Charest se dit au pouvoir pour trois mandats
Québec — «Je me suis fait un plan sur trois mandats», a déclaré un Jean Charest mi-blagueur hier au cours d'un bilan jovialiste de la session parlementaire d'automne à laquelle son gouvernement a abruptement mis fin mercredi. L'opposition péquiste, elle, considère que ce gouvernement est «en sursis» parce qu'il ne «sait gouverner que de crise sociale en crise sociale». Ainsi, «il n'aura sans doute et définitivement pas plus d'un mandat», a déclaré hier la chef parlementaire Louise Harel.
Au lendemain de l'adoption de deux lois spéciales qui ont soulevé la colère des syndicats et du réseau des centres de la petite enfance, M. Charest s'est montré passablement hâbleur et fier. Flanqué de Jean-Marc Fournier, Monique Jérôme-Forget et Philippe Couillard, il a prédit sa réélection au prochain rendez-vous électoral (prévu pour 2007), puis a lancé aux journalistes: «Je vous sens sceptiques, mais je veux juste vous dire que vous l'étiez encore plus au mois de juin 2002.»
Pourquoi sera-t-il réélu? Parce que les gens finiront par comprendre que son gouvernement — pourtant à environ 70 % d'insatisfaction dans les sondages — s'est montré «responsable». «Moi, a-t-il déclaré avec assurance, je suis capable de regarder les Québécois dans les yeux, puis de leur dire: "j'ai assumé mes responsabilités, je n'ai pas passé à côté, puis je n'ai pas pelleté en avant".»
Augmentations
Ainsi, M. Charest soutient que la mauvaise situation des finances publiques ne lui donnait d'autre choix que d'adopter un décret fixant les salaires et les conditions des employés de l'État: «C'est une réalité incontournable. Les chiffres sont très têtus.»
M. Charest insiste sur le fait que ces employés, déjà privilégiés d'avoir la sécurité d'emploi, ont obtenu, par la loi spéciale, des «augmentations salariales» qui représentent à terme une dépense supplémentaire de 3,2 milliards. Il y a déjà eu pire, a-t-il souligné, rappelant que des gouvernements péquistes avaient, eux, coupé 20 % des salaires en 1982 et 6 % en 1996. Dans ce dernier cas, sous Lucien Bouchard, le gouvernement «avait même coupé dans les services», a soutenu M. Charest. Lui, en revanche, a «préservé les services» et les a «améliorés» tout en changeant «les façons de faire pour mieux les livrer» et tout en accordant «une augmentation salariale aux employés et en traitant la question de l'équité salariale».
De plus, le gouvernement, au-delà de cette même loi, a réussi à conclure une trentaine d'ententes «sur le normatif» avec quelque 330 000 employés du secteur public (sur environ 500 000).
Quant au plan salarial, «il n'y avait simplement pas de possibilité de conclure une entente: l'écart était trop grand» entre les demandes syndicales et le gouvernement. Après 1500 rencontres en 18 mois, a-t-il répété, «la négociation avait produit ce qu'elle avait à produire» et «il fallait tirer les conclusions».
Fier de la non-négociation
M. Charest se dit «fier» de la nouvelle «approche» de non-négociation conçue par son gouvernement, celle du «cadre financier» inamovible. C'est à son sens «une approche basée sur la franchise» en ce qui a trait à l'état des finances publiques. Il a avoué hier qu'il n'avait jamais été question de déroger à ce cadre, «établi dès le départ», en juin 2004, puisqu'il s'agissait de la véritable «capacité de payer» des Québécois. «C'est le sens aigu du devoir, de l'intérêt général de tous les Québécois qui nous a guidés dans cette façon de conclure les négociations», a-t-il dit, solennel.
Peut-être que le Québec n'a pas les moyens de ses ambitions?, a-t-il laissé entendre. «Nous avons des questions à nous poser sur les services que nous voulons et sur notre capacité de les financer adéquatement. C'est un débat que nous aurons dans les prochains mois», a-t-il annoncé.
Il y a d'ailleurs ici un de ses regrets de l'année: ne pas en avoir assez fait en ce qui concerne la démographie et de vieillissement de la population. Faisant cet aveu, il n'a pas manqué de citer en exemple le groupe Pour un Québec lucide, mené par son ancien adversaire, Lucien Bouchard: «Je pense qu'il y a un débat à faire là [...] sur des questions de dette publique, de choix de société, de choix d'avenir.»
Ces questions, s'est-il réjoui, ramènent au Parti libéral des brebis égarées, des nationalistes mous «autrefois souverainistes» tels Raymond Bachand (élu lundi dans Outremont), Jean Robert (défait dans Verchères) et Pierre Marc Johnson (qui a appuyé M. Bachand): «Ces gens font le constat que ce n'est pas le temps d'un autre référendum. Ce n'est pas le temps de se rediviser à nouveau, c'est le temps de se mettre à la tâche pour attaquer les grands enjeux de la santé, de l'éducation.»
Où est Boisclair?
Quant au nouveau chef péquiste André Boisclair, M. Charest s'est amusé à le qualifier de «fantôme du Parlement» puisqu'on ne le voit jamais et qu'il ne semble pas avoir envie de se mêler des débats.
L'absence de M. Boisclair au bilan de session du Parti québécois, qui a suivi celui du premier ministre, a d'ailleurs surpris les médias. Et la chef de l'opposition intérimaire, Louise Harel, a dû expliquer que le nouveau chef était «extrêmement présent» parmi les élus. «Peut-être, dans les médias, ne l'a-t-il pas été cette semaine en particulier, mais il n'est pas, d'aucune façon, absent de nos débats. Je pense bien l'avoir rencontré ici même à l'Assemblée, moi, tous les jours de la semaine.»
Par ailleurs, Mme Harel ainsi que la leader parlementaire se sont félicitées hier d'avoir réussi, en l'absence d'un chef, à faire trois choses en même temps: mener la course à la direction du parti, préparer les deux élections complémentaires de décembre et faire le travail parlementaire. Diane Lemieux s'est dite surprise que le Parti libéral n'ait aucunement pu profiter du fait que l'opposition comportait «des éléments de vulnérabilité», comme le PQ sans chef. Selon elle, Jean Charest s'est dit: «"Ça va mal aller pour eux, ça va me permettre de me relever". Mais ça ne s'est pas passé ainsi».
Mmes Harel et Lemieux ont condamné le goût de la «provocation» du premier ministre. La première s'est dite indignée que celui-ci se déclare «fier de ne pas avoir négocié», rappelant qu'un gouvernement n'est pas qu'un législateur, «c'est aussi un employeur».
Mme Harel estime aussi que c'est avec «cynisme» que les libéraux s'inquiètent de la démographie «au moment où ils affaiblissent le soutien aux jeunes parents et la politique de la petite enfance, qui fait la fierté des Québécois et qui sert aussi de modèle hors Québec».
En même temps, Mmes Harel et Lemieux voient dans ces maladresses libérales un atout pour leur parti: «En 48 heures, il a réussi à se mettre à peu près un million de personnes à dos: les employés de la fonction publique puis le réseau des services de garde à la petite enfance. C'est quand même incroyable. Chapeau!», a lancé Mme Lemieux.
Pour 2006, celle-ci a exprimé son inquiétude au sujet du dossier Chaoulli, d'après le nom du jugement de la Cour suprême interdisant au gouvernement de prohiber les assurances privées en matière de santé. «Le calendrier de décisions, quant aux suites du jugement Chaoulli, est amputé, il est extrêmement court.»
Somme toute, Mme Lemieux juge particulièrement mince le bilan législatif du gouvernement. «Il y a des jours où on se dit: il vaut mieux qu'il reste mince. Moins il y en a, moins il y a de dégâts.»
Au lendemain de l'adoption de deux lois spéciales qui ont soulevé la colère des syndicats et du réseau des centres de la petite enfance, M. Charest s'est montré passablement hâbleur et fier. Flanqué de Jean-Marc Fournier, Monique Jérôme-Forget et Philippe Couillard, il a prédit sa réélection au prochain rendez-vous électoral (prévu pour 2007), puis a lancé aux journalistes: «Je vous sens sceptiques, mais je veux juste vous dire que vous l'étiez encore plus au mois de juin 2002.»
Pourquoi sera-t-il réélu? Parce que les gens finiront par comprendre que son gouvernement — pourtant à environ 70 % d'insatisfaction dans les sondages — s'est montré «responsable». «Moi, a-t-il déclaré avec assurance, je suis capable de regarder les Québécois dans les yeux, puis de leur dire: "j'ai assumé mes responsabilités, je n'ai pas passé à côté, puis je n'ai pas pelleté en avant".»
Augmentations
Ainsi, M. Charest soutient que la mauvaise situation des finances publiques ne lui donnait d'autre choix que d'adopter un décret fixant les salaires et les conditions des employés de l'État: «C'est une réalité incontournable. Les chiffres sont très têtus.»
M. Charest insiste sur le fait que ces employés, déjà privilégiés d'avoir la sécurité d'emploi, ont obtenu, par la loi spéciale, des «augmentations salariales» qui représentent à terme une dépense supplémentaire de 3,2 milliards. Il y a déjà eu pire, a-t-il souligné, rappelant que des gouvernements péquistes avaient, eux, coupé 20 % des salaires en 1982 et 6 % en 1996. Dans ce dernier cas, sous Lucien Bouchard, le gouvernement «avait même coupé dans les services», a soutenu M. Charest. Lui, en revanche, a «préservé les services» et les a «améliorés» tout en changeant «les façons de faire pour mieux les livrer» et tout en accordant «une augmentation salariale aux employés et en traitant la question de l'équité salariale».
De plus, le gouvernement, au-delà de cette même loi, a réussi à conclure une trentaine d'ententes «sur le normatif» avec quelque 330 000 employés du secteur public (sur environ 500 000).
Quant au plan salarial, «il n'y avait simplement pas de possibilité de conclure une entente: l'écart était trop grand» entre les demandes syndicales et le gouvernement. Après 1500 rencontres en 18 mois, a-t-il répété, «la négociation avait produit ce qu'elle avait à produire» et «il fallait tirer les conclusions».
Fier de la non-négociation
M. Charest se dit «fier» de la nouvelle «approche» de non-négociation conçue par son gouvernement, celle du «cadre financier» inamovible. C'est à son sens «une approche basée sur la franchise» en ce qui a trait à l'état des finances publiques. Il a avoué hier qu'il n'avait jamais été question de déroger à ce cadre, «établi dès le départ», en juin 2004, puisqu'il s'agissait de la véritable «capacité de payer» des Québécois. «C'est le sens aigu du devoir, de l'intérêt général de tous les Québécois qui nous a guidés dans cette façon de conclure les négociations», a-t-il dit, solennel.
Peut-être que le Québec n'a pas les moyens de ses ambitions?, a-t-il laissé entendre. «Nous avons des questions à nous poser sur les services que nous voulons et sur notre capacité de les financer adéquatement. C'est un débat que nous aurons dans les prochains mois», a-t-il annoncé.
Il y a d'ailleurs ici un de ses regrets de l'année: ne pas en avoir assez fait en ce qui concerne la démographie et de vieillissement de la population. Faisant cet aveu, il n'a pas manqué de citer en exemple le groupe Pour un Québec lucide, mené par son ancien adversaire, Lucien Bouchard: «Je pense qu'il y a un débat à faire là [...] sur des questions de dette publique, de choix de société, de choix d'avenir.»
Ces questions, s'est-il réjoui, ramènent au Parti libéral des brebis égarées, des nationalistes mous «autrefois souverainistes» tels Raymond Bachand (élu lundi dans Outremont), Jean Robert (défait dans Verchères) et Pierre Marc Johnson (qui a appuyé M. Bachand): «Ces gens font le constat que ce n'est pas le temps d'un autre référendum. Ce n'est pas le temps de se rediviser à nouveau, c'est le temps de se mettre à la tâche pour attaquer les grands enjeux de la santé, de l'éducation.»
Où est Boisclair?
Quant au nouveau chef péquiste André Boisclair, M. Charest s'est amusé à le qualifier de «fantôme du Parlement» puisqu'on ne le voit jamais et qu'il ne semble pas avoir envie de se mêler des débats.
L'absence de M. Boisclair au bilan de session du Parti québécois, qui a suivi celui du premier ministre, a d'ailleurs surpris les médias. Et la chef de l'opposition intérimaire, Louise Harel, a dû expliquer que le nouveau chef était «extrêmement présent» parmi les élus. «Peut-être, dans les médias, ne l'a-t-il pas été cette semaine en particulier, mais il n'est pas, d'aucune façon, absent de nos débats. Je pense bien l'avoir rencontré ici même à l'Assemblée, moi, tous les jours de la semaine.»
Par ailleurs, Mme Harel ainsi que la leader parlementaire se sont félicitées hier d'avoir réussi, en l'absence d'un chef, à faire trois choses en même temps: mener la course à la direction du parti, préparer les deux élections complémentaires de décembre et faire le travail parlementaire. Diane Lemieux s'est dite surprise que le Parti libéral n'ait aucunement pu profiter du fait que l'opposition comportait «des éléments de vulnérabilité», comme le PQ sans chef. Selon elle, Jean Charest s'est dit: «"Ça va mal aller pour eux, ça va me permettre de me relever". Mais ça ne s'est pas passé ainsi».
Mmes Harel et Lemieux ont condamné le goût de la «provocation» du premier ministre. La première s'est dite indignée que celui-ci se déclare «fier de ne pas avoir négocié», rappelant qu'un gouvernement n'est pas qu'un législateur, «c'est aussi un employeur».
Mme Harel estime aussi que c'est avec «cynisme» que les libéraux s'inquiètent de la démographie «au moment où ils affaiblissent le soutien aux jeunes parents et la politique de la petite enfance, qui fait la fierté des Québécois et qui sert aussi de modèle hors Québec».
En même temps, Mmes Harel et Lemieux voient dans ces maladresses libérales un atout pour leur parti: «En 48 heures, il a réussi à se mettre à peu près un million de personnes à dos: les employés de la fonction publique puis le réseau des services de garde à la petite enfance. C'est quand même incroyable. Chapeau!», a lancé Mme Lemieux.
Pour 2006, celle-ci a exprimé son inquiétude au sujet du dossier Chaoulli, d'après le nom du jugement de la Cour suprême interdisant au gouvernement de prohiber les assurances privées en matière de santé. «Le calendrier de décisions, quant aux suites du jugement Chaoulli, est amputé, il est extrêmement court.»
Somme toute, Mme Lemieux juge particulièrement mince le bilan législatif du gouvernement. «Il y a des jours où on se dit: il vaut mieux qu'il reste mince. Moins il y en a, moins il y a de dégâts.»
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