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Désarroi à l'ADQ

Mario Dumont ordonne un coup de barre pour freiner la chute du parti

Robert Dutrisac   21 décembre 2005  Québec
Québec — Les temps sont difficiles pour l'Action démocratique du Québec, dont l'organisation est essoufflée et les communications, inefficaces. Déçu, le chef Mario Dumont a ordonné que le parti entreprenne d'importants changements afin de faire face à la musique.

Lors de son bilan de session qu'il a livré hier, Mario Dumont n'a pas caché que lui et son parti avaient connu «une session extrêmement difficile». En raison de la course à la direction du Parti québécois puis de l'élection fédérale dominée par le Bloc québécois au Québec, Mario Dumont a disparu de l'écran radar de l'électorat.

Quand il était dans l'opposition, Jacques Parizeau a dit un jour, lors d'un point de presse boudé par les journalistes: «J'existe, moi aussi», a rappelé M. Dumont. «On n'est pas encore rendus là à l'ADQ, mais on est à l'étape de se poser de sérieuses questions sur nos communications, sur notre travail», a-t-il dit.

À la fin de novembre, Mario Dumont a lancé son autobiographie relatant ses 18 ans d'engagement politique. Avec son ouvrage sous le bras, il a fait la tournée de dix régions pour constater que les communications de son parti sur le terrain étaient pour le moins déficientes.

La course au PQ a occulté l'ADQ, selon M. Dumont. «Il y a une réalité, une tempête médiatique qui est survenue autour de la course au leadership du PQ, qui a été quasiment couverte comme si c'était une élection générale au Québec, et il n'y avait pas beaucoup de place pour un autre parti d'opposition dans ce contexte», a déploré le chef adéquiste. À plusieurs reprises cet automne, l'ADQ a convoqué la presse pour être supplanté au même moment par une communication du PQ, a-t-il relevé. Le dossier sur lequel l'ADQ a voulu miser cet automne — les enfants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) — n'a pas levé pour des raisons qu'il s'explique mal.

Mais l'ADQ ne peut pas qu'invoquer la mauvaise conjoncture. «À chaque endroit dans le parti où le travail est fait d'une façon incomplète, insatisfaisante, où le militantisme, où le travail n'est pas adéquat, il y a des manquements qui en découlent, des occasions de communication, des événements qui sont perdus, et il y a des élections partielles qui ne livrent pas la marchandise attendue. Et ces choses-là ont un impact sur le parti», a-t-il dit.

S'il accepte les résultats lamentables dans Outremont, où son parti n'a pas fait mieux que 2 %, Mario Dumont s'étonne du score du PQ dans Verchères et, de là, des 10 % que sa formation politique a récolté lors de cette élection partielle, soit une baisse de six points de pourcentage par rapport aux élections générales de 2003. Ce n'est pas dans des comtés comme Outremont que l'ADQ peut espérer l'emporter. «Ce n'est pas nécessairement là qu'on va gagner nos premiers comtés. Par contre, le résultat dans Verchères, lui, pour moi, était extrêmement décevant. Il y avait quelque chose de surréaliste», estime M. Dumont, qui n'en revient tout simplement pas que le candidat péquiste, Stéphane Bergeron, ait recueilli 69 % des voies, soit quelque 15 % de plus que ce que le chef Bernard Landry avait obtenu. C'est «comme si, tout à coup, tout le monde était péquiste», a-t-il dit, médusé.

Selon lui, le Bloc et le PQ ont connu «leur automne de rêve» et ils ont occupé tout l'espace. Mais ce n'est pas éternel, dit M. Dumont pour se consoler. «Ils ont eu leur automne de rêve; maintenant, leur nouveau chef va devoir répondre à des questions. Peut-être que l'hiver et le printemps seront moins drôles», a-t-il dit.

Entre-temps, l'ADQ doit s'atteler à renforcer son organisation. Le président du parti, l'ancien ministre libéral Yvon Picotte, vient de rencontrer une quinzaine de personnes qui pourraient assurer les communications du parti sur le terrain en région, a-t-il révélé. Au cours d'une rencontre qui aura lieu cet après-midi, M. Picotte présentera à M. Dumont un plan de réorganisation du parti. Le président proposera que le parti se dote d'un «war room», a dit M. Picotte.

«En 2005, on a avancé pas mal du côté de l'organisation. Il reste encore à faire; tout n'est pas parfait, loin de là. Puis, on s'attaque aux communications», a-t-il dit. M. Picotte a signalé que l'ADQ dispose d'organisations dignes de ce nom dans les régions de Québec, de l'Estrie et de la Mauricie.

Mario Dumont a parlé de «l'essoufflement» des bénévoles. Yvon Picotte le constate. «Ça produit moins que ça produisait. Ils se sont fait un peu leurrer la dernière fois en gagnant l'élection partielle [de Vanier]. C'était un vote de protestation, juge le président adéquiste. On a des membres, mais ils ne savent pas trop quoi faire.»

Pour lui, les médiocres résultats dans Verchères sont un mal pour un bien. «Je ne trouve pas ça méchant; si on avait pété des scores, il y a des gens qui diraient: on a tellement un bon programme que le monde va voter pour nous.»

«Les gens sont jeunes, ils n'ont pas beaucoup d'expérience dans l'organisation. Et ils prétendent que, parce qu'on a un bon programme, la logique du monde va voter pour ça. Je sais très bien que le monde ne vote pas nécessairement par la logique», a analysé M. Picotte.

Comme mesure immédiate, l'ADQ remplacera son directeur général actuel, Sébastien Proulx, par Patrick Robitaille, un adéquiste de longue date. M. Proulx devient conseiller politique de M. Dumont à Québec tandis que les deux recherchistes du cabinet sont remplacés par une seule personne, Johanne Marcotte.
 
 
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