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La nomination à Paris d'un ami de Charest est contestée

Antoine Robitaille   22 décembre 2005  Québec
Québec — La nomination de l'ambassadeur du Canada à Tunis, Wilfrid-Guy Licari, au poste de délégué général du Québec à Paris est contestée non seulement par l'opposition péquiste, mais aussi par les anciens détenteurs du titre le plus prestigieux de la diplomatie québécoise.

Actuellement en poste à Tunis, M. Licari, qui a 58 ans et dont la nomination a été entérinée par le conseil des ministres hier, est un ami personnel de Jean Charest. Ils se sont connus au Maroc en 1987, au moment des Jeux de la Francophonie à Casablanca, selon ce qu'a rapporté hier le porte-parole du premier ministre, Hugo D'Amours. M. Licari y était ambassadeur et M. Charest détenait alors le portefeuille de ministre d'État à la Jeunesse dans le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. Plus récemment, à l'été 2003, lorsque M. Licari était ambassadeur du Canada au Vatican, Jean Charest, qui venait d'être élu, avait pu obtenir une audience avec le pape Jean-Paul II, notamment grâce au travail de M. Licari.

Comme Le Devoir le révélait il y a un mois, M. Licari, à l'emploi du ministère des Affaires étrangères du Canada depuis 1968, succédera à Clément Duhaime — qui était en poste depuis 2000 rue Pergolèse —, non seulement comme délégué général du Québec mais aussi comme «sherpa» du premier ministre auprès de la Francophonie. M. Duhaime a été nommé au début du mois administrateur de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ce qui en fait une sorte de «sous-ministre» de l'organisation.

Chose inusitée, l'Association des anciens délégués généraux du Québec à Paris prépare une lettre ouverte pour protester contre cette nomination. «Ce n'est pas une question de compétence et encore moins une question personnelle», dit Michel Lucier, qui préside cette association. Selon M. Lucier, la nomination de M. Licari envoie un mauvais message: qu'il n'y a personne dans le «bassin québécois» qui puisse occuper ce poste, explique celui qui a été délégué de 1997 à 2000, sous Lucien Bouchard.

On se demande de plus comment un personnage qui a appliqué «le petit catéchisme» de lutte contre la diplomatie québécoise pendant des années peut soudainement se mettre à défendre cette même diplomatie. Il faut savoir que la délégation du Québec à Paris, par son statut de «quasi-ambassade» acquis dans les années soixante, est une sorte de vaisseau amiral des relations internationales du Québec. Or, avec la nomination d'un ambassadeur canadien, on craint, dit M. Lucier, que «la rue Pergolèse ne devienne une annexe de la rue de Montaigne» (rue où se trouve l'ambassade du Canada). Selon nos informations, d'autres anciens délégués, même certains nommés par les libéraux, et qui ont refusé de nous parler, trouvent tout autant contestable la nomination de M. Licari.

«On ne peut baigner 30 ans dans la paranoïa fédérale pour ensuite mener le combat quotidien qui consiste à assurer la présence du Québec en France», dit crûment l'ancienne ministre des Relations internationales du Québec, Louise Beaudoin, aujourd'hui professeure associée au département d'histoire de l'UQAM. Mme Beaudoin, qui a elle aussi été déléguée du Québec à Paris en 1984 et 1985, précise que son opposition n'a rien de personnel puisque, en tant qu'ambassadeur, M. Licari n'était pas reconnu comme un de ceux qui, à l'endroit du Québec, se comportait comme un «faucon».

L'actuel ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, soulignait hier que la nomination d'un ancien ambassadeur du Canada comme délégué général du Québec à Paris n'est pas un précédent puisque Jean Chapdelaine, qui occupa ce poste de 1965 à 1976, avait auparavant été ambassadeur du Canada en Suède, au Brésil et en Égypte. «Mais on n'est plus au temps de Jean Chapdeleine!», lance Louise Beaudoin. À l'époque, «on construisait la diplomatie québécoise». Aujourd'hui, note-t-elle, le Québec a une diplomatie professionnelle, expérimentée. Mme Gagnon-Tremblay admet que plusieurs personnes issues du réseau québécois des Relations internationales auraient pu accéder à ce poste, «mais ce nom-là [M. Licari] a été retenu parce que c'est quelqu'un qui connaît bien M. Charest», explique-t-elle. Elle souligne que tous les premiers ministres du Québec depuis les années 60 ont tenu à confier ce poste clé à une personne en qui ils avaient une parfaite confiance.

Mais, selon le porte-parole péquiste en matière de relations internationales, Daniel Turp, la nomination de M. Licari illustre une «contradiction frappante» de Jean Charest. «Il plaide pour l'extension de la doctrine Gérin-Lajoie mais il nomme à Paris quelqu'un qui émane de l'appareil qui la combat depuis qu'elle existe!»

M. Licari, mathématicien et philosophe, a aussi été affecté à Nairobi, à Alger, à Paris et à Rome et a représenté le Canada comme ambassadeur au Maroc, au Sénégal et au Vatican.

«Lors de ma dernière visite à Paris, a relaté Mme Gagnon-Tremblay, j'ai rencontré M. Abdou Diouf [ancien président du Sénégal maintenant secrétaire général de l'OIF], qui le connaît très bien parce que M. Licari a déjà été ambassadeur au Sénégal.»

De 1998 à 2000, M. Licari a été «en détachement» auprès de Secor, une firme dirigée par Marcel Côté et reconnue comme étant proche des libéraux de Jean Charest. Présent hier à l'assermentation du nouveau député libéral d'Outremont, Raymond Bachand (autre ancien de Secor), M. Côté a dit avoir un bon souvenir de M. Licari: «Il était à trois bureaux du mien, se souvient M. Côté. Je le taquinais parce qu'il était toujours en voyage!» Mais le diplomate travaillait sur des dossiers internationaux, «surtout en Europe», alors que Secor venait d'ouvrir son bureau de Paris. «Il avait travaillé étroitement auprès de deux de nos clients canadiens, la division transport de Bombardier et un autre que je ne nomme pas», a dit M. Côté.

La ministre Gagnon-Tremblay ignorait, hier, si M. Licari avait démissionné de la fonction publique fédérale ou s'il prendrait sa retraite. Quant aux rumeurs selon lesquelles elle-même était intéressée par le poste, Mme Gagnon-Tremblay les trouve étranges. «Je ne sais pas d'où ça vient. Je n'ai jamais évoqué ça. Ce n'est pas un poste que je souhaiterais pour une fin de carrière, c'est trop actif», a-t-elle dit candidement.






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  • Jean-Guy Laurendeau
    Inscrit
    jeudi 22 décembre 2005 13h01
    Licari à Paris
    « On s'insurge contre cette nomination mais où étaient-ils ces purs et durs quand Claude Roquet, le penseur du catéchisme fédéral qui a tout fait pour édulcorer le rôle international du Québec dans les années 70, a été nommé par un gouvernement péquiste directeur du Bureau France et, par la suite, délégué du Québec à Paris? Qui a trahi qui?

    Jean-Guy Laurendeau
    Ancien chef de cabinet de Jean Chapdelaine 1972-1975 »

  • Jean Cloutier
    Abonné
    jeudi 29 décembre 2005 15h56
    Pour être sherpa seulement!
    « Comme ancien employé de la Délégation générale du Québec à Paris (DGQP) ayant perdu son emploi lors de son rétrécissement en 1996 par le couple Bouchard-Simard et récemment gradué d'une maîtrise à l'Énap en management international spécialisée sur l'action internationale du Québec à l'étranger, je me demande si le nouveau sang transfusé dans les veines de Son Excellence Licari coule déjà d'un message clair pour les employés de notre quasi-ambassade, la seule du réseau ayant un certain poids politique dans l'échiquier mondial de la géopolitique.

    Souvent le poste de sherpa du premier ministre(PM) a été occupé par un Délégué à la Francophonie siégeant à la DGQP sans qu'il ne soit aussi le Délégué général(DG) en titre. Pourquoi avoir ainsi nommé aux deux postes un parachuté du principal clan ennemi à Paris? C'est le DG qui représente tout le Québec, sa nation et son gouvernement; un haut fonctionnaire tel un sous-ministre de carrière en titre ou pré retraité aurait pu mieux porter ce poste de représentation étatique officielle, de patron numéro 1 du Québec à l'étranger et laisser à un autre -ami de Jean Charest, bien sûr- les rencontres purement politiques inhérentes à la Francophonie, à un sherpa ami proche du PM très bien placé pour le guider vers le prochain Sommet... Ça Lucien Bouchard sait très bien qu'un quasi-ambassadeur politique ne peut bien représenter le reste de ses fonctions officielles d'État-nation quand ils consacrent tout son temps d'antenne à la Francophonie en visitant principalement les autres sherpas européens, africains et asiatiques travaillant à l'extérieur de la capitale de son affectation.

    À mon avis, les meilleurs délégués généraux ont été sherpa avant de prendre le poste de numéro 1, soit en siégeant à l'ACCT, l'OIF ou en itinérant à partir de Québec. Le Canada a ses ambassadeurs itinérants, sectoriels ou thématiques. Pour la nouvelle recrue externe du PM Jean Charest qui lui a permis de rencontrer le Pape Jean-Paul II, un délégué itinérant à la Francophonie et au Vatican aurait été un meilleur titre pour ce non-initié à la culture interne de l'État québécois qui prit naissance à Québec et qui célébrera son 400ème à Québec...avec les autres sherpas et le Pape Benoît XV. Selon moi, n'importe quel haut fonctionnaire de carrière connaissant les corridors du Protocole de la capitale nationale et sa culture d'entreprise typiquement québécoise aurait mieux porté l'action nationale à l'internationale qu'un ancien ambassadeur fédéraliste nommé par un seul lien d'amitié créé à l'époque où le décideur représentait lui-même l'État fédéral ne favorisant pas la doctrine Gérin-Lajoie prônant le prolongement des compétences provinciales à l'externe. Cet ex-ministre fédéral travaillait exactement à son contraire dans le domaine des sports et de la culture. Un DG ne devrait représenter que ce prolongement de compétences à l'externe pas le PM lui-même comme sherpa à l'étranger. Il représente les presque huit (8) millions de Québécois par le seul PM.

    En cette ère d'administration transnationale jugée par la gestion par résultats nationaux dans son entier, l'action concrète d'un sherpa comme Licari devra-t-elle être jugée sur son action fort plausible à la Francophonie grâce à l'aide de son prédécesseur Duhaime rendu à l'interne de l'organisation ou sur son inaction prévisible de sa non-représentativité de l'État-nation du Québec lui-même ayant sûrement pu trouver de meilleurs mandarins pourtant encore disponibles à Québec? »

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