Labeaume prône le retour aux «cités-États»

«Je ne me fie pas sur le gouvernement pour faire le développement économique de cette ville-là, pour développer la culture de cette ville-là. Je me fie de moins en moins au gouvernement pour combattre la pauvreté. Je ne me fie plus au gouvernement pour l’avenir de la ville», a déclaré hier Régis Labeaume.
Photo: Agence Reuters «Je ne me fie pas sur le gouvernement pour faire le développement économique de cette ville-là, pour développer la culture de cette ville-là. Je me fie de moins en moins au gouvernement pour combattre la pauvreté. Je ne me fie plus au gouvernement pour l’avenir de la ville», a déclaré hier Régis Labeaume.

Québec — Citant en exemple les «cités-États» de la Renaissance, le maire de Québec, Régis Labeaume, estime qu'il faudra un jour envisager de transférer des pouvoirs importants des gouvernements vers les municipalités pour permettre à ces dernières d'assurer leur avenir.

«Dans le monde, ce ne sont plus des États qui sont en compétition, ce sont les villes. La vieille notion de "cité-État", je pense qu'on revient à ça. Moi, je compte de moins en moins sur les gouvernements supérieurs pour gérer cette ville-là», a déclaré Régis Labeaume lors de la présentation de son budget hier, en soulignant que les villes avaient de plus en plus de responsabilités en matière de développement économique et d'environnement notamment.

«Je ne me fie pas sur le gouvernement pour faire le développement économique de cette ville-là, pour développer la culture de cette ville-là. Je me fie de moins en moins au gouvernement pour combattre la pauvreté. Je ne me fie plus au gouvernement pour l'avenir de la ville.»

Régis Labeaume cite notamment en exemple les villes américaines, qui ont davantage de pouvoirs que les municipalités canadiennes. «Il y a de moins en moins de maires qui pensent que l'avenir passe par le soutien gouvernemental», dit-il.

Quant à savoir à quel type de transfert de pouvoirs il songe, M. Labeaume relève qu'on a souvent suggéré dans le passé de «passer des taxes additionnelles». Or, soutient-il, «c'est toujours le même qui paye, mais ce n'est pas très créatif». «Moi, je pense qu'il va falloir repenser la distribution des pouvoirs et la distribution des montants à gérer. C'est plate, parce qu'on connaît une mauvaise année pour tenir ce discours-là avec tout ce qui se passe et les fripouilles qui font affaire avec les villes. Ça nous fait mal. [...] Il y en a qui vont reprendre un peu de respectabilité et à ce moment-là, il faudra faire un grand débat.»

Lorsque le Devoir lui a demandé ensuite s'il entendait bientôt «proclamer l'indépendance de la ville de Québec», le politicien a répondu en boutade qu'il en parlerait à Jean Tremblay, le maire de la ville de Saguenay, région où à une époque pas si lointaine, on aspirait à devenir un «royaume».

Des coupes «chirurgicales» sont à venir

Le budget présenté hier aux médias montre pourtant que la ville s'en tire plutôt bien en dépit de la crise financière des derniers mois. Ainsi, la hausse de la valeur des maisons (de 30 % en moyenne) et le dynamisme du marché immobilier permettent à la capitale d'avoir des revenus supplémentaires cette année de 21,8 millions.

L'administration Labeaume a ainsi décidé de contenir la hausse de taxes à 2,25 %, légèrement au-dessus du taux d'inflation. La Ville voit en outre ses dépenses augmenter de 6,8 %, le budget passant de 1,05 milliard à 1,12 milliard.

La crise financière se fait toutefois ressentir dans les coûts liés aux régimes de retraite, la chute des cours de la Bourse forçant la Ville à augmenter de 10 millions sa part de contribution au régime. Au total, la Ville a perdu 300 millions dans les dédales de la crise boursière, une facture qu'elle prévoit répartir sur 18 ans.

Son administration a malgré le contexte fait le choix d'investir massivement dans les infrastructures, le service de la dette atteignant en 257,9 millions, une hausse de 8,2 millions par rapport à 2009. Le réseau de transport en commun (RTC) a aussi eu droit à une augmentation parce qu'il «réalise ses objectifs».

Le maire Labeaume a souligné par ailleurs qu'une grosse part des hausses de dépenses étaient impossibles à empêcher: le service de la dette, le paiement comptant des immobilisations, les régimes de retraite, certains contrats et les nouveaux octrois au RTC.

La masse salariale, a-t-on ajouté, compte pour environ 40,2 % du budget de la Ville, une mesure qui aurait pu baisser à 38 % n'eut été du contexte économique.

Histoire de mettre en évidence ce qu'il considère comme des abus, le maire a relevé qu'une soixantaine d'employés de la Ville de Québec voyaient par le passé leurs salaires être comptabilisés dans les emprunts, ce qui, promet-il, ne se produira plus. «On amortissait des personnes!»

Le maire Labeaume, dont c'est déjà le troisième budget, prétend par ailleurs qu'«il ne reste pas grand-chose à couper». Dans ce contexte, il annonce que les coupes à venir vont «faire mal» et être «davantage chirurgicales». Inspiré par la réforme entreprise à la ville de Baltimore aux États-Unis, le maire maintient d'ailleurs sa décision d'ordonner une vérification pour passer au crible l'ensemble des services municipaux.

Le budget de la Ville de Québec doit être adopté lors de la séance du conseil municipal de lundi prochain, ce qui devrait se faire sans difficulté puisque l'Équipe Labeaume détient 25 des 27 sièges.

L'un des deux membres de l'opposition, Yvon Bussières, a par ailleurs fait savoir hier qu'il avait été déçu par le budget parce que le maire, contrairement à ce qu'il avait promis, n'avait pas contenu l'augmentation des taxes sous le taux d'inflation qui, selon la Banque de Montréal, s'élève à 1,4 %.
21 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 17 décembre 2009 06 h 34

    Le petit dictateur

    Ce régime n'a pas encore deux ans que déjà Napoléon perce sous Régis.

  • 93Licar - Inscrite 17 décembre 2009 07 h 15

    Les fripouilles...

    Les fripouilles qui font affaire avec les villes font affaire avec d'autres fripouilles dans ces villes.

    Il est étonnant d'entendre les administrateurs et gestionnaires publics réagir face aux malversations comme si elles étaient le fait uniquement de ceux qui corrompent mais jamais de ceux qui sont corrompus. Pour les citoyens, les fripouilles des villes ce sont autant les élus qui contribuent à mettre en place un système corrompu, le tolèrent et l'entretiennent que ces fripouilles, venus de l'extérieur, dont le bon maire Labeaume parle.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 17 décembre 2009 07 h 26

    Cités-États

    La motion de cité-état est une notion complexe. Le terme est récent. Il date du XXe siècle et dérive de l’allemand Stadtstaat, qui est une traduction du danois, l’auteur de ce terne étant un Danois. On définit habituellement une cité-État comme un espace géographique contrôlé exclusivement par une ville, qui possède généralement la souveraineté.

    Les premiers modèles auxquels on a appliqué ce terme sont les cités-États de la Mésopotamie, des cités-États sumériennes. La célèbre Épopée de Gilgamesh parle de ce personnage, qui était roi d’Uruk, une de ces villes qui englobait une partie construite, des jardins et une partie restée à l’état sauvage.

    Les exemples de la Renaissance auxquels le maire Labaume a sans doute fait référence se trouvent en Italie. Les plus puissantes de ces cités-États étaient Milan, Florence, Pise, Sienne, Gênes, Ferrare, Mantoue et Venise. C’était d’abord et avant tout des cités marchandes, qui se livraient sur terre et sur mer une guerre permanente, au moins durant la première partie de la Renaissance. Ces villes disposaient de véritables armées de mercenaires, les condotiere, qui venaient d’un peu partout, avec une motivation plus financière que combative, d’où des guerres de siège et des conflits qui perduraient.

    Par ailleurs, les mercenaires menaçaient r leurs employeurs : s’ils n’étaient pas payés, ils se retournaient souvent contre leur patron. Lorsqu’un État était entièrement dépendant de ses mercenaires, ceux-ci étaient tentés d’en prendre le contrôle et d'en assurer le fonctionnement eux-mêmes, ce qui s’est produit à plusieurs reprises. Et toute cette histoire de cités-États a fini par la réunification et l’unification.

    La référence aux cités-États et en particulier à celles de la Renaissance mérite donc réflexion!

  • Gilles Bousquet - Inscrit 17 décembre 2009 07 h 35

    Pourquoi pas une baronnrie

    Mais oui, faire de Québec, une baronnie avec son Baron, Régis qui se rapporterait ainsi directement, comme tous les barons, à la Reine d'Angleterre et du Canada.

    Fallait juste y penser, séparer Québec du Québec, première partition venant du conservatisme NORDIQUE.

  • Bernard Gervais - Inscrit 17 décembre 2009 07 h 55

    Un petit oubli

    Ainsi donc, M. Francis Labeaume dit ne plus faire confiance aux gouvernements pour assurer la prospérité de sa municipalité et réclame de leur part de nouveaux pouvoirs !

    Quand même un peu étonnant que le maire de Québec parle de la sorte !

    On dirait que M. Labeaume semble avoir tout à coup oublié que, si sa ville est importante, c'est grande partie parce qu'elle est le siège du Gouvernement du Québec (l'Assemblée nationale s'y trouve) et que des milliers de ses concitoyens travaillent dans l'administration et les services de ce même gouvernement ! Et n'oublions pas tous ceux qui y vivent et sont des employés dans la fonction publique fédérale !