L’environnement, un enjeu qui commence à s’imposer dans les campagnes municipales

De l’eau potable au compostage des déchets organiques, les thèmes environnementaux se sont taillé une place de choix dans les campagnes municipales, sans toutefois occuper le premier plan.

« Voter Josée Néron, c’est voter pour le bac brun ! » lançait le candidat Dominic Gagnon pendant le débat télévisé de la campagne à Saguenay. Certains y ont lu une posture antirécupération, mais non.

M. Gagnon propose une solution de rechange, à son avis moins coûteuse, au bac brun, soit le maintien des sacs de plastique et le recours à un bras mécanique capable de classer les matières résiduelles une fois au centre de tri.

Pour Philippe Bourke, du Réseau environnement, c’est une excellente nouvelle. Ça dénote, dit-il, que le compostage est tenu pour acquis et qu’on est rendus à l’étape de discuter des moyens. « La campagne électorale est une occasion de discuter des coûts, de comparer les moyens. »

Certes, « l’enjeu prioritaire des campagnes reste les taxes », mais il y a 15 ans, on parlait beaucoup moins du reste, précise-t-il.

Les enjeux environnementaux ne font pas nécessairement partie de l’argumentaire principal des candidats, note Vincent Moreau, du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ). Le bac brun, par exemple, est un enjeu secondaire à Saguenay, loin derrière l’entretien des routes et la gestion de la dette.

Selon lui, la question du compostage a des allures de figure imposée. En effet, les candidats n’ont guère le choix de s’y intéresser parce que le ministère oblige toutes les villes à cesser d’enfouir les déchets organiques à partir de 2022. Dans un camp, un candidat défendra le compostage, dans l’autre, on prônera la biométhanisation, avec comme arguments les coûts et le souci de limiter les nuisances pour les résidants des alentours.

Les municipalités ne sont pas forcées d’agir parce que les citoyens veulent une meilleure eau, mais parce qu’il y a de nouvelles réglementations qui les obligent 
à se mettre aux normes 

De l’eau et des catastrophes

Le même scénario se joue pour l’eau potable. Les municipalités ont jusqu’à 2020 pour cesser de déverser leurs égouts dans les cours d’eau. On les oblige aussi à se doter de systèmes de filtration plus avancés.

« Dans les grands centres, on en parle moins, mais dans énormément de municipalités, c’est un enjeu crucial, souligne M. Bourke. Les municipalités ne sont pas forcées d’agir parce que les citoyens veulent une meilleure eau, mais parce qu’il y a de nouvelles réglementations qui les obligent à se mettre aux normes. Ça implique des coûts importants, alors ça devient un sujet électoral majeur. »

De Saint-Donat à la bien nommée Waterville en passant par Témiscouata-sur-le-Lac, on en a parlé aux quatre coins du Québec ces dernières semaines. À Saint-Octave-de-Métis, dans le Bas-Saint-Laurent, par exemple, l’eau était au coeur des discussions après qu’on eut découvert la présence d’arsenic dans le réseau municipal.

Les crises de ce genre ont rendu les électeurs plus sensibles aux enjeux environnementaux, note Vincent Moreau.

« L’apparition grandissante des enjeux environnementaux dans le discours est liée principalement aux catastrophes naturelles que nous vivons et à la prise de conscience collective que cela va être plus fréquent et qu’il faudra s’adapter aux défis climatiques qui se présentent », note-t-il. En plus de l’eau contaminée, on peut penser ici aux inondations, ou encore à l’érosion des berges le long du fleuve.

Des bémols et de grands oubliés

Mais encore, on a la mémoire courte, poursuit-il. Rares sont les candidats « qui vont promettre l’achat de milieux naturels ou de milieux humides dans le but d’atténuer les effets des changements climatiques ou les impacts de la recrudescence des épisodes d’inondations ».

Philippe Bourke s’étonne quant à lui qu’on ne soit pas revenu sur le Flushgate à Montréal pendant la campagne. « Dans le fond, la préoccupation du citoyen touche plus les services publics que l’environnement comme tel. À l’époque du Flushgate, les gens étaient choqués qu’on rejette dans le fleuve de l’eau contaminée, mais une fois en campagne électorale, ce n’est plus une préoccupation. L’important, c’est “mon service public, mon accès à l’eau”. »

Le vice-président du Réseau Environnement se désole en outre qu’on ait complètement éclipsé le thème de la qualité de l’air. « C’est l’enjeu oublié de la campagne », dit-il, en insistant sur son impact sur la santé.

Le problème, note Vincent Moreau, c’est que l’appétit des politiciens pour les solutions rapides se heurte au long terme des gains environnementaux. « Pour le candidat, il est plus intéressant de promettre des mesures avec des impacts à court terme, où les résultats pourront être observés à l’intérieur d’un mandat. Malheureusement, pour plusieurs enjeux environnementaux nécessitant des actions aujourd’hui, les impacts et les bénéfices se font généralement sentir au-delà d’un cycle politique de quatre ans. »

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