La Ville de Brossard interdit la nudité dans les vestiaires

La Ville dit avoir été forcée d’agir après avoir été inondée de plaintes sur la nudité dans ce qu’elle considère comme des espaces publics.
Photo: iStock La Ville dit avoir été forcée d’agir après avoir été inondée de plaintes sur la nudité dans ce qu’elle considère comme des espaces publics.

La Ville de Brossard a décidé d’interdire toute nudité à l’intérieur des vestiaires de ses piscines municipales — un règlement très délicat qui soulève des questions chez certains citoyens.

La municipalité au sud de Montréal a annoncé à ses résidants dans le bulletin d’information mensuel qu’elle ne permettrait plus aux hommes ou aux femmes de marcher nus dans leurs vestiaires respectifs et dans les douches.

Pour l’instant, la sanction n’est qu’un simple avertissement. La Ville dit avoir été forcée d’agir après avoir été inondée de plaintes sur la nudité dans ce qu’elle considère comme des espaces publics.

Roland Bérard, un résidant depuis 30 ans à Brossard, qualifie ce nouveau règlement de « rétrograde ».

M. Bérard dit ne pas être d’accord à l’idée de se couvrir dans le vestiaire quand il se change ou quand il prend une douche, bien qu’il comprenne l’importance d’être « discret ».

L’homme de 67 ans, qui fait de la natation les matins lorsque les adultes sont plus présents, dit qu’il ne voit pas de problème à se changer ou à prendre sa douche nu.

Il affirme ne jamais avoir éprouvé de problème, même quand ses propres enfants ont suivi des cours dans ces mêmes piscines.

M. Bérard se demande s’il n’appartiendrait pas aux parents d’éduquer leurs enfants sur le corps humain.

Roland Bérard dit ne pas vouloir créer de conflit ; il souhaite simplement amener une discussion sur le sujet.

Eric Leuenberger, directeur adjoint aux services des loisirs à la Ville de Brossard, a expliqué que la décision avait été prise après que des citoyens eurent exprimé leur mécontentement sur certains utilisateurs des piscines.

« Si la mesure a été renforcée, c’est qu’on a eu plusieurs plaintes, des parents avec des enfants qui ne voulaient pas que l’enfant soit exposé au corps de l’autre personne, mais également des gens qui étaient mal à l’aise. C’est peut-être une question de génération », a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

« Ces plaintes-là, on en a eu plusieurs. »

Ce nouveau règlement est imposé alors que Brossard est en train de construire un nouveau complexe aquatique où les espaces seront universels — et non divisé en vestiaires pour les hommes et les femmes. Les installations devraient ouvrir leurs portes en 2019.

La Ville a actuellement deux piscines dans des écoles secondaires.

Le centre aquatique, qui a coûté 45 millions de dollars, inclut un espace commun ouvert à tous, des douches privées et des endroits pour se changer.

Ce genre d’espace est répandu dans tout le Canada et en Europe, dont en Suisse, en France et en Belgique.

Le représentant de la Ville a défendu le nouveau règlement, qu’il considère nécessaire, et qui doit s’appliquer à tous les citoyens sans exception, selon lui.

M. Leuenberger invite donc M. Bérard à s’y habituer.

« Je ne dis pas que le comportement de M. Bérard est anormal. Il y a dix ans, on aurait sûrement rien dit, mais maintenant on est rendus à ça », a-t-il déclaré.

À la suite de l’adoption de ce règlement, il y a eu deux plaintes, dont celle de M. Bérard.

La nudité dans les vestiaires avait fait l’objet de débats aussi à Montréal, l’été dernier, lorsque des pancartes affichées à une piscine encourageaient les nageurs à faire preuve de discrétion.

8 commentaires
  • Jocelyn Carpentier - Abonné 13 novembre 2017 19 h 13

    Un effet des tabous

    Plus il y a des interdits de ce genre dans une société, ça ne me surprendrait pas qu'il pourrait y avoir, dans cette société, une corrélation avec l'augmentation des cas de déviances sexuelles.

    • Solange Bolduc - Abonnée 13 novembre 2017 20 h 32

      C'est possible , M.Ccarpentier ! Tout ce qui est caché ou doit être caché est suspect, sinon immoral! Bien tiens donc !

  • François Drolet - Abonné 13 novembre 2017 20 h 27

    Régression

    La nudité entre personne du même sexe est une pécadille. Une très faible minorité de personnes ne tolèrent pas la vue d'un cops nu. Il suffit que ces dernière prennent les moyens pour se cacher ou regarder ailleurs. Mais c'est surtout leur problème, pas le problème de la majorité.
    Les vestiaires mixtes seront irrémédiablement la sources de problèmes autrement plus difficiles à gérer. Pauvre Brossard. Vous êtes vraiment mal équipé de gestionnaires.

  • Solange Bolduc - Abonnée 13 novembre 2017 20 h 30

    En 1995, je me suis battue...

    pour qu'on prenne nos douches à poils dans les bains publics: J'ai gagné contre la Ville de Montréal, et surtout que l'on justifiait cet interdit à cause de la présence de différentes ethnies...Celles -ci n'ont pas à nous imposer leur scrupule, ce qui est bon ou moins bon pour notre société. Être nu dans un vestiaire n'a rien à voir avec le mal ou la sexualité (ou exhibitionniste! Il faut en revenir, quand même avec cette morale désuète !

  • Olivier Milon - Abonné 13 novembre 2017 22 h 02

    Fait vécu

    Un père qui cachait son enfant dans un coin du vestiaire d'une piscine de Montréal, derrière une serviette pour qu'il se change, m'a reproché de laisser le mien s'évertuer maladroitement à enfiler ses sous vêtements. La session suivante, la responsable des cours a appelé les parents à la discrétion. Coudonc, va falloir ajouter plus de coins dans les vestiaires pour changer nos enfants?..

    • Maxime Parisotto - Inscrit 13 novembre 2017 22 h 59

      vous ne comprenez pas, un vestiaire c'est fait pour changer de vêtements, c'est juste qu'il faut pas de déshabiller, c'est tout un art!

      La prochaine étape, on ne baisse plus son pantalon aux toilettes!

  • Claude Desjardins - Abonné 13 novembre 2017 22 h 46

    La nouvelle norme

    Comment « sur plusieurs plaintes » pouvons-nous interdire une pratique qui remonte aux bains romains de l'Antiquité ?

    La perversité de notre société serait plus grande que celle de l'Empire romain ?

    Une question générationnelle ? La mixité des lieux publics ?

    À toutes ces questions, nous répondons oui lorsque la pudibonderie devient la nouvelle norme.