Le milieu rural en perte d’équilibre

Clair Bolduc
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Clair Bolduc

Les milieux ruraux sont particulièrement dépassés par l’ampleur des coupes et des changements imposés par le gouvernement Couillard, déplore Claire Bolduc de l’organisme Solidarité rurale.

 

« Ce qui est essoufflant, c’est que les milieux ruraux sont frappés sur tous les fronts », dit-elle. « C’est dramatique. On voit à quel point ceux qui nous gouvernent n’ont aucune idée de ce qu’est une région, une dynamique rurale. On part de vraiment très très loin. »

 

En plus des fusions des commissions scolaires et de l’abolition attendue des agences de santé, les régions sont particulièrement ébranlées par la réforme des organismes… régionaux.

 

On pense ici à l’abolition des Conférences régionales des élus (CRE) et au transfert des Centres locaux de développement (CLD) — qui offrent de l’aide aux entreprises — dans le giron des municipalités régionales de comté (MRC).

 

« Les gens doivent se mobiliser parce qu’actuellement tout ce qui fait la qualité des milieux de vie est compromis », poursuit Mme Bolduc. Le 12 novembre dernier, Solidarité rurale s’est d’ailleurs rendu à Québec pour demander un temps d’arrêt au gouvernement.

  solida

Créé en 1991 par le gouvernement péquiste pour le conseiller en matière de développement rural, l’organisme est lui-même ciblé par d’imposantes coupes puisque le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, vient de lui couper les vivres (750 000 $ sur 1 million).

 

L’effet des compressions est exponentiel dans les régions, plaide Mme Bolduc. « Quand tu coupes une organisation comme le CLD dans la région métropolitaine de Montréal ou à Québec, il y a quand même plusieurs organisations autour qui prennent le relais. Les compétences restent là, les expertises sont disponibles alors que dans les milieux ruraux… »

 

La directrice de Solidarité rurale s’interroge aussi sur les conséquences du regroupement des pouvoirs vers les MRC. Non seulement les MRC ont désormais le pouvoir d’avaler les CLD, mais le prochain pacte fiscal devrait accroître leurs pouvoirs encore davantage.

 

Elle approuve le principe, mais pas la manière. « C’est une question d’équilibre », dit-elle en expliquant que des organismes de développement économique comme les CLD jouaient un rôle de « contrepoids ». « On vient politiser énormément les outils de développement économique. C’est comme si le gouvernement abolissait Investissement Québec en annonçant qu’il allait s’en occuper. »

  

Des élections pour les préfets

 

Sans dire que cela créerait un terreau fertile à la corruption, elle multiplie les allusions à la commission Charbonneau qui a bien démontré que les politiciens n’étaient pas tous honnêtes. Concentrera-t-on trop de pouvoirs dans certaines mains ?

 

Pour surmonter ce problème au moins en partie, la présidente de Solidarité rurale suggère que le gouvernement impose des élections pour tous les préfets. Actuellement, seulement 14 des 87 MRC du Québec se sont prévalues de leur droit d’élire leur préfet au suffrage universel. Les autres ont donc été nommés par leurs collègues maires.

 

Sinon que faut-il craindre comme conséquences ? Mme Bolduc reprend à son compte les propos récents du préfet de la MRC de Maskinongé dans Le Nouvelliste. « La CRE était le seul organisme de mobilisation régionale, plaidait Robert Lalonde. Sans la CRE, plus rien ne nous lie. […] Tous les efforts que nous avons faits pour ouvrir la Mauricie au reste du Québec vont retomber. C’est une situation qu’on peut comparer aux années 60-70 alors qu’il y avait plein de guerres de clocher. »

 

Elle craint aussi pour les milieux plus fragiles et les petites municipalités situées dans des MRC dominées par une grandes villes. Seront-elles entendues ? Et qu’adviendra-t-il de certains projets à succès comme cette école internationale de Saint-Joachim-de-Shefford soutenue par la commission scolaire ?

 

Au-delà de ces enjeux macro, Solidarité rurale se bat maintenant pour sa survie puisque le gouvernement lui a retiré sa subvention de 800 000 $ afin de l’investir ailleurs. « On comprend que notre militantisme a pu déranger », dit-elle.

 

Pour justifier sa décision, le ministre Pierre Moreau avait déclaré aux journalistes que SRQ gérait de façon irresponsable en augmentant les salaires alors qu’elle était déjà en déficit.

 

À cela, Mme Bolduc rétorque que ses membres et ses surplus avaient permis d’endiguer la majorité du déficit. Elle précise que les salaires n’avaient pas augmenté, mais qu’elle avait donné de nouveaux contrats à des experts de l’extérieur. En attendant de trouver une source de financement miracle, tout le personnel vient d’encaisser une baisse de salaire de 20 %. Chose certaine, la survie de l’organisme est loin d’être acquise au-delà de la fin de l’année budgétaire.

Claire Bolduc en cinq dates

Février 1958 : Naissance à La Malbaie, dans Charlevoix.

1980 : Après des études en agronomie, elle s’établit dans le Témiscamingue, où elle fonde une entreprise agricole (qui existe toujours) avec son conjoint.

1995-1999 : Vice-présidente de l’Ordre des agronomes.

2005 : Prend la direction régionale du ministère de l’Environnement en Abitibi–Côte-Nord.

2008 : Élection à la tête de Solidarité rurale.
  • Yves Côté - Abonné 24 novembre 2014 03 h 37

    Carthage-en-Québec...

    Dans les mains de Monsieur Couillard, les organismes de solidarité ne peuvent tous que disparaître.
    L'objectif clair de celui-ci est de finir de tuer l'espoir des Québécois.
    L'espoir d'un monde humain.
    Celui d'un pays français de langue et prospère. Un pays qui se donne l'obligation morale de partager sa prospérité sans dévaloriser celles et ceux qui, par leur ingéniosité, leur dynamisme, leur travail, la génère.
    Un pays dont tous les Québécois seraient fiers. Celui-ci laissant, au mieux, les Canadiens indifférents et au pire, encourageant un esprit vengeur.
    Alors, il faut habilement semer la zizanie entre Québécois et plutôt que de donner à articuler les uns et les autres, en prenant en compte leurs différences de vue, il faut agrandir sans fin ces lignes-là de mouvement qui les entourent, de manière à les désolidariser, les désarticuler, au maximum.
    Comme César le fit dans les pays conquis, il faut tuer le Québec pour faire plaisir à qui finance et domine ce Canada s'uniformisant, par tous les moyens, à l'anglais.
    Et pour ce faire, il faut détruire cette Carthage moderne que représente le Québec pour le Canada anglais...
    Vive le Québec uni et enfin libre !

    • Gilles Théberge - Abonné 24 novembre 2014 09 h 45

      Vous avez raison monsieur Côté : «L'objectif clair de celui-ci est de finir de tuer l'espoir des Québécois.».

      Ça ne peut pas être plus clair.

    • Robert Beaulieu - Abonné 24 novembre 2014 14 h 25

      Moi M.Coté, je ne trouve pas que c'est clair pan toute. Vous avez raison de dire qu'on tente de tuer l'espoir d'un monde humain. Que pour la poignée de gens qui ultimement contrôle et tente de maintenir son pouvoir sur la population, les organismes de solidarité sont dangeureux. Les soit-disant ''leaders'' répugnent la capacité d'organisation et l'effet pédagogique de ces organismes qui favorise la prise de conscience de la possibilité d'un monde plus équitable. Là où vous me perdez, mais complètement, c'est dans votre affirmation que nous sommes victimes des populations de citoyens Canadiens vivant à l'intérieur et surtout à l'extérieur du Québec qui complotent une vengeance sournoise. SVP, ouvrez les fenêtres de votre esprit. L'assujettissement des citoyens est un phénomène mondial. Ne savez vous pas que le Canada qui selon vous nous menace est en train de disparaître à vue d'oeil au profit d'intérêts corporatifs? Les citoyens Canadiens subissent aussi des coupures à chaque détour. Des citoyens de la Colombie-Britanique se font arrêter ces jours-ci parce qu'ils s'opposent à la destruction de leur environnement. C'est partout pareil, la destruction du bien commun et la suppression des idées venant de la base citoyenne. Pourquoi s'aliéner au moins la moitié des progressistes? Nous avons besoin de modifier nos structures de gouvernance pour accroître le nombre de citoyens qui participe aux décisions qui impactent le bien commun. 72% des Canadiens étaient d'accord avec cette affirmation il y a 3 ou 4 ans. Ce % n'a sûrement pas baissé depuis. Le temps est aux alliances citoyennes. Le bien commun biophysique n'a pas de frontière. Soyons un modèle de pensées citoyennes souveraines. Pas de temps à perdre à ériger des murs.
      Robert Beaulieu

    • Yves Côté - Abonné 24 novembre 2014 15 h 27

      Merci Messieurs de votre lecture.
      Monsieur Beaulieu, je n'affirme pas et espère ne jamais avoir à affirmer "que nous sommes victimes des populations de citoyens Canadiens vivant à l'intérieur et surtout à l'extérieur du Québec qui complotent une vengeance sournoise".
      Ce que je dis, c'est que si nous réussissions à nous donner "Un pays dont tous les Québécois seraient fiers", celui-ci laissera "au mieux, les Canadiens indifférents et au pire" les encouragera un esprit vengeur".
      Oui, devant la proclamation formelle de notre indépendance républicaine, je crois qu'un nombre significatif de Canadiens resterait indifférent à notre sort, alors qu'un autre nombre, sans doute passablement moins important mais qui ne serait pas à négliger, souhaiterait notre échec économique à court terme. Le souhaiterait au point de l'encourager, si je puis dire...
      Vous dites "L'assujettissement des citoyens est un phénomène mondial" et j'en suis. Mais nous avons cette chance, nous Québécois, de voir se présenter à nous, à notre peuple tout entier, l'occasion presque unique au monde, de pouvoir moderniser le concept de démocratie. Et cela, non pas en scandant de grands slogans qu'on peut vider de leur sens ou en faisant de grandes déclarations tonitruantes, qui ne seront suivi que de désillusions. Mais en décidant solidairement de faire face par le vote à un avenir différent de celui que nous annonce le Canada, soit de plus en plus réductif en libertés et droits humains.
      Bien entendu, ce ne sera pas le paradis pour autant. Je serais fou ou au moins très naïf de le croire et le prétendre... Mais cet avenir serait enfin celui que nous méritons. Que nous nous méritons par nos qualités propres, que nous nous méritons par nos défauts particuliers. En somme, que nous nous méritons comme tout le monde par notre humanité.
      L'indépendance du Québec n'appartiendra pas aux Québécois, il appartiendra à toute l'humanité. Et c'est en cela que le pas accompli sera un pas pour tous.
      Canadiens inclus.

  • Raynald Blais - Abonné 24 novembre 2014 06 h 14

    Naïveté

    Comme toujours, les leaders de la plupart des organismes communautaires de développement affirment que le problème actuel est de nature communicationnelle: L'INCOMPRÉHENSION!

    « Ce qui est essoufflant, c’est que les milieux ruraux sont frappés sur tous les fronts. C’est dramatique. On voit à quel point CEUX QUI NOUS GOUVERNENT N’ONT AUCUNE IDÉE DE CE QU’EST UNE RÉGION, une dynamique rurale. On part de vraiment très très loin. »(Claire Bolduc de l’organisme Solidarité rurale)

    Ce n'est pas avec une telle naïveté qu'ils vont convaincre le peuple de s'opposer aux coupures sous leur direction.

    • Robert Raymond - Inscrit 24 novembre 2014 10 h 29

      Faites une petite recherche sur l'opération dignité qui s'est déroulée au Bas-St-Laurent et en gaspésie au moment où nos illuminés Libéraux avaient décidé de fermer les villages des régions qu'ils considéraient de trop dans le paysage Québécois. Jusqu'à ce leurs fonctionnaires-marionnettes se fassent séquestrer par les villageois du Témiscouata au Bas-St-Laurent. Pour la compréhension des régions, les Libéraux partent effectivement de très très très loin. Je me souviens et je me souviendrai toujours.

    • Raynald Blais - Abonné 24 novembre 2014 16 h 12

      M. Raymond, je ne voulais en aucune façon critiquer les mobilisations des régions qui plus d'une fois ont fait reculer le gouvernement. Bravo!

      Je soulignais plutôt que véhiculer "que le gouvernement n'est pas au courant de ce qu'est une région" n'est pas un point de vue rassembleur par sa naïveté. Ce n'est pas par manque d'information s'il s'en prend maintenant aux régions.

  • Isabelle Martineau - Abonnée 24 novembre 2014 08 h 49

    Vendre nos régions, nos campagnes

    Ben voyons, il y beaucoup d'étrangers qui lorgnent les terres du Québec, ça peut être payant! Y'a ben 3-4 copains du PLQ qui s'en mettront plein les poches et qui retourneront l'ascenseur.
    D'autres bonnes nouvelles?

    • Victoria - Inscrite 24 novembre 2014 10 h 34

      Bravo et bienvenue dans le club des conscients, Mme Martineau.

      Les experts de SRQ... qui étaient-ils ? Serait-ce les mêmes qui voulaient franchir le seuil de nos demeures et qui ne font parti d’aucun ordre reconnu?

      Il est déjà loin le temps où les ruraux laissaient la porte débarrée pour le quêteux.

  • Hélène Paulette - Abonnée 24 novembre 2014 10 h 15

    Je déteste ce gouvernement...

    Le pire que nous ayons eu depuis longtemps. Un Premier Ministre incapable d'expliquer ses décisions autremant que par des déclarations autoritaires, une équipe qui se démarque par son amateurisme et sa vulgarité...

    • Gilles Théberge - Abonné 24 novembre 2014 11 h 06

      Je partage les sentiments que vous exprimez madame Paulette. C'est effectivement le pire, pire même je dirais que celui de Charest. Il faut dire que le présent gouvernement est précisément issu de l'ère Charest.

      Mais voyez-vous son existence résulte de la dispersion. Évidemment le peuple a voté avec son coeur et ses fausses peurs, distillées habilement par l'ours, l'homme au paradis fiscal, dont on ne connait qu'une partie de l'histoire...

      Mais il aurait peut-être du le peuple, voter avec sa tête. Est-ce que la leçon portera aux prochaines?

  • André Michaud - Inscrit 24 novembre 2014 10 h 30

    Support populaire

    Un tel organisme doit vivre avant tout du support populaire rural et citadin qui nous indique directement l'importance que les citoyens lui donne.