtes de 2008, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on sera loin du compte cette année. D'emblée, comme le martèle le maire, la crise financière a accru encore davantage le poids des caisses de retraites sur les finances municipales. Or, quand il en va du rayonnement de la ville, Régis Labeaume se montre rassurant. Interrogé par un journaliste sportif plus tôt cet automne, il avait déclaré que la Ville avait de l'argent mais qu'il ne fallait pas le dire trop fort à cause des négociations avec les employés de la Ville...
Pour se donner une marge de manoeuvre, M. Labeaume vient de créer un nouveau «fonds des grands événements» de 8,5 millions, auquel la Ville veut associer les restaurateurs et hôteliers. Ce capital serait investi notamment dans le retour du Moulin à images, l'été prochain, et d'autres activités estivales dont on garde le secret d'ici au mois de mars. «On va prendre des risques, aller chercher des primeurs, déclarait-il le soir du 31 décembre. Ça n'aura pas l'ampleur de son qu'on avait cette année, mais on va garder le coeur.»
Néanmoins, ce soir-là, le maire ne cachait pas que le financement d'un tel programme était ardu. «Si nous, comme dirigeants, on laisse tomber cette vague-là, ça n'aurait pas de bon sens. On passerait des années à s'en mordre les doigts. Alors on va faire en sorte d'aller chercher le plus d'argent possible, on va tirer les dollars au maximum. C'est là qu'on va voir si on est aussi créatifs qu'on le pense.»
Québec — «La région de Québec sera probablement la moins touchée par le ralentissement en 2009», avance François DesRosiers, professeur de gestion urbaine et immobilière à l'Université Laval, en rappelant que la capitale affiche le taux de chômage le plus faible de la province à 3,6 %. «C'est dû à un ensemble de facteurs, dont la structure de l'économie de la région. La fonction publique demeure très forte. Il y a aussi tout ce qui touche les services, les produits financiers comme l'assurance, l'éducation. Tous ces secteurs sont relativement stables. Donc, ce qui pourrait en temps normal être un inconvénient devient un avantage important dans le contexte actuel.»
Le promoteur du projet d'un nouveau Colisée, Mario Bédard, abonde dans le même sens. «Je crois qu'il n'y aura pas vraiment de ralentissement à Québec», plaide ce comptable respecté qui a été notamment trésorier de la Société du 400e. «Je travaille dans une firme importante et on vient de finir notre meilleure année à vie. À Québec, notre économie est axée sur le gouvernement, les services, et est moins forte du côté des exportations et du manufacturier. [...] Les gens se sont souvent plaints du fait que Québec est une ville gouvernementale, mais quand il y a un ralentissement, on est moins touchés.»
Certes, mais de là à investir 300 millions dans un nouvel amphithéâtre, n'y a-t-il pas une marge? M. Bédard se montre confiant. «Notre avantage, c'est que dans un contexte difficile, les gouvernements cherchent à investir dans des projets d'infrastructures et c'est exactement ce que nous avons.»
Lors de la dernière campagne, Jean Charest s'est d'ailleurs engagé à investir 50 millions dans l'aventure d'un nouveau Colisée. Pour M. Bédard, «il n'est plus question de reculer».
La crise, un atout pour l'achat d'une équipe
Lancé cet automne, le projet d'amphithéâtre vise à recueillir 50 millions au sein de la population, un autre 50 millions de la Ville et 100 millions de chacun des gouvernements. Les sièges se vendent 1500, 3000 ou 5000 $, somme qui sera remboursée en cas d'échec du projet. Pour l'instant, le groupe en a vendu 1229 sur 13 000. En comptant les salons vendus, il a récolté cet automne un peu plus du dixième de la somme requise (5,7 millions).
Le promoteur reconnaît que la crise peut nuire à la vente de sièges à court terme. «C'est sûr que ce n'est pas facile d'amener les gens à dépenser 5000 $ pour un amphithéâtre dans cinq ans.» Or ajoute-t-il, une nouvelle entente avec Desjardins permettra bientôt aux gens d'étaler leur paiement sur plusieurs mois. «Si on leur offre de payer 31 $ par mois pendant 60 mois, c'est plus vendeur.» Quant à la vente de salons corporatifs au coût de 25 000 $ au secteur privé, elle ne l'inquiète pas du tout puisqu'au moins 36 des 50 salons disponibles ont déjà trouvé preneur.
Selon Mario Bédard, la crise financière place même Québec dans une position enviable pour acquérir une équipe de hockey. «Il y a une dizaine de clubs dans le sud des États-Unis qui ont des difficultés; en Caroline, en Floride... En Arizona, les places dans les loges se vendent aujourd'hui à 20 $. Si leurs revenus continuent de tomber, ces clubs vont devenir précaires et on peut devenir intéressants.»
Et ce n'est pas tout. Les dernières listes d'épicerie du maire Labeaume visent des centaines de millions d'investissements dans la capitale: agrandissement du PEPS de l'Université Laval, agrandissement du Musée national des beaux-arts, centre de diffusion d'Ex Machina sous l'autoroute Dufferin (le «Diamant»), nouveau Centre de foires, modernisation de l'anneau de glace Gaétan-Boucher, prolongement de la promenade Samuel-De Champlain, développement du projet de la Neurocité avec l'Université Laval, nouveau centre de dédouanement à l'aéroport, transformation du monastère des Augustines en un centre de ressourcement, modernisation de la maison Dauphine pour les jeunes de la rue, reconstruction du Manège militaire...
Enfin, Québec a dans ses plans trois grands projets particulièrement coûteux. Le maire vient de lancer un plan d'infrastructures de 7 milliards sur 15 ans (égouts, trottoirs, routes, etc.) et on parle toujours d'une ligne de TGV Québec-Chicago, ainsi que d'une candidature olympique pour 2018 ou 2022.
Peut-on vraiment penser rassembler à la fois les milliards du TGV, les centaines de millions des Olympiques et ceux de l'amphithéâtre? François DesRosiers rappelle que ces projets s'inscrivent dans «le long terme».
«Quand Québec parle des Jeux, ce n'est pas pour tout de suite», fait-il valoir en ajoutant que le projet du TGV en est quant à lui à sa huitième étude de faisabilité. Or, le maire Labeaume et le premier ministre Jean Charest semblent résolus à pousser le projet de train à grande vitesse et, aux dernières nouvelles, ils prévoyaient faire des annonces dans ce dossier dès le retour des Fêtes.
Mais ces projets ne risquent-ils pas de se retrouver en concurrence? «Les Olympiques ont besoin d'un amphithéâtre de toute façon», répond M. Bédard, qui rêve aussi de voir passer le TGV près de son amphithéâtre.
«En ce qui concerne le TGV, pour moi, ce serait juste une bonne nouvelle et une plus value pour mon projet.»
Québec veut la première place du podium
On l'aura compris, Québec baigne depuis quelques mois dans la confiance et la fierté retrouvées. Lors d'un discours récent devant la Chambre de commerce, le maire, Régis Labeaume, a déclaré qu'il souhaitait faire de la capitale «la ville la plus attrayante et la plus performante du Canada». Rien de moins. À près d'un an du prochain scrutin municipal, les parfums de campagne électorale se font déjà bien sentir. «Et je réponds immédiatement aux sceptiques, s'il y en avait: quelle a été la ville la plus attrayante au pays en 2008? Et pourquoi ne pourrait-elle pas le demeurer dans l'avenir?»
Or, s'il est un secteur où Québec la toute puissante pourrait être vulnérable en 2009, c'est bien le tourisme, fait remarquer l'économiste François DesRosiers. «Les millions du 400e ne seront pas là en 2009. Les agences de voyages vont réduire le nombre de vols, le tourisme de congrès risque de diminuer.» Quand au tourisme en provenance des États-Unis, il décline depuis déjà plusieurs années. Dès lors, l'aéroport qui connaît un regain d'activité depuis quelques mois va être exposé à de nouvelles tempêtes...
Mais ce ne sont pas les milieux d'affaires qui vont décourager le maire Labeaume. «Nous comme gens d'affaires, c'est justement dans des situations économiques difficiles qu'on va pousser pour aller de l'avant», nous disait la présidente de la Jeune chambre de commerce, Viviane Lyrette, lors d'une entrevue début décembre. «Quand on met la main à la pâte, les élus n'ont pas le choix de suivre. Si on veut que les choses changent, c'est à nous de mettre la table. C'est un peu le principe du nouvel amphithéâtre: est-ce qu'on aura ou pas une nouvelle équipe de hockey, ce n'est pas ça la question. Ce qui est sûr, c'est que si on ne fait rien on n'en aura pas.»
N'empêche que Québec disposait de près de 100 millions à investir dans ses fêtes de 2008, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on sera loin du compte cette année. D'emblée, comme le martèle le maire, la crise financière a accru encore davantage le poids des caisses de retraites sur les finances municipales. Or, quand il en va du rayonnement de la ville, Régis Labeaume se montre rassurant. Interrogé par un journaliste sportif plus tôt cet automne, il avait déclaré que la Ville avait de l'argent mais qu'il ne fallait pas le dire trop fort à cause des négociations avec les employés de la Ville...
Pour se donner une marge de manoeuvre, M. Labeaume vient de créer un nouveau «fonds des grands événements» de 8,5 millions, auquel la Ville veut associer les restaurateurs et hôteliers. Ce capital serait investi notamment dans le retour du Moulin à images, l'été prochain, et d'autres activités estivales dont on garde le secret d'ici au mois de mars. «On va prendre des risques, aller chercher des primeurs, déclarait-il le soir du 31 décembre. Ça n'aura pas l'ampleur de son qu'on avait cette année, mais on va garder le coeur.»
Néanmoins, ce soir-là, le maire ne cachait pas que le financement d'un tel programme était ardu. «Si nous, comme dirigeants, on laisse tomber cette vague-là, ça n'aurait pas de bon sens. On passerait des années à s'en mordre les doigts. Alors on va faire en sorte d'aller chercher le plus d'argent possible, on va tirer les dollars au maximum. C'est là qu'on va voir si on est aussi créatifs qu'on le pense.»
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