Perspectives - Tasse-toi, mon onc'
L'appel à l'unité est une figure imposée à l'issue d'une course au leadership. L'important est de savoir manifester concrètement cette volonté rassembleuse.
II y a au moins un point commun entre le nouveau chef du PQ et son prédécesseur: tout autant que ses adversaires, à l'intérieur de son parti comme à l'extérieur, il devra se méfier de lui-même.
Avant même de succéder officiellement à Lucien Bouchard, Bernard Landry avait exposé son talon d'Achille en qualifiant le drapeau canadien de «bout de chiffon rouge». Du début à la fin de son règne, son impulsivité n'a cessé de lui jouer des mauvais tours.
André Boisclair devra plutôt prendre garde à ne pas s'éblouir lui-même. Il a dit accepter sa victoire avec «humilité», mais son ascension vertigineuse mettra à dure épreuve une modestie déjà bien fragile. C'est pourtant la qualité qui lui sera la plus nécessaire au cours des prochains mois.
Il lui faudra aussi démontrer beaucoup de générosité pour contrer le sentiment de dépossession qui risque de s'emparer de plusieurs, même si les résultats d'hier ne laissent aucun doute sur sa légitimité. Il a déjà reconnu avoir écrasé «beaucoup d'orteils» depuis le début de sa carrière politique, mais il assure avoir appris à danser depuis. On verra bien.
Il n'existe pas d'animosité de longue date entre Pauline Marois et André Boisclair, mais la dégelée qu'elle vient de prendre laissera forcément des traces. Même si, de l'avis général, elle a mené une très bonne campagne, le verdict des membres a été sans appel, malgré l'affaire de la cocaïne. La course aurait duré un mois de plus que cela n'aurait probablement rien changé.
Malgré sa déception évidente, elle a eu la défaite aussi élégante que possible dans les circonstances, mais il serait étonnant qu'elle accepte de servir bien longtemps sous ses ordres. À sa troisième tentative, si on inclut la course avortée de 2001, elle sait qu'il lui faut maintenant enterrer ses ambitions à jamais. M. Boisclair s'est engagé à lui réserver «une grande place», mais son rapport de forces vient d'en prendre un coup.
***
Bernard Landry n'a pas mis de temps à se porter volontaire pour jeter un pont entre la vieille garde et la génération qui s'installe aux commandes. Il semblait d'excellente humeur. De la victoire de M. Boisclair ou de la sévère défaite de Mme Marois, on pouvait se demander ce qui lui faisait le plus plaisir.
Il faudra aussi que la garde rapprochée du nouveau chef ne se montre pas trop gourmande. Louise Harel a toutes les raisons de s'interroger sur ce qui l'attend au-delà de l'ajournement des travaux de la mi-décembre. Durant la course, les fidèles de M. Boisclair ont superbement fait fi de ses rappels à l'ordre ou à leur devoir de réserve. Elle n'était pas de la «gang». Au sein de l'aile parlementaire, elle est cependant toute désignée pour le rôle de médiateur que Guy Chevrette avait joué en 1988, durant la période de transition entre le départ de Pierre-Marc Johnson et l'arrivée de Jacques Parizeau.
Il est à espérer que M. Boisclair aura tiré certaines leçons de la course. Quand M. Landry s'était mis à réfléchir tout haut à la possibilité d'être candidat à sa propre succession, il lui avait signifié sans ménagement qu'il était mûr pour une retraite définitive. Dans un parti composé encore très largement de baby-boomers, la dernière chose à faire est d'adopter une attitude de «tasse-toi, mon onc'».
Hier soir, il a promis «d'engager un dialogue riche et fécond entre toutes les générations». Sans minimiser les divergences idéologiques au sein du parti, plusieurs de ceux qui lui reprochent ses idées de droite ou un nationalisme trop mou semblent surtout dépaysés par une vision du Québec qui n'est pas celle de leur génération.
Inversement, M. Boisclair voit beaucoup trop facilement du racisme dans le discours identitaire de ceux qui ont grandi dans le Québec d'avant la loi 101 et qui comprennent mal le peu de cas qu'il semble faire de la question linguistique.
Il y a quelques années, Rita Dionne avait maladroitement reproché à Mario Dumont ce qui lui apparaissait comme une manifestation d'égoïsme propre à une génération qui avait abandonné les valeurs collectives de celle qui l'avait précédée. Les baby-boomers vieillissants qui sont tout naturellement passés du peace and love à la social-démocratie reprochent un peu la même la même chose à M. Boisclair.
Le camp souverainiste peut certainement tirer un très grand avantage à rajeunir le parti. À cet égard, la course a très bien démontré ses capacités. Le passation du pouvoir d'une génération à une autre n'en demeure pas moins un passage très délicat.
mdavid@ledevoir.com
II y a au moins un point commun entre le nouveau chef du PQ et son prédécesseur: tout autant que ses adversaires, à l'intérieur de son parti comme à l'extérieur, il devra se méfier de lui-même.
Avant même de succéder officiellement à Lucien Bouchard, Bernard Landry avait exposé son talon d'Achille en qualifiant le drapeau canadien de «bout de chiffon rouge». Du début à la fin de son règne, son impulsivité n'a cessé de lui jouer des mauvais tours.
André Boisclair devra plutôt prendre garde à ne pas s'éblouir lui-même. Il a dit accepter sa victoire avec «humilité», mais son ascension vertigineuse mettra à dure épreuve une modestie déjà bien fragile. C'est pourtant la qualité qui lui sera la plus nécessaire au cours des prochains mois.
Il lui faudra aussi démontrer beaucoup de générosité pour contrer le sentiment de dépossession qui risque de s'emparer de plusieurs, même si les résultats d'hier ne laissent aucun doute sur sa légitimité. Il a déjà reconnu avoir écrasé «beaucoup d'orteils» depuis le début de sa carrière politique, mais il assure avoir appris à danser depuis. On verra bien.
Il n'existe pas d'animosité de longue date entre Pauline Marois et André Boisclair, mais la dégelée qu'elle vient de prendre laissera forcément des traces. Même si, de l'avis général, elle a mené une très bonne campagne, le verdict des membres a été sans appel, malgré l'affaire de la cocaïne. La course aurait duré un mois de plus que cela n'aurait probablement rien changé.
Malgré sa déception évidente, elle a eu la défaite aussi élégante que possible dans les circonstances, mais il serait étonnant qu'elle accepte de servir bien longtemps sous ses ordres. À sa troisième tentative, si on inclut la course avortée de 2001, elle sait qu'il lui faut maintenant enterrer ses ambitions à jamais. M. Boisclair s'est engagé à lui réserver «une grande place», mais son rapport de forces vient d'en prendre un coup.
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Bernard Landry n'a pas mis de temps à se porter volontaire pour jeter un pont entre la vieille garde et la génération qui s'installe aux commandes. Il semblait d'excellente humeur. De la victoire de M. Boisclair ou de la sévère défaite de Mme Marois, on pouvait se demander ce qui lui faisait le plus plaisir.
Il faudra aussi que la garde rapprochée du nouveau chef ne se montre pas trop gourmande. Louise Harel a toutes les raisons de s'interroger sur ce qui l'attend au-delà de l'ajournement des travaux de la mi-décembre. Durant la course, les fidèles de M. Boisclair ont superbement fait fi de ses rappels à l'ordre ou à leur devoir de réserve. Elle n'était pas de la «gang». Au sein de l'aile parlementaire, elle est cependant toute désignée pour le rôle de médiateur que Guy Chevrette avait joué en 1988, durant la période de transition entre le départ de Pierre-Marc Johnson et l'arrivée de Jacques Parizeau.
Il est à espérer que M. Boisclair aura tiré certaines leçons de la course. Quand M. Landry s'était mis à réfléchir tout haut à la possibilité d'être candidat à sa propre succession, il lui avait signifié sans ménagement qu'il était mûr pour une retraite définitive. Dans un parti composé encore très largement de baby-boomers, la dernière chose à faire est d'adopter une attitude de «tasse-toi, mon onc'».
Hier soir, il a promis «d'engager un dialogue riche et fécond entre toutes les générations». Sans minimiser les divergences idéologiques au sein du parti, plusieurs de ceux qui lui reprochent ses idées de droite ou un nationalisme trop mou semblent surtout dépaysés par une vision du Québec qui n'est pas celle de leur génération.
Inversement, M. Boisclair voit beaucoup trop facilement du racisme dans le discours identitaire de ceux qui ont grandi dans le Québec d'avant la loi 101 et qui comprennent mal le peu de cas qu'il semble faire de la question linguistique.
Il y a quelques années, Rita Dionne avait maladroitement reproché à Mario Dumont ce qui lui apparaissait comme une manifestation d'égoïsme propre à une génération qui avait abandonné les valeurs collectives de celle qui l'avait précédée. Les baby-boomers vieillissants qui sont tout naturellement passés du peace and love à la social-démocratie reprochent un peu la même la même chose à M. Boisclair.
Le camp souverainiste peut certainement tirer un très grand avantage à rajeunir le parti. À cet égard, la course a très bien démontré ses capacités. Le passation du pouvoir d'une génération à une autre n'en demeure pas moins un passage très délicat.
mdavid@ledevoir.com
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